Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

[Carnet Bleu] Mother anger

Ça fait quelques temps maintenant que j’essaie d’écrire un billet à propos des techniques que j’ai mises en place pour contrer l’anxiété, mais je n’y arrive pas du tout. Je suis trop en colère.

Eh oui, la vieille, l’usante colère, qui ne sert à rien à part créer des départs de feux. Et maintenir en vie, parce que contre la dépression, il n’y a que ça. La colère est l’exacte opposée du renoncement. C’est croire que ce qu’on voit n’est pas normal. Et si c’est pas normal, ça peut changer.

Cette semaine, j’ai été souvent en colère. Je ne sais pas vraiment ce qui vient en premier : la colère ou l’anxiété. Ce matin par exemple, je me suis pris la tête avec une collègue, mais il faut dire que je me suis réveillée terriblement angoissée alors je n’avais pas tellement de patience.

Je ne suis pas fière de ce que je vais vous dire… Mais je dois admettre que la colère m’est consubstantielle, dans le sens où elle est presque toujours mon premier réflexe. Je crois que je le dois à mon père. D’aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours vu furax. Qu’on lui pique sa place dans la queue, que les aide-soignantes rangent mal ses couverts ou que ma mère ait oublié un truc, même réaction : l’exaspération. Heureusement, j’ai vite compris que mon père allait mourir d’une crise cardiaque (ce qui n’est curieusement pas arrivé) et je me suis demandé comment vivre avec ces contrariétés permanentes.

Bon, bah, déjà, en admettant : que tout le monde n’a pas le même sens des priorités que moi, aussi what the fuck que ça paraisse. En me mettant à la place de. Et une fois ceci acquis, en me détachant des attitudes que je jugeais (bien subjectivement, certes !) nuisibles. Ceci dit, je trouve qu’il y a aussi de saines colères, et j’ai un peu de mal à trouver leur juste place. Par exemple, cette semaine, je me suis “entendue dire” (ou plutôt “vu écrire”) que j’étais indigne. Indigne, d’avoir porté un jugement sur quelqu’un qui insultait les autres, parce qu’on n’a pas besoin de débats ni d’accusations, en ce moment. On doit se serrer les coudes.  J’ai répondu Antigone style, ce qui prouve que je gère vachement bien ma colère : “c’est bien, si vous vous sentez digne. Moi je ne suis pas digne, en effet, je m’échauffe quand j’éprouve le sentiment d’une injustice.”

S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est bien les les donneurs de leçons.  Ah, et les gens qui se plaignent tout le putain de temps. Sur Rockie par exemple, j’ai lu deux témoignages de jeunes profs de collège qui racontaient leur boulot à distance. C’était plein de “on nous demande de faire ci et ça, alors que l’Éducation Nationale n’a jamais été prête pour le télé-travail !” Wake up, chérie, personne n’était prêt pour une pandémie, alors tu fais comme tout le monde : tu t’adaptes. Et tu prends le temps de remarquer que si ton seul problème en ce moment, c’est Internet qui rame, faudrait peut-être songer à te calmer. Elles écrivent aussi : “on doit travailler sur nos ordinateurs personnels !! Que l’État ne nous a même pas financés !!” Nan mais sérieusement, tu vas me faire croire que t’avais pas de PC avant de commencer à enseigner ? Tu veux quoi, qu’on t’achète ton PQ aussi, parce que t’en as jamais autant consommé vu qu’avant t’utilisais celui du collège ??

À vrai dire, je ne sais pas quoi faire de ma colère. Je n’ai sincèrement pas envie de contribuer à la stérilisation des échanges. Pas plus que je ne parviens à gérer l’exaspération, pas tellement celle qui naît de mon incompréhension, mais plutôt celle qui naît du jugement que les uns portent sur les autres. La meuf que j’ai “épinglée” et qui m’a valu ce qualificatif d’indigne ne m’aurait pas dérangée si elle n’avait pas dit “en revêtant des Gilets Jaunes pour réclamer moins d’impôts, nous nous sommes rendus responsables de la situation actuelle.” Déjà parce que son “nous” était évidemment artificiel, ensuite parce que les Gilets Jaunes n’ont jamais milité pour le démantèlement des hôpitaux. Cette meuf ne faisait pas preuve d’empathie ni de dignité, elle énonçait un jugement de valeur hors de propos. Je pense sincèrement avoir le droit d’être en colère contre ça, et aussi, qu’une société qui ne me le permettrait pas/plus sous prétexte de cas de force majeure, serait une société très mal en point.

 

 

 

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3 réponses à “[Carnet Bleu] Mother anger”

  1. Maloriel dit :

    Et écrire ce genre de billet, ça n’aide pas ? :)
    Il m’arrive aussi de me foutre en boule, plus souvent maintenant qu’avant… Je crois que le plus compliqué, c’est si personne ne comprend ta colère et n’a envie de l’écouter. Fort heureusement, ce n’est pas mon cas. Et toi qui vis avec un mec qui se fout aussi en boule, j’ose espérer qu’il la comprend :)
    La colère, tu as raison, ça peut être sain, et c’est effectivement le signe que les choses nous tiennent à cœur. Après… faut pas la laisser tout submerger sinon on tourne en rond… Comme avec l’anxiété, en fait.
    Donc… Voilà, j’ai pas de recettes miracles, quand je suis en colère, j’en parle. Et j’écoute à peu près les mêmes musiques que toi.
    Et en général ça redescend :)
    Et tu as raison, l’hypocrisie générée par ce genre de situation me rend dingue aussi. “se serrer les coudes”. Ouais, ouais. Disent les gens qui crachent sur tout, les privilégiés qui ont juste peur pour leur propre cul.
    Tu vois moi aussi je suis en colère :)
    Des bisous !

    • Nathalie dit :

      Et écrire ce genre de billet, ça n’aide pas ? :)

      Ah si si, ça aide ! :) Je m’interrogeais plutôt sur l’utilité d’un tel partage. À la fois je n’ai pas envie de participer au concert de polémiques, à la fois je me dis que, à force de ne vouloir parler que de trucs positifs ou partager des trucs “utiles”, je participe également à propager l’idée qu’on ne devrait jamais s’énerver en public, parce que c’est maaaaal et indigne. Alors que oui, il existe des tas de bonnes raisons d’être en colère.

      Mais oui, écrire ce genre de billets, en écoutant de genre de musique, fait beaucoup de bien, et je le fais aussi pour ça, parce que oui, Mathias comprend, mais justement c’est trop facile :D

      Bisous !

      • Maloriel dit :

        Le vrai problème effectivement c’est pas vraiment d’être en colère… C’est que ce soit considéré systématiquement comme la mauvaise réaction qui attire des leçons de morale. C’est l’un des points sur lequel je travaille le plus ces temps-ci : accepter ce sentiment (parce que je me fais aussi constamment des leçons de morale à moi-même et que ça n’arrange rien).
        Après, sur l’utilité du partage… j’ai tendance à penser, peut-être naïvement, qu’un partage s’il est sincère et n’existe pas dans l’unique but de réparer l’égo de la personne, de faire pitié, de s’attirer la sympathie, ou qu’on lui donne raison… Bah, c’est toujours utile, en fait. Ça nourrit la réflexion, ça fait prendre du recul, et ça peut même faire se sentir moins seul quand on lit ce genre de mots et que soi-même, on s’est pas exprimé.

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