Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

[Écriture à la petite semaine] Vacance(s)

Jeudi 26 juillet 2020, 15h09

Les premiers jours de vacances – les vraies, celles qui sont considérées comme telles par ceux avec qui je les partage -, je suis toujours angoissée.

C’est une anxiété diffuse, sans objet, la même que celle du narrateur du Horla : un nuage léger qui passe devant le soleil me serre le cœur, et je sens monter en moi une crainte indéfinie. J’ai peur, voilà, mais je ne sais pas de quoi, car ni l’inaction ni les silences qui se prolongent ne me dérangent. J’ai peur, peut-être, de ne pas ressentir l’apaisement qui devrait pourtant absolument être le mien tandis que le vent coule entre les feuilles des chênes et que tout ce que j’ai à faire (j’y suis autorisée par toutes les instances), c’est de lire Sagan ou Damasio lovée dans le canapé. J’ai peur aussi que justement cette autorisation soit temporaire, puisque quand on part avec des gens il y a toujours cette injonction malgré tout à “faire” quelque chose, visiter les environs, assister à une visite guidée, faire de l’accro-branches, et que si je refuse je vais passer pour une flemmarde sans cervelle ou laisser penser que je n’ai pas envie de passer du temps avec les gens.

Et puis je finis, de plus en plus facilement, par trouver mon rythme. Je ne parle plus que si j’en ressens l’envie, je marche à mon rythme sur les sentes qui dégringolent sans tout à fait les cerner à l’aplomb des rivages, et je vais m’acheter de la bière sans plus me soucier du regard toujours un peu désapprobateur de mon beau-frère, parce que j’aime boire une bière à dix-huit heures, sous les grands chênes qui en se balançant immobiles produisent le même bruit que les vagues – c’est le bruit de l’infini, de la vie qui s’éteint pour certains et continue pour d’autres – et puisque j’ai trente-six ans, je n’ai plus peur d’expliquer pourquoi faire des jeux de société me met mal à l’aise, ni d’assumer que je n’ai rien à dire sur tel ou tel sujet.

C’est seulement de cette façon que je peux supporter et même, bien sûr, apprécier, la perspective de quatre jours entassés à six dans un Air b n’ b, maison charmante, sans âme, mais qui appartient néanmoins à des gens qui y vivent (j’ai horreur d’utiliser en l’absence de leurs propriétaires des objets qui ne sont pas à moi, plus encore de dormir dans le lit de quelqu’un d’autre.) Louer quelque chose c’est toujours un peu s’interdire d’être : flipper parce qu’on a fait un rond d’eau en posant son verre sur la table en bois, flipper que l’alèse ait laissé passer tout le sang que je perds et évidemment s’interdire de baiser parce que c’est bruyant et salissant. Conjuguez cela avec un beau-père qui n’aime la nature que maîtrisée, une belle-mère qui bien que s’en défendant aime qu’on cuisine à sa manière (surtout qu’on ébouillante et pèle les tomates, et qu’on coupe l’échalote très fine) et donc, un beau-frère qui ne peut s’empêcher de remarquer qu’il est “tout de même un peu tôt pour prendre l’apéro.”

Alors quand j’en ai envie, je retourne me coucher même en plein jour, la fenêtre ouverte, et j’écoute en rêvassant le vent qui déferle et reflue (sans déconner, il y a tellement d’arbres dans ce quartier que je trouve l’endroit tout simplement paradisiaque.) Je m’abrite derrière mes solaires roses de pétasse 70’s pour me baigner dans les rayons de soleil que la brise éparpille. Je squatte le canapé bien trop mou pour y taper ces lignes, bois du thé vert et envisage déjà le roman policier que j’achèterai en gare de Rennes, quand je devrais y dénicher un recoin pour attendre deux heures le train qui me ramènera chez moi et m’y laissera dans une solitude inhabituelle.

Les gens s’autorisent bien à être qui ils veulent, ai-je remarqué au fil des ans. Pourquoi pas moi ?
Il y a quelques semaines, j’ai écrit à mon “moi d’il y a dix-huit ans” (“hey minouchette, t’as réalisé que ça faisait dix-huit qu’on avait eu dix-huit ans ?” me demandait Fred ce 9 juillet…) J’ai inexplicablement perdu ce billet. Soit. Je m’y disais un truc génial : quand t’as fini par réussir à rétracter tous ces pics qui t’empêchaient clairement plus de sortir que les autres de rentrer, qu’enfin tu peux observer les autres avec un semblant de curiosité, tu t’aperçois qu’ils se contentent d’être et n’attendent, la plupart du temps, rien de toi. Ils sont, tu es, et à moins que tu ne leur en fasses le reproche, ils ne te le feront pas non plus. On peut même supposer, pour ceux qui sont là depuis très longtemps, qu’ils t’apprécient. Dingue, je sais. Du coup, on se demande bien à quoi ça pourrait servir, que tu te réfrènes, que tu t’interdises et qu’en plus, comble de l’absurde, tu leur en veuilles pour tous ces efforts que tu fais et à cause desquels tu te sens incomprise.

Alors même s’ils m’ennuient un peu tous, à un moment ou un autre, parce qu’on est si différents que c’en est étonnant, je profite justement de ce qu’eux aussi, je les dérange parfois, et qu’eux non plus ne le disent pas, et qu’au fond on doit bien tous être contents de ces moments partagés, puisqu’on est là, ensemble, de notre plein gré.

Après demain, au contraire, il faudra réapprendre à vivre parfaitement seule, ce qui est une autre paire de manches. Je n’ai jamais bien su à quoi je pouvais me servir, ce qui est étonnant pour une personne aussi attachée à elle-même. Mais je trouve qu’être avec quelqu’un me donne une consistance et un reflet. Ca me permet de rester solide et un minimum unifiée. Seule, je pourrais aussi bien devenir M. que T. ou S., ce qui sera très chouette et reposant mais aussi toujours un peu risqué, parce qu’après il faut toujours redevenir soi et affronter que la vie ne soit pas idéelle. Je crois que c’est ce que j’aime le moins, dans la vie, encore que là aussi ce soit sacrément paradoxal : je n’aime rien plus que jouir lascivement de mes cinq sens, mais je déteste être un corps, tout du moins un corps figé. Je crois que j’aimerais pouvoir changer de sexe et de forme au gré de mes envies.

Jeudi 6 août 2020, 16h37

Comme envisagé, samedi j’ai raté mon train de retour (je n’aurais pas dû, pourtant !) C’est dommage parce que je suis passée d’un billet de TER à 5€ à un billet en TGV 1e classe à 40. L’attente à la gare a été un peu pénible parce qu’il faisait chaud et avec le masque ça devient vite irrespirable. En revanche, mon polar – un Franck Thilliez, j’avais pourtant prédit que je ne le lirais plus – a rempli sa part du marché. Je l’ai fini deux jours plus tard, obligée d’interrompre ma lecture le soir car je suis seule à la maison et j’avais peur ^^.

C’est le truc le plus embêtant depuis que Mathias est parti : il y a des trucs que je ne peux pas lire ou regarder quand la nuit tombe. Déjà que les premiers jours, le moindre bruit dans la maison me faisait sursauter… J’ai beau savoir que ni Freddy ni Sadako n’auraient attendu que je sois seule pour me rendre visite, je ne peux m’empêcher d’interpréter le moindre craquement dans la structure métallique, le moindre froissement d’herbe… Dimanche, même le chat m’a foutu les jetons. Faut dire que j’étais persuadée qu’il était sorti, vu que j’avais fait le tour de la maison sans le trouver. Et là, je me retourne, et il me regarde en plissant les yeux, assis tranquillement au milieu du salon. Du coup hier, j’ai recommencé à regarder Eastsiders.

J’ai encore des moments où je tourne en rond, rongée par une sorte de culpabilité : je me dis qu’il faudrait que je fasse des choses, mais je ne sais pas quoi. “Profite !” me crie une voix intérieure, et moi je suis là “mais oui, je profite… Tu vois, je lis, je… j’ai fait le ménage !” Les premiers jours j’ai beaucoup bu, alors la voix s’est noyée. Et puis j’ai profité d’une manière toute personnelle, fiévreuse, et c’était bien, et après j’ai pu revenir à une vie “normale”. Au fond je sais comment la voix voudrait que je profite, et c’est pour ça que non seulement je culpabilise, mais je me sens nulle et inutile : elle voudrait que j’écrive. Et j’y arrive pas.
Peut-être que c’est d’avoir écrit sur des fandoms déserts, ou d’avoir tous ces inachevés dans mes dossiers. J’y crois plus. J’ai plus d’idées. Rien, le néant. Même pas de quoi écrire une nouvelle. Je me suis rendu compte, après toutes ces années, que je ne serais jamais écrivaine. La seule histoire que j’aie à raconter, celle des tous mes avatars et amis imaginaires, je ne crois pas que je saurais. Je la trahirais. De toute façon, je ne suis pas sûre de le vouloir, non plus. C’est trop intime, au sens où c’est littéralement une vie parallèle, depuis plus de vingt ans.

J’avais commencé une nouvelle, m’inspirant des idées de contraintes proposées par Yann. C’était bien. Je suis persuadée d’écrire bien, là n’est pas la question. C’est juste que j’ai pas d’idées. Le début était cool, et même beau, je crois. Mais après ça part en vrille parce que je ne sais pas où aller. Je ne sais écrire que des débuts. Spécialiste du polaroïd littéraire.

Normalement, c’est ça que je fais, moi. Écrire. Ça fait partie de moi. Alors je me sens vide, superficielle. La vie a moins de sens pour moi si je n’écris pas. Je veux dire, j’aime être en vie, sentir la sueur ruisseler sur mon visage, la fraîcheur de la bière le soir, le chat qui ronronne… tout. Mais si je n’écris pas, j’ai l’impression de perdre mon temps. Peut-être que, si je me décide à aller voir la psy à la rentrée, c’est de ça que je lui parlerai. Pas de maman, mais du silence des mots. Je sais que c’est en partie lui que je masque en buvant.

Aujourd’hui il fait hyper chaud.

34 température en côtes d'armor

J’habite en Côtes d’Armor, hein. Il fait 34 en Côtes d’Armor !!

Je voulais illustrer cet article avec les photos prises à Concarneau mais mon appareil photo a, lui aussi, mystérieusement disparu. Je ne vois pas comment il aurait pu tomber de ma valise. Su mon tel, je n’ai plus que des photos de mon chat. Tant pis, je referais un article quand j’aurai retrouvé mon appareil.

 

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