Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

[Journal d’écriture] Inspirations : ce qui me fait écrire

Lundi 13 mars 2017

J’écris souvent sous l’impulsion de la musique que je suis en train d’écouter – je veux dire par là que je ne l’ai pas choisie exprès, étant bien incapable de me plier à un rituel qui me permettrait d’entrer en écriture.

Pendant très longtemps, j’avais pourtant cessé de le faire, parce que j’en avais discuté avec Lionel Davoust, pour qui le risque d’une telle pratique était de partir dans des directions artificielles, dictées par l’émotion du moment. J’éprouve un grand respect, et même de l’admiration pour Lionel, dont je me souviens encore de la nouvelle Regarde vers l’Ouest, alors que j’ai oublié la plupart des nouvelles que j’ai lues. Et j’étais obligée de reconnaître qu’il n’avait pas tort. Mon roman contient plusieurs passages qui, à la relecture, n’ont de sens que pour moi. Et je ne compte pas le nombre de textes inspirés par un morceau et donc inachevés, faute d’histoire pour les étayer.
extrait le château

En l’occurrence, c’est un château bien réel qui a inspiré cette introduction.

 

En outre, écouter de la musique et a fortiori un titre que j’adore provoque chez moi une frustration angoissée, parce que je n’arrive pas, justement, à exprimer ce que je ressens. C’est un cauchemar, pour un écrivain, que d’être transporté et de ne parvenir en retour qu’à aligner quelques mots maladroits et biscornus. C’est une des raisons pour lesquelles nous jalousons – nous détestons ! – les musiciens :)

En écoutant Where there is light de VNV Nation

 

Toutefois, c’est aussi parce que la musique est un déclencheur si puissant que j’ai du mal à m’en passer. Quoi qu’il arrive, c’est la clef qui me permet d’accéder à l’arrière-salle, celle qui est sombre et pleine de toiles d’araignées. Aussi décevante que se révèlent mes tentatives pour bien voir ce qui s’y trouve, j’aime mieux essayer d’en cerner les contours à l’aveuglette que de refermer définitivement la porte.

 

Ainsi, mon tout premier roman n’était, à l’origine, qu’un simple tableau, inspiré par l’ambiance grinçante et les vocalises hantées d’un album de Violet Stigmata.

Violet Stigmata – Sleeping People – Décompositions et reliques – 2002

 

Parfois aussi, des mots viennent s’ajouter aux sons. Par exemple, quand j’ai entendu parler de cette étrange exposition, intitulée Un quart d’heure avant la fin d’un monde. Troublée, j’ai tenté de saisir un vertige. Comme toujours lorsque j’essaie de décrire cette émotion, je me suis tournée vers Nine Inch Nails.

Inspiration Un quart d'heure avant la fin d'un monde
Il y a aussi des thèmes que je ressasse, sans parvenir à les circonscrire… ni le vouloir, sans doute.
la mer

la mer

Extrait de l’une de mes trop nombreuses tentatives d’écrire une histoire chouette pour le fils de ma copine Régina.

Le problème, c’est que je suis plus inspirée par mes sens que par ma raison. C’est pourquoi raconter une histoire m’est si difficile. J’aime évoquer l’orage et l’écume, la lumière en automne, et les abîmes où la pensée bascule. J’aime l’écriture métaphysique, mais ne suis pas pour autant capable de la pratiquer. Je voudrais que mes mots soient revêtus de chair et de sang, comme ceux de Sire Cédric, qu’ils se fassent arcanes comme ceux de Léa Silhol.

Je n’y parviens pas, mais peu importe, au fond : écrire est la seule activité dans laquelle je persévère quels que soient mes doutes ou mes déceptions, ce qui prouve qu’elle m’est consubstantielle.

 

L’ensemble de mes textes constitue ainsi un répertoire de visions, que relient parfois des pointillés en forme de cailloux blancs.
A la fin il ne restera que nous  Nous n'avons fait que fuir parce que ce qui comptait c'était de courir.  Avaler la route qui part en fumée, asphyxier la peur – ils ont tous peur – pas moi. Je ne laisserai pas de trace. Je me décomposerai, je disparaîtrai. Personne ne se souviendra de moi. A la fin il ne restera que l'écran éteint. Nous n'avons fait que fuir, mon amour, et nous avons eu raison. A l'ouest l'emprunte de nos pas s'est estompée dans la mer.  J'ai tout vu et je n'ai rien appris, si ce n'est l'éphémère. Mes yeux sont restés secs, parce que cette beauté-là hurlait à l'intérieur. Les vagues gonflaient mes poumons comme des voiles. J'ai tout vu, amour, et je n'ai rien retenu, si ce n'est que jamais, jamais je ne céderai  Il m'est arrivé de croire aux apparitions, de vouloir troquer la route contre l'illusoire réconfort d'une rencontre, il m'est arrivé de renoncer au présent pour mieux effacer mes lendemains. Il m'est arrivé de céder.  Je les ai laissés m'inventer.  Je me suis retrouvée devant l'océan où tu avais disparu. Les chemins de lumière s'éloignaient en zigzagant.  A la fin il ne restera que moi.  *  Je n'ai jamais cru aux aubes mortes, ni aux nuits enfiévrées. Je voulais te dire  que la déliquescence des aurores ne devait rien au hasard que l'obscurité ne camouflait pas nos cicatrices  que dans « absoudre » j'entendais dissoudre.  *  A la fin il ne restera plus rien. Les ténèbres vont voiler nos yeux, le rugissement de la mer engourdir nos tympans. La plage sera de nouveau blanche, et de nouvelles semelles écriront leur histoire sur le sable. Mais en attendant, en attendant, Amour, je voulais te dire que si je n'ai fait que fuir, c'était pour mieux te poursuivre. A jamais l'Ouest comme seul horizon, croix de bois croix de fer si je mens j'vais pas en enfer.  Dans tes bras, je me suis souvenu mon nom.  A la fin, il ne restera que toi.

Je tiens beaucoup à ce texte, aussi, s’il en est un pour lequel j’aimerais qu’on n’oublie pas de préciser que j’en suis l’auteure, c’est bien celui-là :)

 


Je sais que ça fait hyper prétentieux, d’envisager que quelqu’un trouve mon texte suffisamment bon pour se l’approprier. Mais quand j’étais ado, je me suis déjà retrouvée à devoir justifier la maternité de mauvais poèmes, alors pour un texte dont je suis fière… je préfère prendre les devants.

 

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6 réponses à “[Journal d’écriture] Inspirations : ce qui me fait écrire”

  1. Maloriel dit :

    De très beaux textes dans cet article, surtout le dernier !
    Pour ma part j’ai l’impression, avec le temps, de réussir à construire des histoires qui reflètent cette perception très sensuelle et émotionnelle du monde. Je veux dire par là que j’arrive progressivement, par une forme indirecte, à reproduire ce que je veux dire quand j’écris sous le coup de l’émotion uniquement.
    J’y arrive aussi parce que maintenant je sais, je veux dire par là que je comprends, que ces satanés musiciens semblent spontanés, parce que notre expérience de leur musique l’est. Mais ce n’est pas le cas de la composition. Alors justement, j’essaie de me penser comme une musicienne, avec des mots comme instruments.
    En tout cas, pour moi aussi la musique est un déclencheur, et s’il peut arriver qu’elle me conduise dans les directions artificielles évoquées par Lionel, c’est un phénomène qui s’atténue avec le temps, parce que l’écriture devient plus maîtrisée, et pas uniquement une catharsis.
    J’ai toujours voulu écrire des histoires tout en pensant que j’en étais incapable, et en fait, j’en suis capable. Mais ça demande un peu de patience, mais surtout, surtout, un peu de bienveillance envers soi-même :)
    Bon courage en tout cas, même si tu n’en as pas vraiment besoin, car l’écriture n’est pas un projet à porter, mais un mode de vie et surtout, une façon d’être :)

    • Nathalie dit :

      Merci :)

      Ce que j’envie aux musiciens, ce n’est pas tant l’immédiateté de la composition, puisque comme tu dis, composer est un processus, un travail. C’est plutôt l’immédiateté de la perception : je ne suis pas sûre qu’un texte soit aussi immédiatement lisible qu’une oeuvre musicale. J’aimerais que le résultat de mon travail soit aussi percutant qu’un morceau, mais je ne suis pas sûre que ce soit possible (enfin, Victor Hugo sait parfois le faire, mais… je ne suis pas Hugo :))

      Après, je suis d’accord, à force d’écrire j’ai appris à maîtriser un certain nombre de processus, et d’ailleurs il m’arrive de choisir la musique que j’écoute en fonction de l’émotion que je veux restituer, ce qui règle le problème !

  2. Maloriel dit :

    Peut-être que ces moments percutants sont simplement plus rares et plus épars dans un texte. Pour prendre un exemple d’une autre forme d’art, quand on regarde un film ou une série, on ne frisonne pas en permanence, mais certaines scènes savent déclencher ce sentiment d’émotion immédiate, passionnel. Et je pense que ça n’arrive que parce que tout ce qui a été écrit avant ne faisait que nous amener à ce moment-là, tant dans la construction de l’intrigue que dans la gestion de l’émotion. Comme dirait le Fossoyeurs de films, le cinéma, c’est la manipulation des émotions, et en fait, je crois que c’est le cas de tous les arts :)

    • Maloriel dit :

      Pardon, de tous les arts narratifs, ai-je oublié de préciser. Et j’ai aussi oublié de cliquer sur « répondre », désolée, parce que je sais que moi, ça m’agace quand les messages s’empilent, ça fait pas rangé (oui, je sais que c’est un caprice fort étrange pour une personne aussi bordélique que moi).

      • Nathalie dit :

        Cette dernière remarque m’a fait pouffer de rire, pardon également :D
        Ce n’est pas grave si ce n’est pas rangé, d’une part il n’y a pas 36 commentaires et d’autre part, au bout d’un moment avec mon design ça finit par faire une colonne un peu étroite pour afficher ladite réponse :)

    • Nathalie dit :

      Tu as tout à fait raison. Je ne sais pas pourquoi je suis obsédée par des effets, des émotions qui sont plutôt provoqués par des œuvres non narratives justement. Je suis fascinée par l’immédiateté des ressentis provoqués par la musique, la photo, la peinture… Et dans une moindre mesure, puisque comme tu le fais remarquer c’est un art narratif, par le cinéma ou plutôt les séries télé, d’ailleurs. Grâce à leur format plus court, elles réservent plus je trouve de ces frissons. Si on prend les génériques de certaines séries, dont parle Eliness dans ses deux derniers billets, ils sont comme une succession de tableaux musicaux extrêmement percutants. (je cite Eliness parce que son article a inspiré une partie de ce billet, même si le rapport ne saute pas aux yeux ^^)

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