Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

[Carnet Bleu] Janvier

Janvier, c’est le mois de Janus, le dieu « des commencements et des fins, des choix, des clefs1 et des portes ».

Ça n’est pourtant pas facile à voir, tant le mois semble s’étirer dans la grisaille. Le jour peine toujours à se lever, il fait froid, le sol est boueux et les arbres ont l’air définitivement morts.

Janvier, je ne t’aime pas !

Lost in thoughts on open seas
Let the currents carry me
If I could would I remain
Another life or another dream
No turning back, face the fact
I am lost in space and time
Turning here, looking back in time

 

infinity trail

Infinity Trail – Vladimir Kush

 

Je m’y prends peut-être mal. Si le temps semble figé, c’est peut-être parce que c’est bel et bien nécessaire pour commencer et finir, tourner des clefs, décider d’ouvrir ou de fermer telle ou telle porte.

portes

Creepy, isn’t it ? Source : lemonde.fr

 

alice au pays des merveilles

Malheureusement, quand je suis perdue, c’est plutôt dans cet état que ça me met.

 

alice au pays des merveilles

Et du coup les gens me font penser à ça, et c’est super flippant. Ils te parlent de trucs incompréhensibles et ils ont l’air convaincus… Brrrr !

 

Il faut peut-être accepter de s’en remettre à Janus, avec ses deux – ses multiples ! – visages. Accepter de perdre la raison pour ouvrir des portes qu’on n’aurait jamais approchées autrement.

janus chevaliers du zodiaque

L’armure d’or des Gémeaux. Dans mon souvenir, dans l’épisode consacré des Chevaliers du Zodiaque, ses visages se succédaient, et c’était terrifiant, et fascinant.

 

mylène farmer l'autre

« Une face tournée vers le passé, l’autre vers l’avenir ». L’autre est un album parfait pour le mois de janvier. Écouté, et chanté à tue-tête, sur les routes blafardes d’hiver.

Souffrez qu’une autre
En moi se glisse

 

Sinon, il y a aussi…

♫ Aaaron – Janus

J’aime aussi la playlist concoctée par Mu pour convoquer l’aube.

 
De la musique, toujours de la musique, pour repousser l’ombre ou la prier de s’attarder. J’ai écouté – et chanté à tue-tête, encore – Anamorphosée, et me suis surprise pour la énième fois à retrouver les paroles au fur et à mesure. Un album estival pour invoquer des fantômes en hiver, mais pas de mauvais esprits : des spectres (mal) aimés, qu’on peut bien jeter au fond du placard… Rien ne sert de répudier ceux-là, ils ressurgissent toujours.
 
Mon mois de janvier est une succession d’épiphanies et de dépressions.
 
Je me souviens de cette newsletter de Titiou Lecoq, dans laquelle elle avouait avoir longtemps « ignoré » que la fin d’année correspondait à l’achèvement d’un cycle autour du soleil. Sur le moment, j’ai souri, et j’ai pensé : « ah, les citadins… » Mais le fait est qu’elle a mis le doigt sur un truc, et que ça m’a fait du bien. Penser l’année en termes de nature (et, pour ma part, de symboles) permet de la désenclaver du quotidien. Ça fait six ans qu’en tant que prof, je pense mes commencements en septembre. J’apprécie à présent de me désengager, et de respirer à un autre rythme que celui du boulot.
 
Je n’ai pas foutu grand-chose, ce mois-ci ; mes élèves non plus, d’ailleurs. Nous survivons à l’hiver. Je triture l’ambre entre mes doigts, je leur raconte le Horla, nous peignons nos ongles et ils liront Lovecraft.2
 
Et j’ai mes règles. C’est si intime, si impudique, de déclarer ça de but en blanc. Maman a si souvent brouillé – bien malgré elle – les frontières du personnel et de l’extime, que je suis toujours mal à l’aise quand des gens moins pudibonds que moi partagent leur condition physique. Tout ce qui se rapporte au corps me dégoûte – le sang en premier lieu, d’ailleurs ; je m’évanouis dès que je le vois couler.
 
louise bourgeois janus fleuri

Louise Bourgeois, Janus fleuri, 1968
Bronze, patine dorée, pièce suspendue, 25,7 x 31,7 x 21,3 cm
Collection de l’artiste
Photo Christopher Burke
Source : Centre Pompidou
Il paraît que cette œuvre appartient à une série de quatre sculptures phalliques, mais la première chose que j’y ai vue, c’est un vagin, peut-être hypertrophié, sans doute inutile ; la matérialisation, en tout cas, de ma matrice rigide et déchirée. L’hiver n’est pas propice à la féminité, pour ma part.

 
Je tiens à l’écrire en vertu du même élan qui me pousse depuis quelques mois à lâcher prise : j’ai mes règles, et comme à chaque fois, je me sens à la fois vulnérable et… entière. Il me faut certes un peignoir et un chat-bouillotte (je m’la pète : il fait semblant de dormir sur un fauteuil loin de moi) pour traverser cette période paisiblement, je n’en ressens pas moins une sorte de sérénité mâtinée de fatigue, ainsi qu’un trouble qui me tire des larmes au moindre frisson.

Je ne sais pas pourquoi, je trouve une certaine maladresse à cette version, et en même temps, une impatience qui me touche.

 
Si j’avais été musicienne, j’aurais été violoniste.
Autrement, j’aurais aimé être chef d’orchestre. C’est comme être Storm dans X-Men.
 

Il n’y a rien que j’aime plus que les choses inutiles… Et elles sont particulièrement propices en hiver.

 
N’empêche, commencer l’année par le mois qui te donne le plus l’impression de ne rien contrôler du tout, c’est cruel. Lucide, mais cruel. Ce qui me fait dire que, tous comptes faits, je vais continuer de commencer la mienne en septembre. Au moment du réveil post-langueur, où l’enthousiasme génère l’impatience de retourner au travail, et de tester des trucs.
 

Pas envie de chanter « the thrill is gone » trop longtemps…

1 « du passage et des portes », pas des clefs…

2 C’est mon collègue d’Histoire Géo qui les a branchés sur Cthulhu, et ça a eu l’air d’en brancher certains !

 

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Une réponse à “[Carnet Bleu] Janvier”

  1. Maloriel dit :

    « N’empêche, commencer l’année par le mois qui te donne le plus l’impression de ne rien contrôler du tout, c’est cruel. »
    C’est tellement exactement l’impression que j’ai ces temps-ci !
    Contente de ne pas être la seule à détester ce foutu mois :D
    (moi aussi j’ai vu un vagin dans cette sculpture, mais c’est peut-être parce que tu venais de parler des règles)
    (J’adore le tableau Vladimir Kush !)
    (Ah putain, cette chanson de BB King me rend triste)
    (Ça fait du bien d’écouter du Tchaikovsky !)
    (J’adore cette version de Vivaldi, et je suis difficile en la matière ! Dès que ça me paraît trop académique, trop soigné, trop scolaire, ça me contrarie)
    (Définitivement géniale, l’OST de Deus Ex ! Et ce titre est très très Mass Effect, je trouve/ Favori direct !)

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