Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Vulnerant omnes, ultima necat

Quand j’étais petite fille, le temps s’étirait comme un chat au soleil. Les vacances d’été duraient un millier d’années.

Parfois, il s’arrêtait. Je me glissais sans le savoir dans ces interstices et me réveillais, tout étonnée de découvrir que le reste du monde avait continué de tourner.

D’où je viens le temps n’existe pas,
Les secondes deviennent des heures,
Les années de courts instants sitôt envolés
Et nos mots trompeurs sont remplacés
Par la musique et les couleurs
Qui flottent comme des parfums dans l’air ambré

Alcest, Souvenirs d’un autre monde

Saint-Quay-Portrieux

Adolescente, j’ai pris conscience de ce présent ininterrompu et me suis mise à le haïr. L’ennui a teinté de gris mes jours languides. J’ai alors imaginé des seuils symboliques qui donnent un sens à cette longue marche. Des points de passage, d’une vie à l’autre. Mes quinze ans. L’an 2000 coïncidant avec l’entrée en seconde. D’autres interstices, où se faufiler pour émerger dans des endroits plus beaux. Recommencer.

Jeune adulte, le temps s’est mis à accélérer. Dilapidé dans la fumée des cigarettes et des litres d’alcool. L’angoisse désormais bien installée au creux du ventre. Il faut vivre, vite ! Mais comment ? Comment faire de chaque jour une apothéose, de chaque seconde un absolu ?

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Alphonse de Lamartine, Le lac

Mais il n’y avait pas de délices. Seulement la fureur, la quête désespérée de sensations, n’importe laquelle, jusqu’à ce que la seule à rester, ce soit la souffrance.

crépuscule sur la route de Lanvollon

Alors la longue marche a recommencé. Méditer. Compter. Respirer. Pour réapprendre à cueillir ces instants que j’avais trop voulu chargés de sens et qui, à force, s’étaient anéantis entre passé et futur. La main gauche couturée de cicatrices et la droite vierge de toute ligne.
Retrouver, au creux du ventre, le bonheur d’être en vie, celui-là même qui rayonnait dans ma poitrine de petite fille. Quand il suffisait du roucoulement des tourterelles et du ressac dans les branches des bouleaux, pour être saisie d’une joie ardente et tranquille à la fois.

*

Maintenant, il y a… comment dire ? Une atemporalité, aussi terrifiante qu’exaltante. Les mélodies d’hier s’enchevêtrent dans celles d’aujourd’hui. J’ai presque réussi à noyer le temps. Les fantômes ne me tournent plus autour. Ils sont en moi. Pas seulement les miens – tous.

Saint-Quay-Portrieux

J’aime allumer la radio et entendre quelque chose de très vieux – Ray Charles, Hit the road Jack – et me sentir connectée. Même le passé que je n’ai pas vécu me semble proche. Je lui appartiens, il m’appartient.

Je me balade sur les ondes comme sur une frise chronologique. Je saute d’une date à l’autre sans nostalgie ni amertume. J’existe sur chaque fréquence.

Tempus fugit… Carpe Diem !

 

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2 réponses à “Vulnerant omnes, ultima necat”

  1. Maloriel dit :

    Un joli poste et de belles photos !
    Certainement approuvé par Brigitte et Emmanuel Macron pour ces belles locutions latines :D

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