Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Moi les hommes, je les aime bien

Encore un long article sur le féminisme. Celui-ci est circonstanciel, parce que c’est une réponse à une remarque qui m’a été faite. Pour être claire, et pour essayer au maximum d’éviter de tomber dans mon principal travers (les phrases assertives), j’ai dû développer. J’espère que vous ne m’en voudrez pas pour la longueur ni pour les éventuelles répétitions avec ce que j’ai déjà pu écrire. Par ailleurs, j’insiste, je suis ouverte à la discussion et à la critique. Le format blog peut donner l’impression qu’on s’affiche sans autre volonté que de clamer qui on est et ce qu’on pense, mais ce n’est pas mon intention. Les passages en gras et les titres sont surtout là pour faciliter la lecture, pas pour marteler.

Je vous demanderai simplement, si quelque chose vous a fait bondir, de n’en venir ni aux insultes ni aux attaques personnelles :) (pas que ce soit le genre de mes lecteurs, en temps normal, mais on ne sait jamais :))

 

Aujourd’hui, Pauline m’a dit ceci (je ne la cite pas pour me moquer d’elle, bien au contraire) :

J’ai l’impression que tu n’es pas convaincue du problème que représentent la virilité et la performance de la masculinité au sein d’une société patriarcale qui ferme les yeux et encourage les comportements sexistes. Je t’invite à écouter des podcasts comme Les Couilles sur la Table ou Mansplaining qui abordent ces questions avec beaucoup de rigueur.

 

Je. ne. peux. pas. Sincèrement. Ce billet a pour objectif de démêler les fils qui s’entassent dans mes entrailles et qui font que ce genre de discussion me rend physiquement malade.

Je crois que j’ai un problème avec les femmes

Je vais commencer par le plus évident à mes yeux. Ça ne fait pas de moi une héroïne ni, au contraire, une meuf dénuée d’empathie, je vous dis seulement comment je ressens les choses. J’ai ÉNORMÉMENT de mal à entendre qu’en France, aujourd’hui, nous soyons oppressé(e)s. Certains d’entre nous (et pas que des femmes) le sont, par des gens dont l’existence me révulse. Mais je suis aussi certaine d’une chose : les comportements sexistes sont encouragés par les femmes elles-mêmes (pas que par elles, on est d’accord.) D’abord parce que ce sont elles qui élèvent leurs enfants, paraît-il. Mais surtout parce que, j’en ai été témoin comme vous je pense, les garçons qui “méritent” qu’on sorte avec, dès le collège, sont majoritairement les beaux gosses rebelles et un peu machos. Les filles passent toute leur vie à confirmer les hommes dans le rôle qui leur a été assigné. Nous vivons en France au 21e siècle. Il n’est plus question de mariage d’apparat ou de convenance. Il appartient à chacune d’entre nous de transformer les minables misogynes en parias. Je ne vais pas en vouloir à un garçon, en pleine construction de son identité, de coller bon gré mal gré à l’étiquette qu’on lui a assignée, sans laquelle il ne parvient pas à aborder la moindre fille.

En revanche, j’en veux aux filles et aux femmes de penser d’elles-mêmes qu’elles sont plus douces, plus maternelles, plus bienveillantes. D’abord parce qu’elles ne le sont pas, ensuite parce que personne ne les y oblige. Les hommes voient aussi des femmes ce qu’elles projettent d’elles-mêmes, et moi qui ai toujours lutté, y compris contre mes consœurs, pour être reconnue comme véritablement femme malgré mon absence de désir de procréer, ma colère, ma bisexualité, mon amour pour la fantasy, la SF, l’horreur, la bière et les jeux vidéos… Je dois vous dire que ce sont majoritairement des femmes qui m’ont fait comprendre que ce n’était pas normal.

Le mansplaining

Concernant le mansplaining en revanche, je l’ai observé des dizaines de fois et là où c’est particulièrement prégnant (dans mon expérience), c’est dans les commentaires YouTube. T’as des mecs, sans douter d’eux-mêmes un seul instant, qui viennent expliquer à des filles que non, les filles n’aiment pas la SF. Sous une vidéo parlant de SF que lesdites filles viennent de commenter pour dire qu’elles avaient adoré. C’est… wahou. Ça me bluffe à chaque fois.

Maintenant, et sans vouloir me faire l’avocat du diable, ces stéréotypes sont véhiculés partout. Dans How I met your mother. Dans Big Bang Theory. Partout. Et je n’ai vu personne les remettre en question. Je ne pense pas, d’ailleurs, que l’absence de figures féminines dans ces univers soit suffisant pour expliquer que les filles, effectivement, achètent peu de SF ou jouent peu aux jeux vidéos. C’est beaucoup plus profond que ça. C’est un fait que la majorité de mes élèves filles lisent des bouquins à propos de chevaux. Donc c’est un fait que les héros des œuvres de SF/thriller etc. soient des hommes. Sans parler des séries produites par des femmes qui se fraient un chemin vers la gloire : que des histoires de meufs qui cherchent l’amour…

Tiens, je viens de lire ça sur Slate :

Chaque jour (ou presque), mes sœurs et moi recevons de nombreuses URL d’articles du Monde côté paternel et des photos de repas faits maison ou de fleurs en éclosion côté maternel.

Daphnée Leportois – Quand le déconfinement angoisse plus que le confinement

Vous voyez ce que je veux dire ?

Les filles se répètent très bien toutes seules ce qu’elles sont supposées être, elles n’ont pas besoin d’hommes pour ça. Et souvent, quand ils croisent une fille qui aime le whisky et les cigares, ils sont super contents. Si, si. De la même façon que les filles fondent pour les gays avec qui elles peuvent parler maquillage. (je ne dis pas que tous les gays parlent de maquillage mais quand certains le font, elles sont contentes.)

Alors, si, je vois bien le problème, mais je n’ai jamais été capable de désigner des boucs émissaires. Ça me révulse. Ça me semble le recours des cons pour éviter de se poser des questions sur eux-mêmes.

La majorité de mes contemporains me donnent l’impression de naviguer entre le noir et le blanc, là où je vois une infinité de causes, et de failles personnelles, de batailles et d’interrogations. J’ai passé toute la journée dans un état de déconcentration et d’angoisse latente à cause de ça. Je ne suis pas capable d’envisager qu’aujourd’hui en France, une femme ne saisisse pas tout ce qu’elle est supposée avoir acquis depuis quelques dizaines d’années, et ne s’autorise pas à être qui elle est.

Les misogynes

Ma frangine, elle-même en plein doute ce soir-là, me demandait : “mais tu les as bien vus, ces hommes, non ? Tu les as connus ?”

Oui.

Depuis Thomas qui, quand j’étais en 4e, me faisait remarquer que j’aurais dû avoir plus de seins vu mon âge, jusqu’au mec qui en pleine rue m’a fait remarquer que j’aurais été plus jolie en jupe si j’avais été bronzée. En passant par Jordi, qui m’a doigtée alors que j’étais mineure et qu’il avait quarante-cinq balais, m’a expliqué qu’il croyait me faire plaisir et m’a harcelée au téléphone toute la soirée. En passant aussi par le type qui m’a insultée parce que je ne répondais pas à ses avances et a menacé de me violer (de me sodomiser, pardon) en plein Place de la République à Rennes, celui qui nous a frappé les mains à Mylène et à moi, quand nous nous enlacions, le mec qui m’a sifflée et traitée de salope, mon collègue un peu lourd qui fait des remarques sur mes fringues, Ludo qui se dit galant tandis que j’entends macho, et L’INTÉGRALITÉ DES MAGAZINES FÉMININS qui entérinent les propos de ces hommes en me disant que je suis trop maigre, pas assez séduisante, que mes cheveux sont moches et que le look “lavabo” à la plage, c’est nul. Ah, et que je devrais boire des cosmos et des mojitos, porter des crop-tops (aucune idée de ce que c’est ^^), me couper les cheveux à quarante-cinq ans et regarder des comédies romantiques.

Je suis ce genre de personne qui ne supporte pas qu’on lui dise ce qu’elle est supposée être, et j’ai beaucoup de mal à comprendre celles qui y sont sensibles (du moins passé un certain âge). Je suis aussi du genre à remarquer qu’aussi grossiers, misogynes ou privés de moyens intellectuels que soient ces hommes, ils sont minoritaires dans mon parcours.

Le seul environnement dans lequel j’ai senti de façon très claire qu’on ne me prenait pas au sérieux, c’est le milieu médical. Mais le plus étrange dans tout ça, c’est que j’y ai été malmenée autant par des femmes que par des hommes (y compris quand elles étaient seules et donc a priori non soumises à pression.) La gynéco que j’ai vue à Québec était un véritable poison, autant que celui de Rennes qui a eu le culot de dire à son étudiante que même si j’en avais l’air, je ne souffrais pas.

La culture du viol

Je dois aborder un dernier point, sans lequel cet article serait malhonnête : nous avons, sans doute aucun, un vrai problème avec la culture du viol. Je le constate majoritairement chez des ados entre douze et quinze ans, qui emploient le mot “viol” à torts et à travers y compris en parlant d’eux-mêmes (c’est une menace qu’ils s’adressent entre potes sur le ton de la rigolade.) Alors, quand je dis “majoritairement chez des ados”, cela ne sous-entend pas que ceux qui s’expriment comme ça soient majoritaires dans mes classes, bien au contraire. Ils représentent une toute petite poignée d’élèves, qui doit effectivement avoir de drôles de modèles masculins. Ça se voit qu’ils se la jouent “viril”. Ils citent les pires rappeurs et se prennent pour des caïds de la Mafia.

J’en ai aussi fait l’expérience récemment, alors que j’étais harcelée de sms par un taré qui avait récupéré mon numéro sur le Bon Coin et m’a gratifiée de “mes potes et moi on va te défoncer, on va sodomiser ta grand-mère ; je vais te baiser tu vas voir”, et j’en passe. Notons qu’il était persuadé de s’adresser à un homme…

Ces mecs-là, on les rencontre également sur YouTube et sur les chats Summoner’s War, par exemple (le dernier que j’ai vu disait, à propos d’une fée qu’on peut invoquer dans le jeu (oO) : “j’ai toujours préféré les blondes, celle-là je la violerais bien.”)

Je crois qu’on a notamment un gros problème avec l’accès au porno. La majorité de mes élèves ne savent pas ce qu’est un adblocker et consomment énormément de films en streaming. Je ne vous raconte pas les horreurs qui pop-up sur ces sites quand on essaie d’accéder à un film… J’aurais vu ça à leur âge, j’aurais été traumatisée. Un ado découvrant à peine sa propre existence, je ne pense pas qu’il ait le recul pour comprendre ce que sont fantasmes et mises en scène et je pense que ça peut créer des failles durables dans leur psychisme. Découvrir le sexe de cette façon… Comment pourraient-ils deviner que ce n’est ni réel ni réaliste ? (C’est valable pour les filles également.)

Autre gros problème à mon avis : la culture du rap massivement diffusé sur les radios djeunz (notez l’accord grammatical, c’est important pour ne pas me faire dire ce que je ne dis pas.) J’avais déjà cité les textes de Vegedream et Booba dans ce billet, donc je ne vais pas me répéter, mais savoir que des gens écoutent ça en boucle ne me rassure pas des masses.

Les hommes et le féminisme

Quand je lis que les hommes d’une manière générale devraient s’élever en masse contre le comportement de certains des leurs, ça me fait rire. Si moi je faisais remarquer qu’une de mes “consœurs” était débile, je me ferais lapider parce que nous les femmes, on est faibles, alors ce n’est pas notre faute si on fait des bouches en cul de poules sur Instagram ou si on n’aime que des cons. On a été élevées comme ça. Il paraît que c’est de la solidarité de ne pas s’en offusquer.

Je ne vois pas pourquoi des hommes qui n’ont rien fait devraient se scandaliser de ce que leur “pairs” font. Parce que ce ne sont pas leur pairs et qu’ils n’ont rien en commun. Je m’excuse, tiens, pour toutes mes consœurs qui ont ri au nez de Mathias parce qu’il n’était pas assez viril et trop romantique.

En plus, je trouve que les féministes adressent aux hommes des messages contradictoires. On leur dit qu’ils devraient dénoncer les misogynes, mais aussi que le féminisme est une affaire de femmes. Ils devraient clamer bien fort leur respect de la gent féminine, mais quand ils le font, on leur fait remarquer plus ou moins gentiment qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent et on les accuse encore de s’arroger une parole qu’on essaie de leur reprendre.

Conclusion

Je ne suis pas convaincue, c’est vrai. Pour que je le sois, il faudrait que je me sente victime, ce qui n’est pas le cas. Je fais ce que j’ai à faire. Si j’ai été vexée de ce que certains hommes m’ont dit, je l’ai été tout autant par ce que certaines femmes m’ont dit. Les hommes que je connais n’ont jamais pensé qu’une jupe était “trop courte”. En revanche, je connais des femmes qui pensent que mon mec serait plus viril avec les cheveux courts.

Pour moi, le problème – car problème il y a – appartient à toute la société. De mon point de vue, il n’est pas admissible que dans une société aussi libre que la nôtre, des gens prétendent être soumis à un système qu’ils ne font rien pour changer, pas même en commençant par eux-mêmes. Pourquoi certaines femmes tombent-elles amoureuses de machos ? Quelles sont leurs failles ? Quelle idée se font-elles d’elles-mêmes ? Pourquoi pensent-elles que c’est acceptable ?

Il y a trop d’hommes bien dehors pour les exclure du débat. Ça ne me paraît ni juste ni logique, d’autant qu’ils sont les seuls à pouvoir entendre les discours des féministes. Les connards misogynes au pouvoir (tous les mecs au pouvoir ne sont pas des connards misogynes. Pfiou, j’ai du mal en ce moment !) n’en n’ont rien à foutre des féministes, vu qu’ils sont machos. Alors à qui s’adressent-elles, les vitupérations anti-mecs ? Bah elles sont lues par des mecs intéressés par la question, qui au pire se sentent agressés, au mieux se sentent exclus et impuissants.

Pour moi, j’en avais déjà parlé, ça ne sert à rien de se heurter à des gens qui ne veulent pas écouter. Il faut au contraire offrir une tribune aux autres. Rendre les discours de tolérance et d’ouverture plus visibles que les autres. C’est comme ça qu’on bannit une minorité : en la réduisant au silence par le simple poids du nombre. Montrez-nous (comme le font de plus en plus les manuels scolaires) des femmes courageuses, fortes, différentes. Interviewez des hommes gentils, aide-soignants, instituteurs… différents. Ne propageons pas d’idées toutes faites (combien de fois j’ai entendu une fille ou une femme dire “les garçons c’est comme-ci ou comme ça”… Je crois pas que ça les aide, de se l’entendre répéter à tout bout de champ.) Apprenons à nos gamins qu’ils peuvent se vernir les ongles s’ils en ont envie. Je ne retrouve plus l’article, mais il n’y a pas longtemps, une mère s’est plainte au directeur de l’établissement où sa fille de onze ans était scolarisée qu’un lycéen de dix-sept ans, parce qu’il était maquillé, faisait peur à sa gosse… Si un mec n’a pas le droit d’être autre chose que l’incarnation du masculinisme et que ce sont des femmes qui le disent, on s’en sort comment ?

 

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11 réponses à “Moi les hommes, je les aime bien”

  1. Entdaurog dit :

    Peut-être fais-tu référence à cet article :
    https://www.huffingtonpost.fr/2019/02/20/interdit-de-maquillage-au-lycee-il-souleve-une-vague-de-soutien_a_23673945/

    Un billet très fort… Je vais prendre le temps de le relire et d’essayer de bien écrire ce qu’il m’inspire. Mais, oui, pourquoi se contenter du noir et du blanc alors qu’il y a tant de couleurs hors les gris ?

    • Nathalie dit :

      Ah oui, c’était peut-être Alexis ! Je ne faisais plus le lien…

      Ça m’inquiète un peu que tu ais trouvé ce billet “très fort” car même si j’ai conscience d’avoir été ironique par moment, j’ai vraiment essayé de ne pas choquer par des assertions relevant de mon seul ressenti.
      J’ai hâte de te lire, du coup :) Merci pour ta bienveillance !

      • Entdaurog dit :

        T’inquiète donc pas !
        Là où ton billet m’a paru porter une certaine force, c’est que tu y abordes la question de l’origine des sexismes, quels qu’ils soient (sexisme ordinaire, y compris auto-accepté, brutalité sexiste), pour laquelle l’éducation de la génération suivante constitue un enjeu, éducation qui doit changer radicalement par rapport à celle que nous avons eue, sur ce point.
        Étant concerné au travers de mes enfants, je pense qu’il s’agit surtout de tenter de poursuivre la dynamique à mes yeux incarnée (dans mon univers personnel) par mes parents, qui sont probablement plus ouverts au monde que leurs propres parents, pour plusieurs raisons : il y a sans doute un effet mai 68, et un effet technologique avec le développement et la démocratisation d’outils facilitant le contact hors du canton : téléphone, minitel, prédécesseur d’internet, mécanisation, imprimerie, etc.
        Malheureusement cette progression n’a pas encore été suffisante pour que le choix d’un partenaire soit indépendante de marqueurs sociaux sélectionnés au cours de l’évolution : capacité visible à se défendre physiquement, bonne santé apparente, etc. Je veux croire que nous sommes une étape de cette dynamique, que des générations ultérieures pourraient atteindre (utopie, quand tu nous tiens), notamment avec nos efforts. Tu marques bien dans ton article le fait que ces critères de choix sont entretenus par les deux parties concernées, filles comme garçons.
        Et j’ai bien peur de déceler un recul dans notre société, sur ce point comme sur d’autres. Et le problème c’est que je ne suis pas sûr que de prêcher des convaincus suffise à faire évoluer le débat, mais qu’en même temps, je ne me confronte pas suffisamment aux idées autres pour savoir si c’est réellement utile. J’essaie, autant que possible, d’accepter l’autre dans sa différence ; mais je doute que ce soit suffisant si autrui n’est pas dans le même état d’esprit.
        Malheureusement également – et c’est un aparté par rapport à ton billet, l’évolution technologique est également synonyme de problème écologique ; et ce qui a pu favoriser une évolution positive dans l’ouverture au monde se trouve potentiellement entrer en conflit avec la pérennité de l’environnement tel que nous le connaissons. Et alors, quid du maintien du contact avec l’extérieur si l’on doit limiter l’usage de ces technologies sociophiles (en théorie du moins) ?
        Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’on ne peut pas dire que la France soit le pays le plus oppresseur qui soit, bien que la tentation liberticide y soit présente, comme partout ailleurs.
        Je suis tristement d’accord aussi sur la culture du viol, de la violence sexuelle en général, et d’une partie du rap que les djeunz ;-D écoutent. Pour l’instant, ma fille se limite à Big Flo et Oli. Cela me fait me poser la question de savoir dans quelle mesure je la laisse découvrir d’autres choses qui vont me déplaire (comme Booba and co), et dans quelle mesure je la protège de ce genre de média (enfin « essayer », parce qu’y réussir c’est une autre paire de manche dans notre société hypercommunicative).
        Je pense que nous n’avons pas, individuellement ou sociétalement, atteint un niveau de conscience où on accepte l’autre, et où on ne le juge pas ; simplement accepter le fait que chacun fait avec les ressources, physiques, psychologiques, émotionnelles ou autre, dont il dispose et dont il n’a pas demandé à être doté. Probablement est-ce le signe d’une insécurité personnelle de chacun sur sa place dans une société à laquelle il voudrait s’intégrer (notamment, mais pas forcément uniquement, parce qu’on lui a vendu cette société comme étant le but à atteindre). Et tant que l’ensemble de l’humanité n’aura pas atteint un sentiment de sécurité, donc tant qu’il y aura des guerres, famines, soif de pouvoir, etc., on n’y arrivera pas (et l’utopie fait son grand retour :-D).
        Bon, pas sûr d’avoir réussi à transcrire ce que je voulais. Mais je poste cette réponse quand même, je ne veux pas te laisser trop longtemps dans les affres de l’inquiétude !

        • Nathalie dit :

          “Malheureusement cette progression n’a pas encore été suffisante pour que le choix d’un partenaire soit indépendante de marqueurs sociaux sélectionnés au cours de l’évolution”

          Tu marques un point, j’avoue que je n’avais pas envisagé les choses sous cet angle. Quand je vois la vitesse à laquelle les gens oublient les deux guerres que nous avons traversées, et ce qu’elles ont amené d’horreurs, j’ai tendance à penser (un peu vite, semble-t-il) que les idées progressistes s’installent aussi vite que les cauchemars disparaissent. Que chacun vit dans le monde qui lui est contemporain, en gros.

          “e pense que nous n’avons pas, individuellement ou sociétalement, atteint un niveau de conscience où on accepte l’autre, et où on ne le juge pas (…)”

          C’est un sujet dont j’ai beaucoup discuté avec Mathias récemment et sur lequel je te rejoins : il y a des problèmes de fond qui constituent un terreau, ou un soubassement, notre société souffre de multiples fractures invisibles qui complexifient encore tout ça.

          Pour ta fille, je me disais que tout dépend de votre relation, j’imagine que plus elle va grandir plus les risques de conflit seront probables (mais pas obligatoires, je connais des tas d’ados qui s’entendent très bien avec leurs parents :)) Et si votre relation n’est pas conflictuelle, si elle se met à écouter ce genre de trucs, peut-être que juste discuter avec elle de pourquoi ça lui plaît peut amorcer une conversation plus profonde.

          • Entdaurog dit :

            “Tu marques un point, j’avoue que je n’avais pas envisagé les choses sous cet angle.”

            Je ne suis pas purement mécaniste : je ne considère pas que l’ensemble de nos comportements est exclusivement issu de mécanismes évolutifs, mais ces phénomènes ont indubitablement une influence sur nos comportements (tout le monde n’est pas d’accord avec moi sur ce point). Notre conscience n’est donc pas seule à intervenir dans nos attitudes / actes. Mais le fait de tenter de corriger ces attitudes / actes marque une volonté d’exercer une action sur notre propre évolution, ce qui est fascinant.

            “Quand je vois la vitesse à laquelle les gens oublient les deux guerres que nous avons traversées, et ce qu’elles ont amené d’horreurs, j’ai tendance à penser (un peu vite, semble-t-il) que les idées progressistes s’installent aussi vite que les cauchemars disparaissent. Que chacun vit dans le monde qui lui est contemporain, en gros.”

            C’est clair que nous avons une grosse capacité à oublier, y compris les actes les plus marquants (en bien ou en mal) de nos sociétés. Et j’ai le sentiment que les deux guerres mondiales sont malheureusement des évènements qui disparaissent peu à peu de notre conscience collective, mémoire essentiellement ravivée – malheureusement, encore – par les décès des derniers témoins de ces horreurs. D’où l’importance de l’éducation en classe et chez soi, sur ces points.

  2. Maloriel dit :

    Ahah féministe convaincue (mais convaincue aussi qu’il faut inclure les hommes et j’ai un homme viril par sa carrure mais qui fait un boulot de gonzesse), j’ai failli m’étrangler avec ma bière, certes, mais ma bière au mojito, un truc de nana, donc. Busted ! Hihi.
    Bon, plus sérieusement. Un tout petit peu parce que j’ai pas du tout envie d’être sérieuse ce week-end, je vais avoir 33 ans, merde, et j’ai décidé de réinventer le poème de Rimbaud, on n’est pas sérieux quand on a 33 ans (et je précise en cas de doute, que je comprendrais, que j’en suis à la deuxième gorgée de ma première bière).
    Je pense voir le type de féminisme que tu trouves toxique.
    Petit témoignage encore une fois. Je ne suis pas certaine d’en connaître les raisons exacte, mais pendant très longtemps, j’ai pas du tout aimé être une fille. L’une des conséquences assez désastreuse a été de ne pas assumer qui j’étais, y compris les parts de moi associées d’ordinaire au féminin. Ainsi il a fallu que j’attende d’avoir trente ans pour assumer que j’aimais le genre de la romance, à lire, à voir, et particulièrement à écrire. J’ai découvert en chemin qu’il y avait aussi des hommes qui aimaient ça. J’ai rencontré des hommes qui, comme moi, n’aimaient pas être des hommes et complexaient sur les parts associées à la masculinité de leurs goûts et de leur personnalité.
    Alors au fond je suis d’accord avec toi, ce dont on a besoin avant tout, c’est de plus de tolérance et de bienveillance.
    Joyeux déconfinement à tous :)

    • Nathalie dit :

      J’avais jamais pensé à ça, au fait que le “féminin” soit dévalorisé. Quand j’entends des garçons (je parle de jeunes, là) dire “bah, c’est des trucs de filles”, j’entends plus une incompréhension qu’un mépris, de même que les “trucs de mecs” font sourire les filles sans qu’elles trouvent forcément ça débile (enfin, si, sans doute un peu, mais pas de manière méchante.)

      C’est marrant parce que j’ai jamais spécialement aimé être une femme, mais je ne l’ai jamais pensé comme une question de genre, je ne me suis pas dit que ça serait mieux d’être un mec. Ça me fait chier de pouvoir enfanter, ça me dégoûte d’avoir mes règles et j’ai jamais spécialement kiffé mes seins ni ma chatte (désolée d’être vulgaire mais bon, je sais pas comment aborder le sujet sans nommer les choses.)

      En revanche ça m’a jamais ennuyée d’être émotive ou d’adorer le rose et la lecture, je ne me suis jamais sentie diminuée… Peut-être parce que je n’aime pas que ça ? Parce que j’aime aussi l’horreur, la sf et les jeux vidéos ? Mais j’ai quand même l’impression qu’en vrai, personne n’aime “que les trucs de filles” ou “que les trucs de mecs”… Si ?

  3. Esther dit :

    Comment dire… Je ne suis absolument pas d’accord. Et j’ai un peu la flemme d’expliquer ce que certaines ont si bien décrit, analysé. Je vais essayer de rester la plus pédagogue possible.

    Je vois ton article comme un billet d’opinion, d’humeur. Tu nous donnes ton point de vue depuis tes expériences et ton ressenti. Mais à côté y a des chiffres et des faits. On sait combien de femmes meurent en France sous les coups de leur mari, on sait qu’il y a encore un écart de salaire entre les hommes et les femmes, on sait que la majorité des viols sont commis par les hommes et que la plupart des victimes sont des femmes, bien sûr il y a aussi des hommes victimes (je suis un bon exemple) mais comme on est dans une société patriarcale et sexiste ils se taisent par peur d’être moqués et rejetés.

    Le féminisme et les féministes n’ont pas pour but de castrer ou de buter tous les hommes, mais d’obtenir les mêmes droits et le même respect. Par exemple est-ce que t’as déjà vu une meuf se frotter à un mec dans les transports en commun ? Est-ce que t’as déjà vu une meuf dire à un mec comment elle le trouve trop beau et comment elle voudrait le baiser ?

    Le féminisme c’est aussi apprendre que ce qui traditionnellement considéré comme féminin n’est pas naze ou moins bien ; les fringues, le maquillage, le rose, la faiblesse, l’émotivité.

    Je m’arrête là car sinon je risque de m’éparpiller encore plus.

    • Nathalie dit :

      Mais je n’ai jamais dit le contraire ! Je n’ai nié aucun des faits que tu me rappelles et là n’était pas mon propos.

      Le billet de Pauline porte sur son livre à paraître dont le titre est Moi les hommes, je les déteste et dont l’idée sous-jacente est, d’après ce qu’elle dit pour le présenter, que “c’est ok d’être misandre”. C’est cette assertion qui me rend malade. Pour moi, non, c’est pas ok de haïr une catégorie de personnes, et encore moins de le clamer.

  4. Kellya dit :

    Merci d’avoir explicité ta réponse à Pauline, je comprends vos deux points de vue qui alimentent grandement ma réflexion. Si j’ai hate de lire son livre, je suis généralement d’Accord avec toi sur le fait que ni la haine ni la catégorisation ne sont les solutions au problème, meme si nous sommes toutes d’accord que le problème est réel.
    Et comme toi, je trouve qu’en particulier la nouvelle génßeration nous montre cette voie de l’acceptation de la différence chez soi et chez les autres, avec il me semble beaucoup d’ouverture.
    C’est peut-etre du au fait que j’ai un homme bien plus féministe que moi et que je vis dans un pays sans gros relous (comme quoi c’est pas si dur!) mais je pense qu’on doit y travailler tous ensemble.
    Aprés, j’ai une haine viscérale de la violence qui me fait comprendre une certaine mysandrie, non contre tous les humains nés avec un truc qui pendouille entre les jambes, mais contre ce qu’est un “vrai homme” dans notre société.

    • Nathalie dit :

      Merci beaucoup pour ton retour qui m’a fait beaucoup de bien car comme tu peux le voir j’ai hérissé le poil de mes lectrices féministes et j’ai souvent l’impression que clairement, je m’exprime mal. Ça me soulage de savoir que lisant aussi Pauline, tu comprennes mon point de vue.
      Je te rejoins par ailleurs sur ta conclusion et je pense qu’il y a également pas mal d’hommes qui haïssent ce modèle qui ne leur correspond pas. Je ne veux juste pas utiliser le terme “misandre” parce que pour moi il ne permet pas de distinguer le macho de l’homme en général. Mais effectivement c’est un modèle qui me révulse depuis bien longtemps (même physiquement, j’ai toujours préféré les hommes “efféminés” ;))

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