Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Retour de mémoire

J’ai – complètement – perdu – le fil du temps.

À tel point que j’ai failli quitter le collège ce soir à 16h30, persuadée que le conseil de classe des 3e avait lieu dans une semaine. Pourtant, je note tout dans mon petit carnet, celui que j’ai acheté en début d’année pour consigner l’intégralité du contenu de mon cerveau (si si). Mais j’y avais pas noté le conseil de classe.

Et voilà qu’arrive décembre. Le mois de l’amnésie annoncée. Je vois bien que c’est ma faute, un peu, de toute façon je me perds toujours à cette période. Mais là, en plus de deux emplois du temps parallèles, faut aussi que je me demande par quelle route passer, et si je vais trouver de l’essence quelque part pour finir la semaine, et autant vous dire que ma directrice a beau nous écrire « Soyons prévoyants », il est hors de question que je fasse une heure de queue à la station comme tous les connards par qui la pénurie arrive. Si y’a plus de gasoil demain matin, et bah tant pis. De toute façon, les résultats de mes 3e au Brevet blanc sont tellement mauvais que j’envisage de poser ma démission.

Tu la sens, la fatigue ? Sérieusement, je sais pas comment font tous les gens zen parce que moi, j’ai de nouveau envie de poser des bombes. Déjà, le prochain gilet jaune que j’entends dire que j’ai qu’à faire grève comme lui ou bien qui prétend parler en mon nom, je lui fous son baril en travers de la tronche. J’ai pas besoin de porte-parole, je m’exprime très bien toute seule, et aucun d’entre eux n’a la moindre idée de ce à quoi ressemble ma vie – ou du moins, de la manière dont je la perçois. Et si je fais pas mon boulot, je pourrais m’en prendre qu’à moi-même si la prochaine génération est encore composée d’une nouvelle horde d’ignares incapables de s’exprimer autrement qu’en taguant des monuments historiques (je ne prétends pas faire le boulot toute seule hein, juste, ça fait partie de mes attributions d’essayer de contribuer à leur apprendre des trucs.) Et le prochain qui vient me dire que si je pense ça, c’est la faute des médias capitalistes et systémiques, je lui paie un billet d’avion pour une véritable dictature, histoire qu’il mesure à quel point le journalisme incarne la démocratie. Un fait est un fait, même si ça te dérange. Tiens regarde, les gens sont souvent des connards illettrés et imbus d’eux-mêmes. J’aimerais bien que ce soit différent, mais c’est pourtant vrai.

Et je suis contre la taxe carbone hein, si ça a du sens de le préciser maintenant.

Moi quand je pète une pile. Bon, j’ai ni le public, ni la voix, mais l’idée y est.

Tom m’a dit qu’il était en pleine crise existentielle, et m’a demandé : « nan mais franchement, à quoi sert l’humanité ? À quoi sert notre présence ? » Alors je lui ai répondu que je me posais les mêmes questions et que j’étais pas sûre qu’il y réponde un jour. Mais qu’à titre individuel, on avait un impact les uns sur les autres. Je lui ai dit que par exemple, je me souviendrai de lui. Qu’on pouvait changer la vie des gens, même si on s’en rendait pas compte.

C’est tout ce que je pouvais lui donner.

Plus tard, lui et ses copains m’ont demandé si j’avais déjà pris des drogues dures. Je les ai regardés et ai sorti, avec ma maudite franchise : « je viens de vous dire que j’étais jamais sortie de ma crise existentielle, j’ai un bon potentiel de déprimée et donc d’addict, donc non, je n’ai jamais touché à ça. Mais oui, je fume des clopes. »

 

Billet précédent : | Billet suivant :


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Coups de coeur

Lecture aléatoire

Billets par thèmes

En ce moment

Le digne chat de ses maîtres