Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

« Brûlant comme un volcan, profond comme le vide… »

En cette toute fin d’année, j’ai appris que mon contrat à Stella serait peut-être reconduit (cela dépend de la possible nomination d’un professeur titulaire sur le poste). Si c’est le cas, je serai en charge des 3e. À l’annonce de cette nouvelle, je me suis tout de suite mise au travail : je n’ai jamais eu de 3e (enfin, si, ma première année d’enseignement, mais ça a duré à peine trois mois). Je veux absolument avoir des cours prêts à la rentrée, d’autant plus qu’il s’agit d’une année d’exam (et qu’ils seront plus de trente – promis, j’arrête les parenthèses). Du coup, j’ai décidé de commencer par une de mes séquences préférées de tous les temps : l’autobiographie. Un cours que j’ai adoré, que ce soit au lycée ou à la fac. Et en potassant mes séances, je suis tombée sur cet extrait de W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec :

L’indicible n’est pas tapi dans l’écriture, il est ce qui l’a bien avant déclenchée.

Et voilà. Toutes ces pages que j’avais noircies depuis mon adolescence, regrettant, parfois avec virulence, de n’être capable de dire ce qui m’obsédait, se trouvaient résumées là, dans cette « simple petite phrase ». C’est un incroyable paradoxe : parce que je ne peux l’exprimer, je dois le faire. Et pourtant, c’est la stricte vérité. L’indicible veut être traduit, il est à la base, je crois, de toute vocation artistique sérieuse.

Le plus étrange dans cette constatation, c’est qu’elle n’empêche nullement la persévérance, voire l’obsession. L’indicible en étant l’inspiration, chaque tentative est vouée à l’échec, mais se taire n’est pourtant pas une option. Et je crois, je crois vraiment, qu’aucun de mes écrits ne manifestera jamais cet ineffable qui me consume. Mais… Je crois aussi que si je relis/relie ? tout ce que j’ai écrit… Il sera là. Les mots dessinent autre chose qu’eux-mêmes. Il suffit de ne pas les mettre bout à bout. Les clefs gisent entre les lignes, entre les fils de la toile. L’erreur serait de considérer la constellation que nos récits ont donnée à voir. C’est entre les étoiles, dans l’abîme qui les relie et les soutient, qu’il faut chercher. Il s’y trouve un alphabet muet, une vérité qui se passe des sens comme du sens ; un glyphe qui s’imprime dans l’esprit seul.

 

 

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2 réponses à “« Brûlant comme un volcan, profond comme le vide… »”

  1. Maloriel dit :

    Je ne connaissais pas cette phrase de Perec mais je la trouve incroyablement juste.
    Et de même ce que tu dis là « Les mots dessinent autre chose qu’eux-mêmes. Il suffit de ne pas les mettre bout à bout. Les clefs gisent entre les lignes, entre les fils de la toile. »
    Je ne l’aurais pas mieux dit.
    Chouette réflexion, c’est toujours tellement difficile de poser des mots sur ce genre de trucs.
    Je suis toujours obsédée (ça fait une bonne semaine maintenant, genre je l’ai écouté 200 fois) par ce titre de VNV. Étrangement saisissant, non ? :)

    • Nathalie dit :

      J’ai énormément écouté Generator quand j’ai découvert cet album, en effet ! Du grand VNV !

      Merci pour ce message ! C’est curieux parce que nous avons étudié W à la fac et que tu avais acheté le livre, il me semble. Pourtant je ne l’ai jamais lu… (enfin tu vas me dire, je ne suis pas sûre d’avoir lu un seul livre au programme ;)) Cette citation est extraite des toutes premières pages, celles où il explique le sens de ce projet autobiographique, et tout l’extrait est magnifique et traduit bien les doutes de son auteur.

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