Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

En janvier, warrior boots et trance music

« Mais qu’est-ce qui fait que tu vas si bien ? C’est à cause du Covid ? »
Non, papa, c’est pas à cause du Covid:)

Mon mois de janvier est pétri de contradictions, dont l’évidence sautait aux yeux dans la première mouture de ce billet. J’en conserverai la trace dans mes archives, ça me semble une bonne chose. Mais il me semble aussi que je devrais les évincer du résultat publié, non par honte mais par soucis de proposer un contenu un tant soit peut neuf, un contenu qui reflète mes atermoiements sans en imposer les méandres. Pas que j’aime sauter aux conclusions, mais bon, parfois, c’est plus digeste – et instructif, sans doute ! -pour le lecteur.
Ça manque à ce blog dont je ne sais parfois plus bien quoi faire : je ne veux ni le transformer en vitrine (forcément apprêtée) ni en exutoire (du moins pas en permanence. Il n’y a pas, je crois, trente-six sujets qui me tiennent à cœur au point de mériter une tribune.)

Mes trois morceaux fétiches de ce début d’année s’intitulent : Ready to run, Yes I can et We must go (Run with the Wind OST). Coïncidence ? Mmh, je ne crois pas !

Mon père m’a dit : « tu sais, ça va passer très vite, à partir de maintenant. La retraite n’est pas si loin. » Merci, papa.

Je suis prête.

Janvier, c’était pas mon mois préféré et c’est clairement pas celui des gens que je fréquente. Mais cette année c’est différent. Peut-être que mon père a mis le doigt sur quelque chose d’ailleurs, peut-être que c’est le Covid, peut-être que j’en ai marre et qu’en même temps j’ai tout ce qu’il faut pour envoyer un coup de botte dans la fourmilière (j’ai de nouvelles boots trop belles, avec un talon mastoc, je me sens très puissante quand je les porte. C’est pas le Covid en fait, c’est les chaussures.)

Donc ouais, on a un combat chaussures versus épidémie, et les chaussures ont gagné. Je n’ai formulé qu’une intention, je n’ai donné qu’une impulsion à cette année. Boire moins. Écrire. Raffermir. C’est là qu’on voit que je suis bonne en maths. Le verbe esseulé sur son rivage m’est venu six jours après avoir lu le billet d’Eli. J’y ai depuis ajouté « observer. » C’est comme ça que j’ai recommencé à écrire, pour de vrai, pas une nouvelle avortée, mais un texte qui suit un plan. Un plan que je trouve nul mais dont j’ai décidé que j’allais le suivre parce que c’est lui qui m’était venu en tête et que j’en ai marre de juger tout ce qui sort de ma tête. Donc j’observe et je décris. Ça marche aussi pour l’alcool : j’ai pas bu le premier ni le deuxième jour, après un peu plus, et j’ai prêté attention à ce que je faisais et pensais, tiré des conclusions, et c’était plus efficace que le jugement.

Je vais peut-être bien par effet de comparaison, pour une fois. C’est vrai que quand Cath a reçu la lettre du CRIP, ça ressemblait à une mauvaise blague, et j’étais très soulagée et très consciente de n’avoir pas le dixième de ses problèmes. Je vais bien parce que je me rends compte de tout ce que j’ai, et pour ce qui est du versant spirituel, je suis dans une phase de consolidation (d’où « raffermir »).

J’ai vraiment pris au pied de la lettre l’idée que l’hiver servait à préparer le printemps et c’est aussi pour ça que, contrairement à mes collègues, je ne suis pas fatiguée : je refuse désormais de m’infliger une telle pression. Mon emploi du temps et la proximité de mon lieu de travail me laissent beaucoup de temps libre, que je n’emplis pas systématiquement. J’ai compris que je n’avais aucune raison de le faire, si ce n’est pour me donner l’illusion de bosser comme une folle et coller ainsi à l’image que les autres présentent d’eux-mêmes et que je crois devoir imiter. D’ordinaire, je me sens assez mal en janvier-février, cette année j’avais vraiment envie de m’octroyer ce que mon esprit et mon corps réclamaient : de la lenteur, de longues nuits, des livres et de la musique. Je me nourris aussi de lectures sur la mythologie et les anciennes religions, raffermissant peu à peu mes propres rituels, athées mais néanmoins teintés de paganisme. Je cherche, comme beaucoup d’entre nous je crois, à approfondir et baliser ma connexion avec la nature. J’ai toujours été une personne très contemplative, et je n’ai jamais compris les gens qui pouvaient se passer du ciel et des arbres. J’en ai fait un genre de religion personnelle, selon laquelle j’accorde davantage d’importance à écouter le vent feuler qu’à travailler.

Je fonctionne au ralenti et je profite le plus possible des heures lumineuses. Comme la contradiction m’est apparemment intrinsèque, j’entame au moment d’écrire la fin d’une semaine de glande absolue (parce que je n’avais vraiment pas beaucoup de cours, les secondes étant en « semaine Escale ») et j’ai autant culpabilisé que rien foutu. J’aurais pu et certainement dû en profiter pour m’avancer.
Je me suis tellement préoccupée de moi ces dernières années qu’aujourd’hui je ne sais plus si je n’ai pas quitté un récif pour un autre. J’irai pas jusqu’à dire que je vogue de Charybde en Scylla (même si j’use de prétérition parce que bon, la mythologie, c’est trop cool), mais j’ignore à quel point je dois me faire confiance. Je suis autant persuadée d’être une bonne prof qu’une flemmasse qui devrait se flageller. J’oscille entre satisfaction et honte de moi-même. Je ne sais pas si le degré de stress dont témoignent mes collègues est un but à atteindre afin de (me) prouver que j’enseigne correctement, ou une illusion à détruire. Du coup, je fais ce que je fais de mieux : le strict minimum. Et très sincèrement, je ne vois pas la différence, mais si au contraire je faisais le maximum, je la verrai peut-être. Une voix intérieure me susurre qu’au moins je ne culpabiliserais pas, et une autre lui répond qu’en revanche j’aurais envie de me pendre parce que c’est pas parce que tu donnes plus de devoirs que les élèves les font. Bref, je ne sais pas ce que je devrais faire.

Et oui, je sais qu’on ne dirait pas, mais je vous ai vraiment épargné les atermoiements. C’est la conclusion de plein d’anecdotes, ça !

arbre au soleil

Il avait plu un peu avant. L’arbre “fumait”, mais je n’ai pas réussi à rendre ça visible.

Bref. En fait, janvier a été long. Il a beaucoup plu et il y a aussi eu beaucoup de soleil. Il y a eu des moments de sérénité et d’autres plus difficiles, où j’en avais marre, où j’étais triste et fatiguée.
Janvier, c’était le chat qui dort dans sa boîte de bière, celui du lycée qui vient me câliner (et m’attaquer) pour que je lui donne à manger, des aubes scrutées du coin de l’œil par une fenêtre de seconde et des crépuscules éblouissants photographiés depuis la mienne, de fenêtre. C’était la pluie par dix degrés alors qu’il aurait dû faire 3 et que le ciel aurait dû être bleu (autant la neige je connais pas, autant il n’est pas supposé faire dix degrés en hiver, nan mais vraiment.) C’était le chocolat chaud, un truc que je m’étais pas fait depuis vingt ans, France Culture pendant les douze minutes de trajet le matin – vachement plus ressourçant intellectuellement que l’interview de Léa Salamé sur Inter. C’était aussi, finalement, un poil de déprime hivernale, le sac à dos qui cisaille les épaules, Skyrim trop tard le soir et zéro énergie. Les réveils impossibles reportés sous deux plaids dans le salon, l’angoisse qui repointe sa sale gueule auréolée de tous ses sbires (genre « J’ai pas confiance en moi » et « À quoi bon ».) Les gamins qui émeuvent et ceux qui exaspèrent, et la musique, celle qui te donne l’impression de vivre dans une série télé et celle qui te fait réaliser la vacuité de ta life. La musique qui enrobe, colmate et magnifie – et me fait, systématiquement, retrouver les structures ternaires que je chéris trop pour qu’elles impactent encore.

chat endormi

 

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2 réponses à “En janvier, warrior boots et trance music”

  1. Eliness dit :

    Ouiiiii, la démocratisation du verbe de l’année ♥

    J’aime lire ton retour à l’écriture qui reflète ma tentative actuelle de renouer avec le piano en s’immergeant dans la pratique et en se raccrochant aux structures (peu importe lesquelles) qu’on se met en place pour garder la tête au-dessus de l’eau. Et si les doutes glissent leur bout du nez, au moins on peut se raccrocher au radeau.

    Quant à tes doutes sur l’enseignement, j’ai l’impression à te lire que le débat dans ta tête sera sans fin. Est-ce qu’une opinion extérieure pourrait t’aider à calmer cette bagarre interne ? Le retour de collègues, de ta hiérarchie, ou bien – peut-être plus important – de tes élèves ?

    • Nathalie dit :

      Ça fait deux ans qu’en te lisant, je me disais que c’était étrange qu’une écrivaine comme moi ne pense pas son année avec un mot et bien sûr en l’occurrence un verbe (je dis écrivaine plutôt que littéraire parce que j’ai entendu Leila Slimani dire sur Culture qu’un écrivain pense absolument tout à travers le prisme de l’écriture, et comme c’est mon cas… voilà ^^)

      Tu avais posté une très belle vidéo dans laquelle tu jouais… Ça me fait plaisir juste en souvenir, pour ce que ça représente, que tu t’y sois remise. J’espère pour toi comme pour moi que le radeau sera assez solide pour résister aux requins, qui ne doivent de toute façon pas être aussi agressifs en vrai que dans les films, hein ?

      Sans fausse modestie ni arrogance, je ramène régulièrement des élèves vers ma matière. Des gamins et leurs parents qui me disent que “avant, le français, iel avait horreur de ça.” Ça flatte mon égo mais je ne sais pas si je leur apprends vraiment quelque chose. Quant aux collègues, c’est difficile… Leur demander leur avis, ça voudrait dire leur demander d’assister à mes cours… Le truc que tu ne fais que quand tu débutes (mal.)

      Boulet vient de sortir cette planche qui m’a fait rire aux éclats tant elle décrit bien ce qui se passe dans ma tête aussi :D

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