Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Deux-trois réflexions en vrac

Pas envie de développer, parce que, pour une fois, je ne souhaite agresser personne : m’étant moi-même sentie régulièrement agressée ces derniers jours par des gens qui ne savent pas défendre leurs convictions autrement qu’en les assénant comme des évidences, je voudrais juste poser deux-trois questions.

– Ma collègue d’Histoire-Géo est allée voir J’accuse, qu’elle a trouvé brillant. Peut-on pour autant en déduire qu’elle « n’en a rien à foutre des agressions sexuelles » ? (Je ne pense pas. Ma collègue d’anglais quant à elle, aime toujours autant la musique de Michael Jackson…)

– CertainEs de mes élèves pensaient, jusqu’à ce que je les corrige, que les féministes, ce sont des folles furieuses qui haïssent les hommes. N’y aurait-il pas un problème de communication ?

– Dans le même ordre d’idée, je trouve étonnant qu’on puisse interdire à des gens d’aller voir un film de Polanski (qui parle de l’affaire Dreyfus) ou un concert de Bertrand Cantat (dont les textes ne parlent pas de son rapport aux femmes – si, L’appartement, peut-être, qui est superbe), mais que pas une voix ne s’élève contre certains textes de rap qui, eux, sont explicitement misogynes/machos (au hasard : « Elle est bonne sa mère […] Talons aiguilles, elle remplit parfaitement son jean, pour la serrer, faut faire chauffer la MasterCard » (Vegedream) ou bien « Le réchauffement climatique / C’est dû à la chatte à ta mère, avec l’effet de serre ». C’est beau, hein ? C’est Booba.)

– Quand un homophobe (Israel Folau, en l’occurrence) exprime son intime conviction, peut-on encore parler de « dérapage » ? Un « dérapage », c’est quand une personne commet une maladresse, que ses mots dépassent sa pensée, et généralement, cette personne s’en excuse après coup. Encore un cas, me semble-t-il, où le vocabulaire employé défigure la réalité et entretient l’idée que ce n’est pas si grave.

 

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7 réponses à “Deux-trois réflexions en vrac”

  1. Maloriel dit :

    Y a un moment quand tes convictions consistent à dire que des gens sont pas légitimes à être des victimes ou simplement pas légitimes à être ce qu’ils sont, j’suis pas sûre que faut appeler ça des convictions, plutôt du fuel à polémique stériles pour nourrir le soi-disant débat démocratique. On en oublie la compassion, la sympathie, le simple lien de fraternité pour pouvoir dire qu’on n’est « pas d’accord » et se valoriser en maniant des idées qui ont rien à voir avec ce qu’on ferait vraiment dans la vie de tous les jours. Ou même à ce qu’on pense vraiment… C’est facile d’avoir des postures de pensée. (et oui j’applique aussi cette réflexion à moi-même)
    En tout cas ça me fout la rage de penser à tout ça et je conseille cette chanson à tout le monde qui pourrait passer par ici, elle est terrible mais moi elle m’aide à évacuer quand je suis très furieuse ou très triste ou les deux :)
    https://youtu.be/YnEBdT75RUQ?list=PLmuq670UAvdyuXmI9WyX-Ed2NjsWrsKAd

    • Nathalie dit :

      Je ne suis pas sûre de comprendre à quelle partie de mon billet tu fais référence :)

      Je suis certaine qu’Israel Folau est réellement homophobe (c’est un rugbyman australien qui prétend que les catastrophes naturelles qu’a subies l’Australie sont l’expression de la colère de Dieu face à la légalisation du mariage homo). En ce qui le concerne, ouais, je pense que ça tient de la conviction. Ce qui tient du « fuel à polémiques », c’est de réduire ces propos puants à des « dérapages ».

      J’en profite pour poster ci-dessous un commentaire reçu par mail, qui complète et nuance ce que j’ai pu écrire.

      PS : Féroces Intimes me fait beaucoup penser à ce qu’a produit Fauve dans Voyou et Blizzard, même si le propos de Fauve est plus intime et personnel.

  2. NN dit :

    Hellow,

    Ce que tu as écrit sur les « dérapages » m’a fait penser à cette petite vidéo que j’ai vu au début du mois (et que j’ai eut du mal à retrouver). (Tu peux commencer la vidéo à 3 minutes si t’as la flemme de tout voir)

    https://www.youtube.com/watch?v=ldWRpySM1CM

    Je voulais te la partager, bien que ce soit spécifiquement concernant la politique française, on peut se demander sans trop de parano si ce genre de système est ou pas utilisé un peu partout toujours dans un objectif.

    Pour ce qui est des féministes, on sait bien comment les enfants peuvent avoir ce genre d’images. Jeune, on est encore assez innocent pour ne pas croire en les inégalités de sexes, je suppose. Donc des personnes féministes sont forcément radicales, et plus encore c’est très souvent la radicalité seule qu’on nous montre sur ce genre de sujets.

    Le mot qui est véhiculé dans les médias, et un peu partout sur le net, qui me fait vraiment tilter ces temps-ci c’est le « féminicide ». On l’applique je trouve à tout meurtre d’un homme sur une femme alors qu’après avoir fait des recherches (oui, je me suis demandé si ma définition n’était pas la bonne), c’est un meurtre sur une femme parce que c’est une femme ou une fille. Ce crime est spécifiquement lié au genre de la victime et donc ne peut pas être automatiquement attribué à tout meurtre sur une femme .
    Exemple : une femme est riche. Je la tue pour son argent. Le genre de la victime n’a aucunement impacté sur le crime.
    Je sais pas ce que tu en penses ?!

    • Nathalie dit :

      Hello !

      Merci pour la vidéo qui est tout à fait passionnante. Il faut absolument que je la conserve quelque part, c’est très éclairant. Je ne sais pas si les médias utilisent le mot « dérapage » à des fins stratégiques, mais le résultat est le même : ils contribuent effectivement à agrandir la fenêtre, permettant à de plus en plus de gens de tenir ce genre de propos, qui sont pourtant, en France du moins, illégaux.

      Ton analyse concernant mes élèves est très juste, et je me demande d’ailleurs pourquoi les enfants perdent cette innocence. En effet, tous mes élèves tiennent pour acquise l’égalité des sexes. Quand et pourquoi changent-ils d’avis en vieillissant ? Vaste question…

      Je rejoins entièrement ton analyse du terme « féminicide ». J’ai déjà pris pour exemple le fait que si quelqu’un viole ma sœur, que ce quelqu’un est par le plus grand des hasards « basané » et que je décide de me venger en le tuant, il ne s’agirait pas d’un meurtre raciste mais d’une vengeance personnelle, point (oui, j’ai des exemples bizarres). Reste que la plupart des meurtres commis sur des femmes et relayés par les médias sont bien des féminicides, dans une acception large, si tu veux : quand un type bute son ex parce qu’il ne supporte pas de la voir avec un autre (je caricature à peine), c’est qu’il a une notion bien particulière de ce que représente une femme.

  3. Entdaurog dit :

    Quand j’entends Noir Désir, il y a souvent un truc qui résonne dans ma tête qui me dit que dans le même temps où Cantat écrivait ses chansons, il battait la femme avec laquelle il vivait. Par ailleurs, rien de ce que je connais du rock français n’atteint les chansons de ce groupe (mais je suis peut-être influencé par le fait que c’est la musique de mon adolescence). Donc il m’arrive encore d’écouter, mais avec un plaisir nuancé.
    Une des différences avec Polanski, c’est que Cantat, s’il ne peut pas revenir sur ses actes envers les diverses femmes qui ont eu à souffrir de croiser son chemin, a payé une dette morale envers la société en purgeant sa peine de prison.
    La présomption d’innocence s’applique à Polanski. Cependant, depuis les années qu’il est poursuivi pour ce genre de faits, elle commence à sentir un peu le sapin. Mais il continue à produire au grand jour son cinéma (dont par ailleurs personne ne nie qu’il soit brillant, techniquement). Je me dis qu’il aurait pu être élégant d’être lavé de tout soupçon avant de continuer à diffuser (pas créer : il pourrait continuer de créer et diffuser après qu’un jugement en sa faveur ait été produit). Mais bon, s’il est réellement innocent, il n’a après tout aucune obligation de le faire…
    Mais je ne crois pas qu’on puisse dire que ta collègue d’histoire-géo se foute des agressions sexuelles pour autant…et je suis complètement d’accord avec toi sur l’emploi du terme dérapage.

    • Nathalie dit :

      Je suis vraiment contente parce que vos réactions à tous me permettent vraiment de nuancer mes propres réflexions, en apportant toutes un éclairage différent.

      Je rejoins tout à fait ce que tu dis sur Polanski. Présomption d’innocence ou pas, le doute est largement permis. On verra ce que ça donne en justice… Si de tels cas peuvent encore aboutir.
      Je trouve ça intéressant parce que ma collègue distingue totalement l’homme de l’artiste, tandis que son homologue masculin, lui, refuse d’aller voir le dernier film de Polanski.

      Quand je me demandais si cela signifiait qu’elle « n’en avait rien à foutre des agressions sexuelles », je faisais référence à la newsletter de Titiou Lecoq, qui disait exactement cela : « On va arrêter de tourner autour du pot, de couper les cheveux en quatre, de se triturer les neurones. Ce succès signifie une chose toute simple: la plupart des gens s’en contrefoutent des violences sexuelles. »
      Elle considère sa propre opinion comme tellement évidente, et cela contredit tellement ce que j’observe autour de moi, que ça m’a choquée.

      • Entdaurog dit :

        D’une manière générale, tu abordes sur ce blog un tas de sujets de fond (féminisme, végétarisme, handicap, etc.) sans être jamais manichéenne, en exprimant cependant ton opinion, parfois avec émotion (et parfois des émotions violentes !) mais sans imposer au lecteur ce que tu penses : on sait toujours qu’on a le droit d’être en désaccord avec toi, on sait toujours que tu cherches l’échange d’idées.
        Ce que dit Titiou Lecocq, c’est tranché, c’est sûr. Elle remarque que le film de Polanki fait une très bonne sortie en salle, et elle en tire comme conclusion que tout le monde s’en fout, de ce qu’il a potentiellement fait. C’est faux, bien sûr ; sinon on ne serait pas là à en discuter (et puis, même une très bonne sortie en salle ne représente qu’une infime fraction de la population) ; mais Titou Lecocq exprime sa mauvaise humeur / déception que le monde ne soit pas meilleur…Dans ces moments-là, on est rarement nuancé ! Je ne suis pas allé voir J’accuse, et je n’irai pas, parce que, comme je le disais, la présomption d’innocence de Polanski commence quand même à sentir le sapin, et que ça me gêne. Le dernier Tarantino, qui tourne autour de la personne de Sharon Tate (ce que j’ai découvert en cours de visionnage), m’a gêné également. Je ne juge pas Polanski coupable, puisque je n’en ai pas les moyens, et donc pas la légitimité de le faire ; mais ça ne m’empêche pas d’avoir un esprit critique et donc de prendre de la distance avec une œuvre artistique que je pourrais me sentir mal d’avoir apprécié alors même que j’avais des éléments pour me mettre la puce à l’oreille, s’il devait advenir qu’il soit un jour déclaré coupable de ce dont il est accusé.
        Et sinon, je suis d’accord avec ce que tu dis sur les textes de rap, en sachant quand même que Booba and Co, on peut quand même choisir mieux, et que ce n’est pas très dur ! Allez, sans réfléchir : Une femme seule

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