Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Murmures

J’avais écrit un billet, que les aléas du nouvel éditeur (nullissime) de WordPress ont effacé. Ce soir, je reprends le clavier sans avoir la moindre idée de ce que je veux raconter. De toute manière, c’était déjà le fond de cet ancien article qu’Internet a balayé : ma difficulté chronique à écrire ici. N’y voyez aucune remise en question : le blog ne fermera pas. Je ne pense pas que ça vous importe particulièrement, mais le fait est que je n’ai aucun doute. Je n’écris pas ici, en ce moment, mais j’y reviendrai. Si je peine à chroniquer le quotidien, il n’est pas vide pour autant ; quant à mes émotions, elles ruissèlent, elles cascadent dans mes fics.

Octobre virevolte dans les volutes mélodiques de Clara Luciani. L’automne s’incruste dans le bleu du ciel, ça n’a aucun sens. L’année dernière, les oiseaux jouaient les fantômes dans le brouillard, mais cette fois-ci le Baron endimanché a pris la clef des champs. À croire que Samain n’adviendra pas.

 

Kitsune le matin, Kitsune le soir au retour du taf, Kitsune dans les pattes en permanence, qui ronronne sans autre raison, apparemment, que d’être content de nous voir.

Le collège de huit à seize heures trente, avec quelques séances de Seeker’s Notes au milieu, lors de mes rares pauses, que je devrais consacrer (je le fais, parfois) aux corrections.

La mer. J’y suis allée, mercredi dernier, à l’occasion d’une heure perdue entre deux cours. Je me suis assise sur le sable humide, ma vapoteuse à la main. Il faisait beau, l’écume déferlait sur la plage, et ma première pensée, sans que je m’y sois attendue, a été : « Salut, Maman. »

13 et 14 octobre au Parc Astérix avec papa, sous un soleil – et une température – estivales.

Les aubes magnifiques.

La colère.

L’espoir. Un certain émerveillement devant la liberté d’esprit et l’autodérision de mes quatrièmes.

 

Je suis très zen, cette année, plus que je ne l’ai jamais été. J’aimerais être capable de l’écrire, mais mes pensées s’égarent dans le sillage de ma voiture ou s’éteignent dans les feux de mes rêves. J’écoute toujours The Humming. Parfois je pleure, mais le plus souvent, je dérive. Il me semble que je comprends ce que veut dire « respirer » pour la première fois. Avant, je pensais Placebo : « Don’t forget to breathe. » Ça a été mon mantra pendant deux décennies. À présent, j’ai le souffle ample et profond, comme la mer (dans laquelle repose maman) Tout me semble beaucoup plus poreux. Mes pensées glissent d’un moi à l’autre. Je n’est plus un autre. Il n’y a plus de cahots, plus d’estafilades laissées par mon Krueger intérieur, plus de ruptures. Je sais tout affronter, parce que plus rien ne m’est un combat. Je n’ai plus besoin de refuges parce que je ne m’égare plus. Je ne m’abandonne plus à chaque seuil franchi. Je ne me musèle plus.

J’ai un peu l’impression d’être Stephen Groth dans ce live avec VNV : un peu maladroite, un peu mal à l’aise parfois, mais contente d’être là et avec une voix gentille à côté de moi qui m’encourage et me sourit (ouais, c’est niais.) J’ai confiance. Ce n’est plus la voix un peu rude qui me secouait en mode « mais si, rho, ça va, c’est bien, j’te jure (soupire) ». C’est juste une présence sympa, et c’est la mienne.

 

(Je me suis interrompue pour acheter le nouvel album de VNV qui est sorti le 12 octobre et on ne peut l’acheter NULLE-PART – enfin si, sur Amazon.de – sans livraison possible en France – et aux States).
Il a l’air très beau, ce nouvel opus.
Du coup, j’ai acheté un t-shirt (c’est seulement la deuxième fois de ma vie que j’achète un t-shirt à l’effigie d’un groupe – la première, c’était Alice et June d’Indochine, et c’est Régina qui l’avait payé) (ça me fait penser à Tom, mon élève qui me demande sans arrêt mon avis sur la musique qu’il écoute depuis qu’il m’a parlé des Cure et de Joy Division et qu’il est par conséquent devenu mon élève préféré) (enfin aujourd’hui j’ai perdu quarante points – c’est lui qui le dit – parce que j’aime pas du tout Jamiroquai. Apparemment j’en ai récupéré vingt pour avoir dit du bien de Led Zeppelin.)

(Il est trop… VNvien, cet album, je ne peux pas, pas maintenant.)

 

Il y a un énorme cousin qui se balade dans le bureau, et Kitsune a décidé de dormir dans la salle de bain. Sert à rien, ce chat.

 

Mes cours sont bien. C’est la première fois que je peux vraiment réutiliser plein de trucs déjà créés, parce que ça colle aux programmes et que je sais que ça fonctionne et, de fait, ça marche. Reste à me dépatouiller (brrrrr que c’est laid) avec mes copies – j’en oublie encore la moitié. Et les photocop’ : sérieux, cette année, je suis tellement bien organisée que je les fais en avance, et résultat, j’oublie qu’elles sont déjà faites. C’est pour ça aussi, la zenitude : je passe toute la journée au boulot, mais j’ai moins besoin qu’avant de bosser en dehors de mes heures de présence.

 

Note pour les vacances : enregistrer cette compil’ de morceaux qui me font me trémousser et hurler en même temps, pour mettre dans la voiture quand je capte pas France Inter.

 

Cette année, je ne mets plus de note chiffrée à mes élèves : je n’évalue plus que les compétences. Ça aussi, ça participe à ma sérénité, car je me sens beaucoup plus libre, et aussi beaucoup plus à l’aise. Finies, les rédac’ qui atteignent à peine la moyenne parce que je ne peux décemment pas attribuer une bonne note à un élève dont les réflexions ont beau être intéressantes, si le français ne suit pas… Désormais, l’élève en question peut atteindre un niveau « très bonne maîtrise » dans tout un tas de compétences, tout en obtenant un niveau « fragile » voire « insuffisant » en orthographe. Je trouve ça beaucoup plus encourageant, pertinent et juste.

 

L’année dernière, et les précédentes, j’étais tellement sur les dents que je n’arrivais même pas à me ménager un moment pour expirer. Je n’en ai plus besoin : puisque tout est poreux. Je suis suffisamment heureuse pour ne plus regarder l’heure que d’un œil (et je sais enfin écrire « suffisamment ».) La journée glisse dans la nuit qui glisse dans le réveil qui glisse dans mes cours. Même fatiguée, je tiens le cap, parce que le cap n’est plus un point inaccessible à l’horizon. C’est le présent, c’est la seconde, c’est l’impulsion.  Je fonctionne à l’instinct et n’étant plus acculée, celui-ci ne me dicte plus de réactions disproportionnées. Mes élèves rient souvent de mes réparties spontanées, je crois que nous nous entendons bien.

 

Je suis en vacances depuis presque une semaine, et la rédaction de ce billet ne s’est que trop étirée. Je le poste maintenant pour offrir un contrepoint à celui, curieusement plus sombre, que j’ai posté sur Paradize.

 

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