Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

À l’est d’Eden

Depuis quelques jours, je me réveillais tous les matins avec ces quelques mots dans la tête : « à l’est d’Eden ». C’était un signe ; je devais le suivre.

Bien sûr, je ne crois pas que l’univers m’adresse des messages, à moi seule destinés. Je ne suis pas superstitieuse, enfin, pas vraiment.

Je crois que les intuitions manifestent notre connexion au monde et à nous-mêmes. Elles sont difficiles à différencier de l’émotion, mais je crois qu’il faut les suivre, parce qu’elles traduisent une vérité essentielle, pure, c’est-à-dire non embarrassée d’idées, de raisonnement, ni même de sentiments. L’intuition exprime qui je suis au monde à cet instant, et ce que m’est le monde à cet instant. Il est là, le présent, aboli de la frise chronologique.

Alors, j’ai acheté À l’est d’Eden et je l’ai lu pendant quatre jours, en surlignant des passages sur ma liseuse. J’aimerais vous en partager quelques uns, en espérant toutefois qu’ils n’aiguilleront pas votre éventuelle future lecture.

 

Avant d’être une mer, la Vallée avait été une forêt. Parfois, la nuit, je devinais la forêt de séquoias et la mer qui l’avait engloutie.

 

Les Irlandais sont des gens effroyablement gais, mais un spectre sinistre chevauche leurs épaules et scrute leurs pensées. Qu’ils rient trop fort et le spectre glisse son long doigt jusqu’à leur gosier.

 

Les événements servent de points de repère pour la mémoire. D’un point à un autre, il y a du temps passé. De rien à rien, il n’y a qu’un espace vide.

 

Alors l’homme devient source et il est intarissable. Peut-être la place qu’il tient dans le monde peut-elle être mesurée par la qualité et le nombre de ses embrasements. C’est une fonction individuelle, mais elle nous unit à la collectivité. Elle est mère de toute création et elle définit l’homme par rapport aux autres hommes.

 

Si un homme devait se dépouiller de tout ce qu’il possède, je crois qu’il ferait en sorte de conserver quelques petits péchés pour son propre tourment.

 

Certaines gens croient que c’est insulter la splendeur de leur maladie que d’aller mieux.

 

(…) il se sentait lourd et prisonnier de la terre. Si l’extase lui faisait gravir des sommets, c’était pour mieux sombrer dans l’obscurité rocheuse entre les pics. Il avait des accès de courage battus en brèche par des lâchetés éphémères.

 

Samuel jouait et philosophait avec la mort, mais il n’y croyait pas. La mort ne faisait pas partie de son univers. Lui-même et tout ce qui l’entourait étaient immortels. Mais lorsque la vraie mort fit son œuvre, ce fut un outrage, un déni à son immortalité, et la première fissure entraîna la chute de toute la construction. Je crois qu’il avait toujours pensé pouvoir discuter avec la mort, c’était un adversaire personnel qu’il était de taille à abattre.

 

« (…) Vous croyiez que je changerais ? Je n’ai pas changé.

– Prenez-vous plaisir à souffrir ? demanda Samuel. Vous croyez-vous grand et tragique ?

– Je ne sais pas.

– Pensez-y. Peut-être jouez-vous un rôle sur une grande scène devant une salle vide. »

 

Il me semble que vous et moi, au moment de choisir entre deux voies, devons toujours penser à notre fin et vivre pour que notre mort ne fasse plaisir à personne.

 

À l’est d’Eden m’a changée, c’est un livre qui a pénétré en moi, et entre les lignes duquel vivent désormais des parcelles de moi. C’est rare, et ineffable, parce que si ça vous arrive, ce sera sans doute de manière différente. Ce genre de rencontre relève plus du spirituel, oserais-je dire du sacré, que de l’expérience sensible. Si l’on me demande pourquoi j’aime lire, c’est à des moments comme celui-ci que je ferai référence.

 

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2 réponses à “À l’est d’Eden”

  1. Maloriel dit :

    J’ai souri en lisant ces citations qui me parlent beaucoup :) Je lirai peut-être ce livre :)

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