Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Le féminisme et moi

Ça fait quelques temps que je réfléchis aux rapports très contrastés que j’entretiens avec le féminisme – ainsi que, je dois l’avouer, tant d’autres sujets de société -, avec lesquels je me sens en complet décalage. J’ai eu envie de partager les conclusions auxquelles j’ai abouti. Avant de commencer, toutefois, je voudrais préciser que ce billet n’a d’autre valeur que celle d’un témoignage, et ne contient aucune piste de réflexion.

 

Quand j’étais petite, nous avions une femme de ménage et maman ne travaillait pas. J’imagine que la participation de mon père aux tâches ménagères était réduite, puisqu’il partait travailler tous les matins vers six ou sept heures et ne rentrait que vers vingt heures (il faisait une partie des courses, cependant, du moins je me souviens qu’il nous rapportait des disques du Carrouf de Pontault Combault). A priori, ça n’a jamais été source de conflit : mes parents m’ont toujours affirmé qu’ils avaient décidé ensemble de cette répartition. Maman travaillait, avant de nous avoir, Muriel et moi, et n’a jamais manifesté le désir de recommencer. J’ignore si elle pensait que la maladie l’en empêcherait, mais en tout cas, jamais, même dans les pires engueulades, je ne l’ai entendue aborder le sujet.

Plus tard, papa a été licencié et, la maladie de maman s’aggravant, il a décidé de bosser à domicile. Il est devenu traducteur technique et, vu l’état de maman, je pense qu’il l’épaulait à la maison ; même si c’est elle qui gérait le quotidien avec nous, leurs filles.

Peu après notre emménagement au Tour du Parc, maman a complètement cessé de marcher. Mes parents n’avaient plus les moyens de se payer une aide à domicile. J’ai vu mon père bosser 72 heures par semaine, tout en assurant les tâches ménagères et en apportant à ma mère tous les soins et l’aide dont elle avait besoin.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que pendant les deux tiers de ma vie, j’ai vu mon père prendre en charge la totalité des tâches ménagères tout en trimant comme un esclave pour nous garantir une vie décente. Ce n’est que vers la fin qu’avec l’aide de l’ADMR, mes parents ont pu bénéficier d’un soutien financier et de la présence quasi constante des infirmiers, aide-soignants, kiné… que nécessitait l’état de maman.

Si ma mère m’a élevée, c’est mon père qui m’a appris à cuisiner ou à faire une lessive.

 

J’ai reçu, je crois, une éducation non genrée. Ma sœur et moi avons joué aux Playmobils (boîtes bleues et roses confondues), à la poupée, aux petites voitures, aux Polly Pockets et aux robots. On a fait du vélo, du roller, de la danse et de la planche à voile. Jamais je n’ai entendu de blague sexiste à la maison et mon père m’a encouragée à briller dans les matières scientifiques comme littéraires (mais c’était peine perdue). Quand j’étais en primaire, je jouais à la corde à sauter et aux Trois Mousquetaires avec mon meilleur ami Enguerrand, et j’avais un copain qui jouait à la poupée.

Aujourd’hui, je vis depuis quinze ans avec un homme bien plus méticuleux que moi, qui cuisine, plie le linge et récure les chiottes.

 

Alors quand j’entends parler de ce patriarcat qui nous opprime et qu’on devrait jeter à bas, je pense aux hommes que je connais, et je me sens agressée pour eux. Une part de moi ne peut s’empêcher de penser que si les femmes ne sortaient pas avec des machos, validant ainsi leur légitimité, ça fait belle lurette que le problème serait réglé.

 

Bien sûr, ça me fait sourire quand j’entends nos pères respectifs, à Mathias et moi, dire qu’ils auraient bien aimé avoir un autre enfant, tandis que nos mères se récrient d’un « et puis quoi, encore ! »
Mais la fameuse charge mentale dont je ne cesse d’entendre parler et que je ne suis pas sûre, je le reconnais, d’avoir correctement approfondie, je ne la comprends pas. Les hommes de ma connaissance que le ménage obsède, ben ils le font. Je me demande si les femmes que ça oppresse ne s’imposent pas ça toutes seules.

Au fond, c’est ça, l’autre aspect du féminisme qui me met mal à l’aise : j’ai l’impression qu’il consiste à plier toute la société aux desiderata des femmes, qui sont, comme chacun sait, obnubilées par la tenue de leur maison, tout en – parce qu’elles sont modernes, désormais – souhaitant s’accomplir dans leur vie professionnelle.

Avec des journées de 24h et l’obligation de dormir, je crois que personne ne peut tout faire. C’est une question de choix, qui se pose à chacun d’entre nous. Je ne pense pas qu’on puisse élever des enfants, être toujours là pour eux, et mener de front une carrière professionnelle ambitieuse. Je ne crois pas non plus que l’on devrait se soucier de ce que pensent les autres de notre intérieur (celui de la maison, je veux dire). Je ne me reconnais moi-même ni dans la figure de la mère, ni dans celle de l’ambitieuse, encore moins dans celle de la fée du logis. Je ne comprends tout simplement pas cette idée de charge mentale, parce qu’en regardant les mamans autour de moi, j’ai su que je ne pourrais ni ne voudrais jamais de la vie que ça impliquait. J’ai l’impression que certaines femmes rendent les autres responsables de leur malheur, alors que selon moi, elles ont juste omis de réfléchir avant de prendre une des décisions les plus conséquentes de toute leur vie.

Et je ne dis pas qu’elles devraient être seules à l’assumer. Mais si on admet, comme c’est le cas en ce moment, que la plupart des hommes sont des machos égoïstes, il me semble qu’une conversation pré-conception s’impose. Tu ne peux pas savoir au fond de toi que ton homme est un flemmard patenté qui te délègue les tâches ménagères, et t’étonner que la situation n’évolue pas une fois que t’as les mains dans la merde.

 

Je suis une fille-à-papa, je le reconnais sans peine. J’ai toujours perçu le mien comme un héros et ça a indubitablement une influence sur mes opinions d’aujourd’hui. Je pense aussi que l’éducation que j’ai reçue m’a poussée à toujours évaluer, remettre en question le bien-fondé des soit-disant évidences. En bref, j’ai appris à faire preuve d’esprit critique et je me doute bien que la situation d’une personne qu’on a élevée dans un milieu plus rigoriste et/ou traditionaliste n’aura pas la même perception que moi.

Mais tout de même : l’idée que la gent masculine dans son ensemble soit responsable de tous les maux féminins me dérange, d’autant plus que la plupart des hommes sont « victimes » de la même éducation que les femmes. Pourquoi feraient-ils preuve d’auto-critique ? Cela fait des siècles qu’on leur serine la même définition de la virilité. Et « on », c’est nous aussi, les femmes. Tous ces garçons sont bien nés d’une mère, d’une femme donc, non ? Le problème, c’est que tout discours, s’il est suffisamment répété, devient une vérité ; du moins je pense qu’on se conforme toujours, un peu inconsciemment, à ce que les autres disent de nous. Et moi, ça fait des années que j’entends dire que « les garçons c’est pas sensible », « les garçons sont nuls en ménage », etc. Alors que non… Il y a des hommes sexistes et imbus de leur pouvoir. Comme il y a des femmes que ça ne dérange pas, et qui trouvent normale la répartition des rôles dans la société.

 

Je pense que pour changer de société, il faut changer de discours, et c’est pourquoi le féminisme agressif me met mal à l’aise : il est anti-pédagogique au possible. Ça me fait penser au truc qu’on apprend dans toutes les formations à la communication bienveillante… Si je dis « ne pensez pas à un éléphant rose », vous allez visualiser un éléphant rose. De la même façon, je pense que si on répète « les hommes sont des dominateurs égoïstes et misogynes »… on ne modifie pas la réalité, on l’entérine. Je trouve bien plus pertinentes des propositions comme celle du Boys Club, la chaîne YouTube qui donne la parole aux hommes et interroge leur vision de la masculinité. D’une manière générale, les contenus du site Madmoizelle me semblent bien plus constructifs et bienveillants que toutes les attaques frontales adressées à l’encontre des hommes.

 

Ah ben si, j’ai fini par trouver quelques pistes de réflexion !

 

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