Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Quand l’anxiété prend le dessus

Ce billet est un peu (très) personnel, mais j’ai besoin de vous en parler. D’abord parce que les amis qui me lisent y trouveront peut-être non pas une justification, mais une explication quant à mon absence ces derniers mois. Je pense à vous, tous, je n’ai juste pas vraiment la force de vous écrire ou de vous téléphoner, tout simplement parce que ce dont je vais parler ici me préoccupe beaucoup trop.

Ensuite, eh bien… Je pense que des lecteurs trouveront peut-être ici un écho à leurs propres interrogations. Il ne s’agit là que de pistes, mais… Il faut les suivre, sans doute, nous verrons bien où elles nous mènent.

Enfin, il me semble que ce serait idiot de me « cacher » plus longtemps. J’ai l’habitude de me considérer comme super forte, toujours capable de m’en sortir seule… C’est pas pour autant que je dois taire ce qui m’arrive :)

Je n’ai pris conscience que je n’allais vraiment pas bien que très récemment. Ce n’est pas tant une succession d’événements qui m’a amenée à cette conclusion, que la durée dans laquelle ils s’inscrivent. J’ai toujours été anxieuse – je me souviens que quand j’étais très jeune, dans les douze ans, les gens disaient à ma mère de m’inscrire à un cours de relaxation. Mais là, c’est autre chose. C’est trop long.

J’ai fini par faire des recherches sur Internet. Alors, je fais très attention à « l’effet Doctissimo » (vous savez, vous vous renseignez sur un trouble anodin que vous avez et vous fermez l’onglet persuadé que vous avez un cancer). Mais ça fait un moment que ça me titille : ce n’est pas normal. C’est d’ailleurs un truc qui m’a de plus en plus contrariée ces derniers mois : être incapable de l’expliquer et être pourtant convaincue que quelque chose ne tournait pas rond. Pour moi, c’est précisément ce qui me donnait raison. Je sais ce qui est normal pour moi. Je sais que je ne serai jamais quelqu’un de particulièrement calme, je sais que j’ai des sautes d’humeur violentes, que j’ai tendance à voir la vie en noir plutôt qu’en couleurs. Tout ça, c’est mon état normal.

Trouble anxieux généralisé

J’ai fait ce dessin fin août, dans le cadre d’une tentative avortée de participer à un défi créatif sur le long terme. Le sujet que j’avais choisi était « ventre » et j’espère que vous voudrez bien pardonner ma maladresse, mais je n’ai jamais dessiné de ma vie, je suis très mauvaise ! Eliness a publié une photo semblable, je ne l’avais pas vue à ce moment-là… La « ressemblance » est donc fortuite… Mais intéressante :)

Je pense que je souffre d’un trouble anxieux. Voire, d’un trouble anxieux généralisé. Je n’ai pas pour habitude de me plaindre, mais je vous avoue que ce serait en fait un vrai soulagement pour moi d’être diagnostiquée. De mon expérience ces derniers mois, il n’y a rien de plus éreintant psychologiquement que de souffrir sans que cette souffrance soit reconnue – cette impression permanente d’aller mal associée à l’idée que oui, mais bon, il y a pire. Il y a toujours pire, je suis sacrément bien placée pour le savoir.

Mais reprenons. Il y a clairement un avant et un après 13 novembre. Mais la plupart des éléments étaient déjà en place. Je crois que le facteur déclencheur a été l’hospitalisation de ma mère au mois d’août. Ça a été un événement traumatisant à plus d’un titre, mais je crois pouvoir dire, sans entrer dans des détails trop intimes, que ça a créé des montagnes russes émotionnelles d’une grande ampleur. Pour résumer, j’ai cru (espéré) qu’elle allait mourir, et ça n’est pas arrivé. La peur (l’espoir) et ses moments de rémission se sont succédés sur plusieurs semaines. Tout début septembre, alors que je conduisais afin de me rendre à ma réunion de pré-rentrée, je me suis mise à sangloter sans pouvoir m’arrêter. Ça a duré une bonne demi-heure.

J’ai eu ma période sereine. J’ai été sobre, j’ai pris mon temps. Treize novembre. Je n’ai pas été touchée personnellement, mais c’est comme si la violence et l’absurdité de l’événement avaient cristallisé toute l’angoisse, la peur et la colère accumulées depuis mon adolescence. La révélation finale que j’avais raison, que ce monde était d’une laideur effroyable, qu’il n’y avait rien à y sauver.

Depuis, je navigue en eaux troubles. État de déprime généralisée, j’angoisse à l’idée de faire mon travail. Je suis malade quelques jours – mal de gorge, rien de grave. Puis viennent les vertiges. Tous les matins. La première fois, je me dis que j’ai abusé la veille. Le lendemain, je petit-déjeune, je fais attention. Rien à faire : je m’accroche littéralement au tableau blanc de peur de m’écrouler. Marcher dans les allées entre les bureaux des élèves est une épreuve, je ne sais pas bien où je suis, je n’ai pas vraiment la tête qui tourne mais je ne tiens pas debout. Je tombe malade, une semaine d’arrêt. Quand je reviens, j’ai encore le vertige un jour ou deux. Mes collègues disent que j’ai l’air fatigué depuis un moment. V. me dit que j’ai maigri. Dans la voiture sur la route de Paimpol, nouvelle crise de pleurs.

Depuis le début des vacances, j’ai l’impression d’avoir atteint un paroxysme. Je suis incapable de profiter du temps libre qui m’est offert, dévorée littéralement par l’angoisse. Mes pensées ne se taisent jamais, je suis fébrile, je n’arrive pas à me mettre au travail, du coup j’angoisse encore plus. Je me suis mise à la méditation, je m’efforce d’en prendre le temps une à deux fois par jour, et l’exercice me semble parfois effroyablement difficile. Je culpabilise parce que je n’arrive pas à faire taire Angoisse, que je ne parviens pas à me concentrer, je me trouve nulle.

J’ai d’abord regardé du côté des symptômes de la dépression, mais cela a confirmé ce que je savais déjà : une dépression, c’est plus grave. Elle s’accompagne de troubles physiques dont je ne souffre pas. Le trouble d’anxiété généralisé (abrévié en TAG un peu partout), par contre, correspond en tous points à mon état – du moins j’en ai l’impression. Il se caractérise par :
– une anxiété excessive sans objet particulier et/ou liée au travail, aux activités quotidiennes.
– une difficulté à contrôler cette anxiété (euphémisme)
– Elle est liée aux symptômes suivants :

  • agitation ou sensation d’être fébrile, à bout, survolté (checked)
  • fatigabilité (checked)
  • difficulté de concentration ou de mémoire (j’ai du mal à suivre les émissions scientifiques qui me plaisent habituellement et je perds souvent le fil des conversations.)
  • irritabilité (checked)
  • tension musculaire (checked. Mais je pense que c’est lié au manque de sport)
  • perturbation du sommeil (checked ? J’ai toujours eu du mal à m’endormir et je suis loin d’être la seule.)

– « L’anxiété, les soucis ou les symptômes physiques entraînent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants. » (eh bien, dans la mesure où faire mon boulot me semble parfois réellement impossible et qu’il m’arrive d’être à deux doigts de laisser la classe partir à vaux-l’eau, j’imagine que c’est ça).
– La perturbation n’est pas liée à l’abus direct d’une substance, ou à une maladie physique et ne survient pas seulement au cours d’une saute d’humeur ou d’un épisode quelconque.

Cela se traduit notamment par une perte d’intérêt pour les sujets qui nous passionnent d’habitude (l’écriture). En effet, tout semble vain. Pour ma part, il y aussi la sensation physique d’être oppressée. Comme si je pouvais localiser l’angoisse – dans l’abdomen, juste à côté de l’estomac. Ça irradie. Ça m’étouffe.

trouble anxieux généralisé - Ventre

Photo prise à l’hôtel, en Italie. Cette idée d’une « émergence » est assez effrayante, quand on a lu et vu beaucoup d’oeuvre horrifiques :D

Alors, loin de moi l’idée de me plaindre à travers ce billet. Et je n’ai pas passé les dernières semaines à attendre que les choses se tassent. Au contraire, je me suis engagée dans une démarche dont je me doute qu’elle prendra du temps, mais dont je me dis aussi qu’elle sera riche en apprentissage.

Les carnets et les listes

Je me suis mise à en faire plein. Je note les choses chouettes, je liste les trucs qui me prennent la tête. Pour ne pas oublier ce qui doit être fait mais pas dans l’immédiat, et pour trouver des solutions quand je bloque sur quelque chose, par peur ou manque d’information, etc. Du genre, ce matin, ça a donné ça :

Trouble anxieux généralisé - En cas d'émergence, tirer le cordonnet

Je vois bien que ça a l’air un peu bête, vu comme ça, mais en fait ça permet de vider le cerveau des pensées parasites, et de passer à autre chose.

La lecture

Pas toujours évident de se poser pour lire quand on n’arrive pas à canaliser sa pensée, mais j’essaie quand même. C’est un effort, au début, après, comme avec la méditation, ça finit par venir. Et quand on lit, on n’est pas soi…

La méditation

J’ai très longtemps été sceptique, voire réticente. J’ai beau vouer un profond respect à Mathieu Ricard, il me semble tout à fait vain de tenter d’éprouver des sentiments de compassion et d’altruisme quand on est soi-même dévasté. Je veux bien entendre que l’on irait mieux si l’on était connecté les uns aux autres, mais c’est tout de même mettre la charrue avant les bœufs.

Néanmoins, consciente que je devais réagir de toute urgence, j’ai tenté de trouver des solutions. J’ai rangé ma maison, pris le temps de préparer des repas pour contrer la fébrilité et… téléchargé une appli de méditation. Et ça m’a fait un bien fou. Bien sûr, il arrive – souvent – que je trouve la pratique difficile. Je suis souvent dans un tel état de nerfs que le moindre bruit me fait sursauter, si bien que j’ai du mal à me concentrer. Puis se concentrer sur sa respiration, cela signifie aussi rendre visite à Angoisse, qui est lovée là près de l’estomac, pile à l’endroit où je préfère sentir mon souffle se répandre. Mais, bon an mal an, la pratique de la méditation me permet de retrouver la possibilité de vivre au présent, sans être tiraillée par l’anxiété et les doutes. Juste, respirer, effacer les pensées qui tournent en cage et retrouver cet état de sérénité enfantin qui manque à tout le monde, je pense. Ce moment où le futur était si loin, et si long, et où le passé n’avait pas vraiment de sens. Je suis intimement persuadée que c’est vrai : ni passé ni futur ne devraient nous accaparer autant. Ce qui est fait, est fait. Continuons à faire de notre mieux. La plupart des circonstances extérieures échappent à notre contrôle. C’est un truc qu’on apprend en méditant : lâcher prise. Je vous conseille d’essayer :)

Trouble anxieux généralisé - regarder le ciel

Le ciel n’a jamais tout à fait la même couleur en photo (surtout que mon téléphone n’est pas vraiment fait pour ça)… Mais il conserve son ineffable profondeur.

Voilà où j’en suis. Au départ, j’avais prévu d’écrire justement un billet sur la pratique de la méditation. Mais je ne suis pas encore prête. Ça paraît sans doute prématuré, d’ailleurs, d’écrire un article sur les solutions pour lutter contre l’anxiété, quand on est encore au début du chemin. Mais… Je suis confiante. Et si je devais donner un conseil à celles et ceux qui passent par là, ce serait justement celui-ci : commencez par écrire. Mettez noir sur blanc ce que vous traversez, sans honte et sans jugement. C’est la première étape, sans laquelle il vous sera tellement plus difficile d’analyser ce qui vous arrive.
Après, c’est une question de choix : pour ma part, je n’ai pas l’intention de raconter ça à un médecin, même si c’est recommandé. Je ne leur fais pas confiance et je ne veux pas de médication. Je veux changer. Je ne mène peut-être pas la plupart des défis que je me lance à leur terme, mais celui-là, j’ai bien l’intention de le faire aboutir, parce que comme je l’ai dit ici et , j’ai envie de partager des choses utiles et inspirantes.


J’utilise cette appli : Calm.
Côté lectures, en dehors des romans, j’ai trouvé un certain apaisement en parcourant le magazine Flow (je vous ai déjà dit qu’après Mylène Farmer, je pouvais parler de n’importe quoi :P)
Pour les carnets, un plutôt laid fera l’affaire pour les trucs négatifs, mais veillez à rédiger la liste de ceux qui vous font plaisir dans un carnet que vous aurez plaisir à consulter ! Ah et pour ma part, j’ai un « tableau à inspirations » au-dessus de mon bureau, aussi.

 

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2 réponses à “Quand l’anxiété prend le dessus”

  1. Eliness dit :

    Ma chère Nathalie,

    J’ai mis quelques jours à digérer cet article, parce qu’il me générait tellement d’idées et de pensées que j’avais peur de commenter à chaud et de te déverser tout ce qu’il me passait par la tête… Mais j’ai eu le temps de faire le tri et d’aller à l’essentiel, il est grand temps que je me lance ;)

    Tout d’abord merci, vraiment, de t’ouvrir ainsi et de partager tes batailles. Je suis très touchée de lire ce texte, auquel je ne m’attendais pas, et je tenais à te le dire, parce que ça demande beaucoup de courage. Ce qui me rassure dans ce que tu décris, c’est que tu as conscience des signaux d’alarme que ton corps t’envoie, et surtout, tu acceptes que quelque chose ne tourne pas rond. C’est déjà une avancée énorme, de réaliser et accepter qu’il y a « un truc », là où il est bien plus facile de l’ignorer et de faire comme si de rien n’était.

    Plusieurs des stratégies que tu décris (méditation, listes de « problèmes/solutions », etc…) sont des éléments que je retrouve dans beaucoup d’articles de développement personnel que je lis très souvent, je trouve ça chouette que tu aies pu aussi en bénéficier :)

    « …commencez par écrire. Mettez noir sur blanc ce que vous traversez, sans honte et sans jugement. C’est la première étape, sans laquelle il vous sera tellement plus difficile d’analyser ce qui vous arrive ». Cette phrase a fait énormément écho en moi, car je me sers énormément de l’écriture thérapeutique, aussi je ne peux qu’acquiescer vivement.

    Tu écrivais ne pas vouloir consulter un médecin, je peux comprendre. Toutefois je vais te partager ma propre expérience, qui peut-être t’apportera quelque chose ?

    Je suis sujette à des crises d’angoisse depuis mon adolescence, de manière très récurrente. Sans vouloir entrer dans les détails, ce trouble a atteint un point culminant il y a quelques années où il m’handicapait au quotidien. Mon conjoint qui m’a toujours soutenue au travers de ces crises m’a un jour prise entre quatre yeux en m’affirmant que j’avais besoin d’aide, qu’il était certes toujours là mais qu’il ne suffisait pas. Il avait raison, il était grand temps que j’accepte une aide extérieure. J’ai ainsi pris mon courage à deux mains et j’ai consulté une psychanalyste. Moi qui me suis toujours dit que je n’étais pas déprimée, que j’étais loin d’avoir un problème « grave », que je n’avais jamais vécu de traumatisme, et donc que je ne « méritais » pas de cette aide-là.

    J’ai du suivre une quinzaine de séances, souvent un peu maladroites (« mais… je viens juste de parler de choses totalement insignifiantes à quelqu’un pendant une heure et j’ai payé pour ça en plus ?! »). Toutefois, au fil du temps, certaines choses se sont débloquées, j’ai pu cerner certains éléments de ma personne. J’ai parlé de beaucoup de choses, j’ai fait les liens entre plusieurs événements de vie, et la psy ne parlait certes presque pas, mais arrivait à orienter la discussion par l’une ou l’autre question qui me donnaient le déclic nécessaire pour avancer dans ma propre réflexion. Jusqu’à un moment où… je n’avais plus rien à lui raconter. Et où tout naturellement j’ai arrêté de la voir.

    Je me suis longtemps demandée « Mais… Mais ça a servi à quelque chose ? » Et je pense qu’oui, sincèrement. Je suis toujours sujette à des crises d’angoisse, même si elles sont moins récurrentes. La différence, c’est que j’ai appris à mieux les cerner, à mieux comprendre leur origine, à ne pas me sentir tellement paniquée et étrangère face à ce comportement inconscient. Je me sens en plus grande maîtrise, et j’ai intégré ce mécanisme de « survie » comme appartenant à ma propre personne, je le sens mieux sous contrôle. Je me sens plus maîtresse de moi-même, en comprenant mieux comment je me suis construite, d’où je viens, et pourquoi j’ai certaines manières de fonctionner ou de considérer la vie.

    Le point délicat est selon moi de trouver un bon praticien. Quelqu’un avec qui le contact va passer : j’ai eu beaucoup de chance, mais il est possible de devoir « tester » plusieurs personnes avant d’avoir un déclic.

    Je me suis reconnue dans pas mal d’aspects de ton texte, aussi je me suis permis de t’écrire un morceau de mon vécu, sans t’imposer quoique ce soit pour autant. Ce serait un plaisir pour moi d’en discuter avec toi par mail (eliness[arobase]biquette[point]net) si tu souhaite échanger à ce sujet (ou tout autre !) de manière un peu plus privée. N’hésite surtout pas à m’écrire.

    Quoiqu’il en soit, je t’embrasse fort et t’envoie plein de courage pour affronter ces phases difficiles. Tiens-nous au courant de l’évolution des choses, qui je l’espère sera positive !

  2. […] l’époque, vous vous en souvenez peut-être, j’ai écrit un billet à ce propos. Depuis, j’ai fait du chemin, et j’avais envie de partager avec vous mes difficultés […]

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