Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Sober up

 

Mathias a dit que depuis la mort de maman, je n’en avais plus rien à foutre de rien. C’est vrai.

 

Je ne m’en étais pas forcément rendu compte – disons que ça n’était pas monté jusqu’à ma conscience. Mais la fièvre dont j’ai parlé dans Alecto, c’est aussi ça. Même dans l’ennui le plus profond, même dans la maladie, j’en ai rien – à – foutre.

 

On s’est disputés parce que j’avais fumé des clopes. Je sais bien qu’il avait raison, que c’était dangereux, surtout après que j’aie quitté l’hosto contre toute logique. Mais j’ai l’impression de m’effondrer de l’intérieur. Tout ce qui se tenait par la force de ma volonté est en train de tomber, parce que je ne vois plus aucune raison de faire tenir l’ensemble.

 

C’est con, parce que j’ai toujours envie de vivre. Et je suis toujours terrifiée à l’idée de mourir !

 

Mais je peine même à « conscientiser » les émotions qui me traversent. Et ça ne m’intéresse pas (vu que j’en ai rien à foutre…) Alors de là à lutter contre…

 

Ça ne signifie pas, en revanche, que je ne considère pas ce que les autres ressentent. Dans le cas de Mathias, je n’étais juste pas capable de faire le lien. Mais de ce côté-là, je ne crois pas que les choses aient changé : je suis toujours émue par la vie des autres. Je vois toujours les larmes dans les yeux de ma collègue, j’entends toujours le désarroi de mon compagnon devant mon laisser-aller (laisser-aller mental, hein ! Je ne passe pas mes journées en jogging, le cheveu gras :)). Je suis toujours effondrée devant les actualités. C’est juste que je ne ressens pas grand-chose à propos de moi-même.

 

J’entends l’appel de l’ivresse et la mélodie des étoiles. Autant de trucs qui étaient déjà là et qui maintenant prennent toute la place. Quand je n’arrive pas à écrire, de la fiction j’entends, je me sens profondément vide et je m’ennuie. Rien de ce qui me concerne n’attire mon attention.

 

Je sais que c’est parce que j’ai lutté tout ce temps. Ce n’est la faute de personne, je ne me plains pas. J’ai juste cru que je devais le faire. Et maintenant, tout part en morceaux. Je me désagrège. Je me suis battue pour rien, on meurt tous, à la fin. Vous devez vous demander comment j’ai pu croire le contraire. Je ne sais pas. J’écris comme on se psychanalyse : je n’ai aucune réponse.

 

Je fais tout de manière un peu mécanique. Ça fait longtemps que je ne trouve plus rien à admirer dans le miroir. Je m’habille et m’apprête comme je le faisais avant parce que je me souviens que je me trouvais jolie. Mais je ne me trouve plus jolie. Je parle et je souris au gens parce que je vois bien que ça fonctionne et qu’on échange. Mais c’est mort à l’intérieur. Je ne suis pas là. Et la plupart des gens ne s’en rend pas compte, alors à quoi bon. J’ai presque réussi à le dire à ma collègue qui pleure beaucoup. À lui expliquer le coup de l’hôpital et de comment je voyais maman. Mais au final, elle a dit : « c’est normal, c’était ton pilier, moi ma mère c’était pareil, c’était mon pilier. » Et je pouvais pas lui dire que non, pas du tout, c’était pas mon pilier, c’est pas pour ça. Au quotidien, je fais face à des gens tellement emmêlés dans leurs propres traumatismes qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de les projeter sur autrui. Alors je m’efface.

 

C’est pareil pour l’entretien de la maison. Le problème, c’est que c’est pas une décision consciente. Je ne me suis pas dit : « pff, osef qu’il y ait du linge qui traîne partout sauf dans l’armoire. » C’est juste que j’arrive pas à m’y intéresser. Du coup, quand je fais mes tâches ménagères, je m’ennuie tellement que j’ai l’impression de passer à côté de ma vie. Je sais bien que c’est exagéré, mais c’est plus fort que moi. Alors forcément, Mathias en a eu un peu marre de prendre en charge tout le côté pratique, et je le comprends !

J’ai fait des efforts, du coup, mais… Ça n’a pas porté ses fruits comme je l’escomptais. Par exemple, hier j’ai cuisiné, mais je n’en ai pas tiré le plaisir habituel. D’ordinaire, ça me détend de m’occuper à des travaux manuels.

La seule chose que j’aime toujours faire… C’est la vaisselle.

 

Je viens d’aller consulter les sept étapes du deuil sur le site d’une psy (enfin, c’est elle qui le dit !) Ça fait un moment que je voulais vérifier un truc, parce qu’après la mort de maman j’ai expérimenté des phases d’angoisse qui me semblaient sans lien direct avec sa mort, justement.

Je conclus de ma lecture que j’en suis à la phase de « marchandage » : « À ce stade, la personne en deuil se sent frustrée et peut même commencer à blâmer les autres pour la perte subie. » Je ne blâme personne de ma perte en tant que telle, mais c’est possible qu’inconsciemment je leur reproche de ne pas me foutre la paix…

Et bah accrochez-vous, parce qu’après, y’a la phase dépressive :) (oui je mets un smiley, ce serait bien de ne pas se prendre trop au sérieux, quand même !)

Et sinon, je pense que je devrais envoyer cette page web à mon oncle et ma tante que Mu et moi on a trouvés tellement chiants quand ils sont venus « aider » (pardon pour les guillemets qui doivent faire écho à la phase « colère », mais je pense qu’ils se sont surtout beaucoup aidés eux-mêmes) : lors de la phase « choc et déni », « même des tâches simples et les décisions de bases ne peuvent plus être effectuées. » Voilà. Alors ta belle table qu’il faut bien préparer pour les « invités » qui vont arriver d’une minute à l’autre, tu te la carres où je pense, parce que j’en ai rien à foutre que les petits fours soient prêts à 17h.

Putain… Ça fait du bien de le dire ! (sur d’autres sites d’ailleurs, colère et marchandage sont en fait la même étape.)

 

Je sais pas trop où je vais avec tout ça mais il paraît que partager ses émotions est primordial dans ces cas-là, et j’ai moi-même toujours trouvé un grand réconfort dans les témoignages d’autrui. Qui sait, ça aidera peut-être quelqu’un ?

 

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Une réponse à “Sober up”

  1. Maloriel dit :

    Moi je dirais plutôt que tu en es à la phase « dépressive », justement… Ne plus avoir goût à rien et n’en avoir rien à foutre me semble plutôt caractéristique… Pour ma part, il m’arrive assez fréquemment de traverser ce genre de phase… Parfois ça dure longtemps, parfois un jour ou deux. Je ne sais pas si ça peut aider, mais la seule chose que je sais, c’est que ça finit toujours par passer. Et j’ai appris à accepter que je traversais de telles phases. Parfois, je suis euphorique et mon esprit tourne à cent à l’heure, parfois, je m’ennuie, parfois je me sens frustrée par tout… Si j’ai appris un truc en méditation, c’est bien que se sentir coupable ou lutter contre son état, ça ne fait que l’aggraver. Alors, puisque tu as toujours envie de vivre et que les histoires des autres te touchent toujours, je suis certaine que ça passera, et peut-être même beaucoup plus vite que tu ne le crois.

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