Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

September night watch

D’ordinaire, le mois de septembre est pour moi synonyme de renaissance. Celui-ci semble n’avoir pas tout à fait échappé à la règle, même si je l’ai à peine vu passer.

 

Je songe avec nostalgie à septembre 2015 parée de ses voiles argentés, à sa langueur post-amoureuse. Cette année, les nuages se sont amassés dans le ciel comme une couverture épaisse, dispositions précoces contre l’hiver à venir, camouflage nécessaire après les températures infernales d’août alors que maman venait de partir. Le temps, ces deux derniers mois, a si parfaitement reflété mes tourmentes que je finis par croire que l’univers ne conspire pas seulement à la réussite de nos projets : le monde entier n’est qu’un miroir de nous-mêmes.

Deux semaines après son décès, l’ouragan Maria dévastait les Antilles, et je suis désolée parce que ça m’a fait sourire.

 

Quoi qu’il en soit, septembre s’est enfuie sous la pluie, la tête basse et les joues striées d’orages. J’espère qu’Octobre tient ses cohortes spectrales prêtes, parce que j’ai bien l’intention de voir ma Bretagne disparaître sous les brumes. J’ai bien l’intention de réveiller tous les démons de l’Enfer pour m’accompagner à travers la saison sombre.

 

 

Je n’étais pas sûre d’être ravie d’aller travailler à Saint-Quay-Portrieux, parce que c’est un petit peu loin de chez moi et qu’elle a ce côté station balnéaire qui rend la plupart des villes côtières tristement dénuées d’âme. En réalité, c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver en regard de mon mi-temps : chaque fois que j’ai une heure de libre, je peux aller voir la mer.

 

 

La plage est juste à côté du collège (je mets peut-être une minute à faire le trajet – à pieds). Avoir cette possibilité de m’arrêter, plusieurs fois par semaines, me fait un bien fou. Ces parenthèses me permettent de retrouver le souffle qui me manquait. Assise sur le sable, je ne pense à rien. J’écoute les vagues raconter leurs histoires de dissolution et de marins perdus. Me reviennent les pages d’Hugo dans L’homme qui rit.

 

Comment peindre ces creux et ces reliefs alternants, ces vallées, ces hamacs, ces évanouissements de poitrails, ces ébauches ? Comment exprimer ces halliers de l’écume, mélangés de montagne et de songe ? L’indescriptible est là, partout, dans la déchirure, dans le froncement, dans l’inquiétude, dans le démenti personnel, dans le clair-obscur, dans les pendentifs de la nuée, dans les clefs de voûtes toujours défaites, dans la désagrégation sans lacune et sans rupture, et dans le fracas funèbre que fait toute cette démence.

[…]

Les naufragés de la Matutina sentaient peu à peu s’entr’ouvrir sous eux la plus désespérée des catastrophes, la catastrophe inerte. La certitude tranquille et sinistre du fait inconscient les tenait. L’air n’oscillait pas, la mer ne bougeait pas. L’immobile, c’est l’inexorable. L’engloutissement les résorbait en silence. À travers l’épaisseur de l’eau muette, sans colère, sans passion, sans le vouloir, sans le savoir, sans y prendre intérêt, le fatal centre du globe les attirait. L’horreur, au repos, se les amalgamait. Ce n’était plus la gueule béante du flot, la double mâchoire du coup de vent et du coup de mer, méchamment menaçante, le rictus de la trombe, l’appétit écumant de la houle ; c’était sous ces misérables on ne sait quel bâillement noir de l’infini. Ils se sentaient entrer dans une profondeur paisible qui était la mort. La quantité de bord que le navire avait hors du flot s’amincissait, voilà tout. On pouvait calculer à quelle minute elle s’effacerait. C’était tout le contraire de la submersion par la marée montante. L’eau ne montait pas vers eux, ils descendaient vers elle. Le creusement de leur tombe venait d’eux-mêmes. Leur poids était le fossoyeur.
Ils étaient exécutés, non par la loi des hommes, mais par la loi des choses.

Victor Hugo, L’homme qui rit, 1869

 

J’ai écouté, en boucle, le thème de Fairy Tail, une série que je ne regarde pas.

 

 

Je ne saurais expliquer pourquoi, mais cette musique me met dans un état très particulier, quelque part entre la nostalgie et l’exaltation. Peut-être parce qu’elle me rappelle un peu un morceau de Hack Sign que j’écoutais ma première année de fac (je ne regardais pas non plus les dessins animés).

 

 

Nostalgie toujours, j’aime beaucoup cette reprise de Love will tear us apart, ainsi que celle-ci, de Such a shame. L’automne est toujours un bon moment pour la musique des années 80 (bon, d’accord, toutes les saisons conviennent aux années 80).

L’automne, c’est par contre encore et toujours la saison dédiée à Ernst Horn :

 

 

Et j’ai aussi continué d’écouter Dead Enough for life (j’ai arrêté de compter combien de fois j’ai appuyé sur play. Définitivement mon titre préféré cette année)

 

 

Je ne mets pas la version live parce que si vous voulez mon avis, Andy LaPlegua ne tient pas toujours très bien ses notes. Il fait du meilleur boulot dans Combichrist (même si c’est difficile d’assimiler que ces deux groupes ont leur chanteur/créateur en commun !)

 

If I’m not dead enough for life
Am I alive enough for death ?

 

Sinon, j’ai aussi passé beaucoup de temps à chercher de beaux fan-arts de mon grand amour vidéoludique, et j’ai trouvé notamment celui-ci, qui est complètement contre nature :D

 

Fenris embrasse Anders

Cliquez sur l’image pour aller à la source (DevArt)

 

Apparemment, ça fait fantasmer beaucoup de monde (et je ne suis PAS d’accord) (même si ouais, ok, si on oublie qu’il s’agit de cet emmerdeur de Fenris, cette image est fort agréable à regarder).

 

Anders & cat

 

extrait fan fic Dragon Age

Ce teasing de ouf’, je sais (c’est extrait de ma fan-fic :P)

 

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2 réponses à “September night watch”

  1. Eliness dit :

    ERNST HORN <3<3<3
    (ceci était mon instant groupie)

    Je me garde bien au chaud tes recommandations musicales à écouter plus tard dans la journée !

    C'est si chouette, que tu puisses te ressourcer à la plage durant ta journée de travail, ne serait-ce que quelques minutes ! Je trouve qu'il est vital de pouvoir se ménager de telles parenthèses dans sa journée, et je comprends complètement en quoi la mer peut apporter tellement d'apaisement :)

    • Nathalie dit :

      J’espère que tu pourras t’octroyer de telles parenthèses dans tes montagnes suisses ! La montagne est un paysage qui m’effraie un peu, mais je me rends compte que c’est plus une question d’habitude qu’autre chose : à l’origine, je n’étais pas très portée sur la mer ; je suis une fille de la forêt ! Mais la Bretagne m’a offert de nouveaux jardins secrets, et j’espère qu’il en sera de même pour toi !

      Un jour, on se fera une soirée pinard/Ernst Horn, ça me semblerait un joli début :P

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