Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Miscellanées de janvier

Les carnets bleus ont connu plusieurs formes, du fourre-tout à l’obligation mensuelle, en passant par les cabinets de curiosité (si j’ose dire) plus ou moins thématiques. J’avais très envie de les reprendre mais sans savoir comment : m’imposer à nouveau le mois en cours comme ligne directrice m’aurait trop contrainte et amenée à me répéter, les fourre-tout n’étaient pas assez réguliers à mon goût ; quant aux thèmes ponctuels style « Maternités » ou « Sirènes », j’ai adoré les écrire mais à mon avis j’ai fait le tour de ce que je savais.

Du coup, après avoir pas mal tergiversé, je me fixe comme objectif une échéance mensuelle pour raconter les trucs qui m’ont plu. De cette façon, je garderai une trace de ce que j’ai vu, lu ou entendu et je pourrai me passer de la liste, un peu absconse, du bilan de fin d’année, sans pour autant me forcer à noter mes impressions sur le moment.

Je ne m’obligerai pas non plus à parcourir toutes les sphères artistiques. Autant j’ai parfois ressenti le besoin de mettre en scène la part la plus « intellectuelle » de ma personne, autant j’aimerais désormais… je sais pas comment dire ça. Me montrer vraiment honnête, peut-être, tout simplement. Je suis un peu fatiguée et j’ai l’impression de trahir ma pensée, un peu comme si je n’étais capable que de visions dualistes, voire manichéennes. Breeef. Je parlerai des livres que j’ai lus si j’en ai lus, de la musique que j’ai écoutée y compris celle dont je sais qu’elle est nulle, de séries ou de films si j’en ai regardés, et probablement presque jamais de peinture.

Et sans doute plutôt en suivant le fil de ma pensée qu’un plan logique. Par contre je ne parlerai que de ce qui m’a vraiment plu (phrase qui n’est là que pour contenter la part de moi qui veut que vous sachiez que je n’ai pas lu, entendu ou regardé que ça pendant tout un mois.)

Smooth jazz

La découverte cool de janvier, c’est la chaîne Cafe Music BGM Channel. Dans le « même » genre, j’écoutais déjà énormément Chillhop Music, mais en fait ils diffusent beaucoup de titres qui m’émeuvent ou me font rêver et que je ne peux donc pas écouter en travaillant. BGM Channel, c’est vraiment de la musique de fond – c’est d’ailleurs assez répétitif – mais ça me donne l’impression de bosser dans un café (certes un poil hipster) de Stockholm ou Amsterdam (j’aime les villes où il y a de l’eau), avec beaucoup de bois, de la lumière et un silence studieux. Ça faisait hyper longtemps que je testais des « ambiances sonores » pour préparer mes cours ou corriger des copies, sans trouver quelque chose qui ne me déconcentre pas ; en plus j’aime bien les images qui illustrent leurs playlists, qui sont très chill, elles aussi. Petit plus : lire, lors des diffusions en direct, des commentaires du monde entier, tel que celui de cette fin d’après-midi : « It’s raining in Indonesia, perfect time and music for a coffee and a smoke », tandis que je buvais une tisane en pyjama. Ou les gens qui disent : « Good morning from Mexico ! » tandis que d’autres leur répondent « Still on air at 4am in Shangaï »… J’ai inventé l’heure mais vous voyez ce que je veux dire. Ce côté radio live, écoutée aux quatre coins du monde, en même temps, par des gens au vécu et au quotidien si différents, je trouve ça hyper réconfortant.

La mer sans étoiles

En décembre, je galérais un peu sur À rebours de Huysmans dont l’écriture, ciselée, précieuse même, n’enlève rien à l’antipathie que je ressens pour le protagoniste, et j’avançais doucement dans Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo. Et puis à Noël on m’a offert La mer sans étoiles. Ça va être très difficile d’expliquer de quoi ça parle, mais comme je garde sous le coude l’idée de me reconvertir en libraire quand je ne serai plus capable de me confronter aux ados, faut que j’essaie.

Alors. Pour résumer, on suit l’histoire de Zacharie, qui a trouvé par hasard un livre sans cote à la bibliothèque universitaire. Livre qui l’a énormément perturbé parce qu’un chapitre raconte un épisode de sa propre vie.

Ce qui rend La mer sans étoiles si difficile à résumer, c’est que c’est un livre dans un livre. On y découvre le contenu du livre de Zacharie et aussi des extraits d’autres bouquins. Ils ont un point commun : toutes les histoires ont un lien (pas toujours visible) avec la mer sans étoiles, sur les rivages de laquelle se trouvent des Ports. Et dans les ports, il y a toutes les histoires du monde. Chacun est une bibliothèque de Babel, à ceci près que les histoires s’y lisent non seulement dans les livres, mais gravées dans les pierres qui cristallent des lustres (oui j’ai inventé un verbe, et vous avez très bien compris ce qu’il voulait dire, zut), dans les tableaux, dans les constructions éphémères des gens de passage, dans le miel au fond des tasses et le bourdonnement des abeilles, dans les statues, les maisons de poupées et les cauchemars qu’une petite fille a griffonnés et jetés en boule dans un coin.
Quand il était tout jeune, Zacharie a découvert une porte peinte qui aurait pu l’amener à la mer sans étoiles, mais il ne l’a pas franchie.
La mer sans étoiles parle des histoires. Même s’il parle aussi d’amour (non genré !), de destin et aussi d’autres choses bien plus fantaisistes. Mais c’est avant tout, je crois, un livre qui transpercera littéralement les gens qui, comme moi, ne savent vivre sans les histoires, sans ce qu’elles apportent de plus à la réalité. Et je ne parle pas de la magie, mais de ce surcroît de sens, de cette compréhension de la métaphore grâce auxquels les mythes traversent les siècles. De ce symbolisme complexe et si transparent à la fois qui donne du sens à la vie, l’éclaire et la magnifie.

Erin Morgenstern, dans ses remerciements, dit qu’elle a emprunté ses abeilles et ses clefs (ou ses épées, je ne sais plus) à Lev Grossman. Mais lui enchaînait les péripéties sans aucun fil conducteur ni autre volonté apparente que de rendre un hommage – par trop appuyé – aux œuvres qui l’avaient marqué. Là où il plagiait, Erin Morgenstern s’approprie, et le résultat n’a rien à voir parce que ça rejoint sa mythologie personnelle. Par ailleurs, dans ses remerciements, elle s’adresse aussi à Bioware : elle dit avoir trouvé le point d’équilibre de son roman quand elle est tombée amoureuse de Dragon Age Inquisition

Au cas où ce ne serait pas clair, La mer sans étoiles est un coup de cœur viscéral, presque au même titre que La zone du Dehors et Histoire de Lisey, pour vous donner un élément de comparaison :)

El desorden que dejas

En français Après toi le chaos est une mini-série espagnole Netflix qui raconte l’histoire de Raquel. Après la mort de sa mère, elle quitte La Corogne pour un village situé pas loin de Saint-Jacques de Compostelle, où elle a accepté un poste de prof de lettres. Elle y remplace Viruca, qui était de toute évidence très appréciée de ses élèves et qui s’est suicidée. J’ai dit que c’était l’histoire de Raquel, mais c’est autant l’histoire de Viruca, qui occupe l’espace narratif telle une Rebecca (et avec la même prestance !)
L’ex de Viruca n’a jamais cru à la thèse du suicide et il le fait savoir à Raquel qui, si elle avait voulu l’ignorer, se serait de toute manière trouvé confrontée à la vindicte de ses lycéens. Sérieux, jamais j’irai enseigner en Espagne : qu’ils tutoient leurs profs, soit, mais ce qu’ils lui envoient dans la gueule… La vache ! Limites ils sont gentils, les racailles des films américains.

J’ai binge-watché cette série comme ça m’arrive… jamais. Dites-vous que je l’ai commencée dimanche et que je l’ai finie dimanche. J’ai regardé huit épisode de 45 min en moyenne, en une soirée. Voilà.
Ont contribué à mon total engouement : déjà, Abril Zamora, qui était présente pour jouer un rôle et pour rien d’autre. Je sais, c’est con, mais… elle n’était pas là pour représenter quoi que ce soit. Elle était là, c’est tout. Les personnages, avec leur orgueil et leurs failles, le féminisme qui sous-tendait l’histoire sans s’avérer vainqueur, un féminisme compromis même, complexe, contradictoire mais jamais bêtifié. Le suspense, la Galice et ses paysages, les personnages encore, jamais pris de haut, pas brillants pour autant, jamais stéréotypés mais n’échappant pas pour autant à ce qu’on attend d’eux. Personne n’est tout à fait ce qu’il paraît, mais ça n’a jamais l’air d’un ressort scénaristique, à part une ou deux fois, peut-être. Quoi qu’il en soit, El desorden que dejas m’a tenue en haleine à la fois parce que ça sonnait juste et parce que ça m’a semblé bien ficelé.

Melancholia

Je suis vieille mais goth, ce titre ne fait donc référence ni à Victor Hugo ni à Lars Von Trier, mais au premier recueil auto-imprimé de Sire Cédric, et c’est pas du tout ce dont je vais parler. (oh my god, je voulais vraiment pas en parler. Mais ce mec me fait fondre. Il réveille toutes mes hormones adolescentes. J’ai envie de le bouffer. Hum. Hruuuum. Donc, je disais. (Je vous ai déjà dit que je l’avais interviewé ? J’ai eu le hoquet pendant tout l’entretien. Gradlon et Maloriel ont fini tout seuls pendant que je buvais méthodiquement du jus d’orange dans l’espoir que ça passe.))

Donc. Ces trois dernières semaines, j’ai écouté en boucle, mais genre pendant quatre heure d’affilée tous les soirs, ce morceau :

Et aussi Yes I can, mais je vous en ai déjà parlé dans le billet précédent, et I close my eyes de Covenant (idem.)
Complètement monomaniaque. Ceci dit, ça m’a servi à ajouter des pages à ce qui n’est désormais plus une fanfic Steve & Ghost mais bel et bien un roman personnel. Les noms des personnages sont devenus ceux de mes propres avatars, leurs physiques ont évolué à l’avenant et je ne parle désormais plus que de moi. Le plus périlleux d’après moi, c’est de perdre de vue le scénario au profit de la logorrhée intime. J’aime mieux écrire des dialogues internes que de l’action (si je n’avais avec moi-même que des monologues, j’irais beaucoup mieux. Je suis sûre que vous êtes d’accord – parlant de vous, je veux dire.) Dans mon écriture, c’est ce dialogue intérieur qui fait évoluer l’intrigue, c’est par lui qu’elle se traduit. J’ai beaucoup de mal à l’abandonner au profit d’un point de vue externe et, quand je le fais, c’est pour ménager des transitions vers le point de vue d’un autre personnage. J’adore écrire comme ça, et me relire, mais je n’ai aucune idée de ce que ça vaut pour un lecteur. Je pourrais y remédier en faisant lire mes textes, tout simplement, mais je suis terrifiée à l’idée que mes mises en scène de romance gay fassent aux concernés le même effet que certains personnages féminins écrits par des hommes me font à moi. Il y a une femme, dans mon histoire, hein. Elle est même la seule que j’écrive spontanément à la première personne – ce qu’il faudra modifier, de toute évidence.

Mythologies

Au mois de décembre, ou avant, j’avais acheté un pack de numéros de Mythologie, une revue qui bah… parle de mythologie (faut que j’arrête d’écrire des onomatopées, tu m’étonnes qu’après mes élèves pensent que ça se fait.) J’ai lu le volume consacré à l’Iran ce mois-ci et si y’a un truc qui m’a marquée, c’est le fait que les adeptes du zoroastrisme se consacraient au culte du feu, de la terre et de l’eau, mais n’avaient pas, dans les premiers temps, d’autels consacrés. Pas de temples. Et ils abandonnaient leurs morts en haut de « tours du silence ». Des plateaux en haute montagne où les charognards les dépouillaient de leur chair, pendant des années s’il le fallait, parce qu’immoler les morts par le feu aurait souillé ce dernier. On n’enterrait les gens qu’une fois leur squelette dépouillé de toute trace organique. Il me semble qu’un peuple péruvien faisait ça, confier les cadavres aux condors. Et j’ai été très surprise d’apprendre qu’il subsistait des zoroastriens, en Inde, qu’ils ont ralliée lors de la conquête musulmane.

Cauchemar

À défaut d’un autre plus précis, ce titre fera l’affaire parce que… j’aime bien les univers de cauchemar. J’aime leur esthétique putride et leur aspect cathartique. Il n’y a pas longtemps, j’ai rêvé qu’une femme se noyait. Il me semble que nous nous trouvions sous une structure métallique, comme celles qu’on trouve sur les parkings de supermarché pour protéger les bagnoles de la pluie, mais en pleine mer. L’eau était opaque, boueuse, plutôt comme celle d’un marécage. Je plongeais pour secourir la femme, la chopais par les épaules et nageais. Sous mes pieds, je distinguais les silhouettes de créatures sous-marines. Requins, orques ou baleines, je ne sais plus exactement. Ça m’a marquée parce que dans mon souvenir, je suis parvenue à ramener la noyée quelque part, alors que jusqu’à présent, dans mes rêves, j’étais toujours tétanisée par les monstres aquatiques. Là, je me répétais “ça va aller, ça va aller”, je calais mon souffle sur ce mantra et j’avançais. Non seulement je suis parvenue à me mouvoir mais en plus ça n’était pas pour sauver ma peau, mais celle de quelqu’un d’autre. L’eau et ce qu’elle abrite sont les thèmes récurrents de mes cauchemars, au point que j’ai tendance à interpréter chacune de leurs itérations comme je lirais une carte de tarot. Ils font signes, ils disent quelque chose de moi que je ne sais pas forcément traduire mais qui continue de me remuer au réveil.

Tout ceci pour introduire cette vidéo que Mu m’a montrée hier, et dont l’esthétique me hante comme celle de mes cauchemars les plus glauques, qui convoquent, maintenant que j’y pense, des serpents et pas des monstres marins. Les monstres marins me terrifient ; les serpents… me fascinent et me révulsent, et j’en rêve bien moins souvent.

Je sais, c’est dingue, à 36 ans je n’avais jamais vu aucun extrait de Dark Souls. La claque que je me suis prise valait bien l’attente.

Nan mais regarde-moi ça comme il est dégueulasse.

Et je parle même pas du côté “T’es content, hein, t’as vaincu le boss méga dur ? EH BAH NAN ! IL VA REVENIR ! DEUX FOIS !”

Je pense qu’il y a un truc à dire sur ces boss qui se battent à genoux. Sur la colère, la haine, le désespoir et la forme de faiblesse qu’ils incarnent. Je sais pas. Ça résonne en moi sans que je parvienne à l’expliquer.

 

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