Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

[Carnet Bleu] Confinement

Hello world !

(Ça n’a jamais été aussi pertinent de commencer comme ça…)

Le ton de ce billet évolue au fil des jours, et j’ajoute cette introduction après avoir lu ici ou là qu’on en avait marre, des récits de confinement par les nantis ruraux. Apparemment, la petite privilégiée que je suis devrait restée confinée en silence, par égard pour les pauvres et les personnes vulnérables. Mais vous savez quoi ? J’en ai un peu marre de devoir m’excuser d’avoir la vie que j’ai. Cette vie-là, je ne l’ai volée à personne. J’ai toujours refusé d’envisager d’exercer un boulot que je ne puisse pratiquer qu’en ville et j’ai pris la poudre d’escampette dès que j’ai pu. C’était pas cher, un loyer à Treffendel, et ça ne l’est pas tellement à Guingamp non plus. On dirait qu’il n’y a de pauvres qu’en ville !

Aujourd’hui, je ne suis plus pauvre (je gagne entre 1200 et 1400€ par mois, j’ai pas non plus l’impression de rouler sur l’or) et j’ai envie de vous raconter mon quotidien de confinée.

 

 

J’espère que vous allez bien. Pour ma part, passées la stupeur et l’anxiété, la vie est plutôt chouette.

Vendredi 13, le monde est devenu bizarre (comme par hasaaard !) Je suis restée au collège à midi pour assister à la réunion informelle durant laquelle nous avons discuté de la suite des événements. En réalité, il s’agissait plus de verbaliser nos interrogations ; à ce stade, personne ne savait exactement comment on allait s’y prendre. Le weekend suivant, on échangeait des mails à propos de l’ENT (environnement numérique de travail), du nombre de devoirs à donner et de la possibilité de réaliser des capsules vidéo. Ça se divisait entre flippées de la technologie et blasés, mais en réalité, ces derniers n’en mènent pas plus large que les autres.

J’ai laissé passer le weekend sans anticiper quoi que ce soit, comme à mon habitude, ce qui fait que j’ai pris une bonne demie journée de retard car les serveurs étaient évidemment saturés le lundi. Ça, plus le fait que j’ai reçu dans la matinée un mail fort attendu… Je suis admissible à l’oral du concours ! À 11h48 précises, Mathias débarquait dans la cuisine. Il venait de renvoyer son salarié chez lui et m’informait que ce dernier, ami avec un gendarme, lui avait annoncé le confinement à venir. On est allé faire des courses après déjeuner. Heureusement qu’on a pu y aller en heure creuse : les rayons étaient déjà vides (mais pas ceux de bière ! Et après on dit que les Bretons sont alcooliques !) Quelques heures plus tard, les journalistes photographiaient des hordes de gens en train d’attendre pour entrer dans le Leclerc… Je peux comprendre le sentiment de panique, mais si t’as l’intention de respecter le confinement, c’est quoi l’intérêt de venir te coller à ton voisin deux heures avant ??

 

 

Au moment où j’écris, ça fait trois jours qu’on n’a plus le droit de sortir. Notre conversation, à Julien et moi, me revient : je me suis couchée deux jours de suite à deux heures du mat’, j’ai bu de la bière et beaucoup joué à Skyrim. Mais j’ai aussi corrigé les dictées du Brevet blanc, préparé et posté mes cours, envoyé des mails aux parents et aux élèves, et passé un temps fou à leur répondre. Je me dis que je devrais me faire plus confiance. Je fais souvent tout au dernier moment, mais quand il faut s’y coller, je n’ai jamais hésité, et finalement, mes journées me semblent équilibrées.

Ce soir, les parents d’une de mes élèves m’ont envoyé un mail intitulé “La vie d’une ado confinée !!!” Il contenait une ligne (“la vie est belle !!”) et une photo : mon élève enroulée dans un plaid, alanguie sur une chaise longue, lunettes de soleil comme une star, en train de lire Antigone. Je vois pas ce que je pourrais rêver de plus cool.

 

Le début du confinement a coïncidé avec le retour des beaux jours en Côtes d’Armor et en Bordeciel. Je tiens à le préciser parce qu’on a eu un automne ET un hiver pourris et qu’à chaque fois que je jouais à Skyrim, il pleuvait des cordes. Notamment à Solitude, ma ville préférée, où je me prenais des orages tels qu’on se serait cru huit heures du soir en pleine matinée.

(Les images sont cliquables si vous souhaitez les voir en plein écran.)

 

skyrim Kaidan

Discussion à cœur ouvert avec mon futur époux (il n’est pas encore au courant :P)

skyrim maison solitude

Ma chambre à Solitude.

 

À cause de Muriel, je passe un temps substantiel à jeter des objets par terre, pour ensuite essayer de les placer à des endroits sympas de ma maison. Dans Skyrim, je veux dire. Dans la vraie vie c’est un peu moins fastidieux. Notez que le bouclier sur l’image ci-dessus est droit et dans le bon sens. Si vous avez joué, vous savez le temps que ça m’a pris.

(En disant ça, je m’aperçois que je rêve de faire les mêmes vidéos que ce mec-là, version “j’essaie de décorer”. Ce serait génial.)

 

Lundi, je me suis allongée sur le parquet, au soleil, devant la baie vitrée grand ouverte. Mardi, nous sommes allés nous balader au bord du Trieux (oh ça va, hein, c’est à cinq minutes de marche et y’avait personne – y’a jamais personne.)

 

guingamp trieux

 

Le covid a débarqué à un moment de ma vie où je suis presque parvenue à complètement lâcher prise. Je flotte. Ça fait quinze jours que je porte le même sweat à capuche parce qu’il est méga confortable et qu’il me fait me sentir exactement comme j’ai envie de me sentir.

Jeudi dernier, avant le confinement, je suis allée voir la mer. Je me suis assise en tailleur sur le sable, j’ai fermé les yeux et j’ai respiré. J’avais regardé l’heure en arrivant : pendant un quart d’heure,  je n’ai rien fait d’autre qu’inspirer, expirer, et écouter les vagues qui déferlaient.

 

plage saint quay portrieux

plage saint quay portrieux

On a vraiment eu un mois de mars magnifique…

crépuscule en côtes d'armor

Et très doux, pour ma part.

chat roux trop mignon

On chill ensemble à 6h du mat’.

Aujourd’hui on est jeudi, et je me rends bien compte que quinze jours (je me doute que ça va durer plus longtemps), ça va être long. Surtout, il faut que j’arrête de lire les infos, puisque de toute façon elles ne nous apprennent pas grand-chose. Ah, si, j’ai vu que les Étasuniens, pour préparer leur confinement, avaient fait la queue devant… les magasins d’armes à feu. C’est là que tu te rends compte que “produits de première nécessité”, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. C’est ce que je prévoyais d’expliquer aux gendarmes si jamais je les croisais sur la route d’Intermarché, où j’allais refaire mon stock de bières.

Ce soir, je me sens un peu seule. Alors j’échange textos et conversations Steam, et j’écoute mon top titres 2019 à fond la caisse (il est trop bien, vraiment :P À noter qu’un de mes titres phares est un remix de Modern Talking par Scooter… ahem…) Et je me sens vraiment mieux, et sans doute un peu trop enthousiaste ! Mais je n’aime rien mieux que ces partages plus ou moins construits et intelligents, accompagnés de bonne musique – et de bière.)

Dimanche, après une nuit pour le moins mouvementée, je me rends compte que le plus difficile va être de gérer mes sautes d’humeur. Quand t’es hyper vénèr contre ton mec mais que tu peux pas sortir de la maison sans une attestation (j’me vois bien marcher théâtralement vers le bureau, appuyer sur le bouton de l’imprimante d’un air définitif et brandir mon laisser-passer sous le nez de mon gars, où j’aurais coché la case DÉPLACEMENT POUR MOTIF DE SANTÉ (MENTALE)). Puis j’ai beau apprécier faire absolument ce que je veux, l’absence de contact physique avec des gens et l’impossibilité de vraiment exercer mon métier accentuent mon sentiment déjà tenace que la vie est une absurdité totale.

Mais je me dis que finalement, cette épreuve n’est pas très différentes de celles que j’ai déjà traversées. Comme pour tout le reste, il me faut juste lâcher prise, accepter et savourer le fait que, quoi qu’il arrive, je suis heureuse d’être en vie !

Je vous laisse avec le chant des oiseaux, qui est, de mon point de vue, la chose la plus réconfortante au monde. L’image tremble parce que je tenais mon téléphone à bout de bras, mais de toute façon c’est le son qui importe. Il faut juste monter un peu le volume ! (et désolée pour le rendu sur la page, flemme de coder ça).

 

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3 réponses à “[Carnet Bleu] Confinement”

  1. Entdaurog dit :

    Cool le chant des piafs ;-D !

    Et bravo pour ton lâcher prise…Respirer à la mer : une des activités les plus saines du monde ! Profitons au mieux du temps que nous avons. D’autant que c’est probable que ça dure plus longtemps que 15 jours.

    Pour les étasuniens, ben…Je peux pas dire que ça me surprenne malheureusement.
    On n’en est pas à ce point là, mais voir le comportement des gens dans les supermarchés, ça piquait les yeux ! C’est désespérant de voir que des qu’il y a une alerte, tout le monde se replie sur ses besoins immédiats, au risque de créer le point de départ d’une pénurie (et accessoirement de regarder du haut de son caddie plein les clients qui débarquent après le pillage), et bien sûr de faciliter la propagation du virus.

    • Nathalie dit :

      Je suis allée faire des courses l’autre jour, munie de mon attestation, et j’ai halluciné de voir que des tas de gens ne respectaient pas les distances de sécurité, alors qu’on était soixante à tout casser et que le magasin est gigantesque. Les gens sont pressés, ils te frôlent alors que toi t’as fait un détour de trois rayons. Normal, quoi. À Guingamp, les gendarmes ont verbalisé des gens qui faisaient leurs courses en famille !

      • Entdaurog dit :

        Sans compter les excités qui te passent devant, voire limite te bouscule pour attraper le plus de paquets de pâtes…Extra ! J’ai vu des femmes enceintes, aussi…

        à l’épicerie du centre bourg par chez moi, c’est bien foutu : pas plus de 3 clients dans la boutique (qu’est pas grande, mais largement assez pour éviter la promiscuité), tu ne touches rien c’est les gens qui te servent, et tu te laves les mains en entrant au gel hydroalcoolique.
        Par contre, c’est nettement plus cher qu’en supermarché (plutôt épicerie bio bobo en fait, mais j’aime bien les gens là bas).

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