Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Septembre orpailleur

Septembre s’est coulé dans le mois d’août, tranquillement. Il l’a mordoré de ses souvenirs.

in the woods

Mais enfin, t’étais où, Gwen ? (au fait, elle est pas grave black metal, cette photo ?)

C’était tellement bon de voir mes amis, et pas seulement parce que c’était eux (même si, évidemment.) Mais j’étais . Pas déjà fatiguée, pas auto-jet-laguée par avance, exprès même si pas toujours très consciemment. J’étais là, parce que j’étais sereine. J’avais envie qu’on aille se balader tous ensemble, et pas de dormir toute la journée en attendant la nuit. Et j’étais tellement contente qu’Alan aime la maison, et que Mu se sente autorisée à fumer sur la terrasse à peine levée.  J’ai eu la sensation que tout était aligné, respirable et apaisé. Que chacun se sentait à sa place, et peut-être, sans doute, que c’était déjà le cas avant, mais moi j’étais alignée et apaisée, et pas fiévreuse ni montée sur piles.

Et c’est comme ça qu’Août s’est dissolu dans Septembre. Sans heurts ni ecchymoses.

crépuscule

Cette année, j’habite tout près de mon travail, alors le temps se dilate. Il n’y a plus d’heures creuses, de celles que j’ai passées engoncée dans ma voiture même en hiver, pour échapper à la salle des profs glaciale de Saint Jo’, ni de celles – appréciables – où j’espérais que Julien ou Stéphanie seraient en pause en même temps que moi. Je squatte toujours ma caisse – cinquante minutes max -, mais j’y corrige quelques copies en fumant des clopes, et ce n’est plus si grave de m’y réfugier, maintenant que je rentre chez moi pour déjeuner, et que de midi à quinze je recharge mes batteries.

J’ai le temps d’écrire à Thierry, de causer avec ma sœur sur Telegram, d’aller me baigner avec elle et de préparer mes cours. Quand la culpabilité me gagne, d’être si heureuse, d’avoir tant de temps, je n’oublie plus que oui, j’ai “de la chance”… Mais aussi, que pour se faire, j’ai accepté un poste dont je ne voulais pas parce qu’il me terrifiait, et que merde, je n’y arrive pas, autrement. Enfin, bien sûr, j’y arrivais avant et je pourrai sans doute encore. Je le ferai si on me le demande, si je n’ai pas le choix. En attendant, je vais pas me flageller de m’être remise en question, et d’avoir obtenu en échange quinze jours de vacances toutes les sept semaines. Certainement pas. Sept, septembre, cet ambre au bout des doigts qui pâlit lors des nuits fauves, et luit toujours dans les ténèbres.

thé noir litchi rose

brume sur Pabu

La même qu’il y a quelques années, évidemment…

Septembre est si insolemment costarmoricain, cette année. Brumeux comme Octobre à l’aurore, clair et bleu au soir tombé.

Ce matin, je ne savais pas si je voulais rentrer me lover sous un plaid et reprendre la lecture de Bifrost, ou partir, comme cette année-là ; mais cette fois la mer se diaprait de pluie, et les blés endormis contre les nuages invitaient à la contemplation depuis une fenêtre close, une tasse de thé à la main. Je suis partie. Je suis allée offrir des chouquettes à mes anciennes collègues de Stella, m’emplir de leurs sourires et m’émerveiller de leur ouverture d’esprit. Sans doute, tout simplement, suis-je allée retrouver des gens que j’aime pour partager un café. Puis retourner chez moi en écoutant Windir, et profiter de mon lundi, où je n’ai qu’une heure de cours, pour préparer les séances de la semaine et, bien sûr, me lover sous un plaid en écoutant Dargaard.

hirondelles en automne

Les hirondelles m’ont souvent donné l’impression de vivre un remake des Oiseaux. On n’en voit pas la moitié, là !

araignée de maison

chat de campus

Prendre une photo à travers le parebrise = pointillisme. Rien à voir avec une mauvaise technique :P Ce chat squatte le campus avec la prestance d’un hôte habitué aux invités impressionnés.

 

J’ai essayé de prendre une photo par jour, de trucs que je trouvais jolis ou chouettes, et puis évidemment je n’ai pas réussi, mais j’ai conservé l’habitude de remarquer de petites choses que je note, pour plus tard ou juste parce que. Je ne veux plus laisser filer le temps, maintenant que je l’ai.

portail du square

À deux pas du lycée.

J’aime tellement le mois de Septembre. Je m’y réinvente dans l’été finissant, il n’y a pas encore la lassitude des jours trop courts ni des heures trop longues. La lumière a perdu de son ardeur, pourtant elle n’est pas livide comme en Décembre. Juste un peu d’ivoire dans la clarté fauve. Septembre est toujours une promesse, n’a rien d’un renoncement. On s’y épanche et s’y balance, là, juste un peu las, juste ce qu’il faut de mélancolie parce que tout fait sens.

Les bières n’ont pas le même goût : elles sont moins nombreuses. L’ivresse se dissipe dans une fatigue qui tient plus de la langueur. J’ai envie de lectures “au coin du feu” (plus Shirley Jackson que contes de Noël !) J’ai envie de chants qui résonnent. S’il y a une époque où j’ai envie de m’écouter, c’est bien celle-là. Je sais que l’hiver sera rude. Septembre est un seuil sur lequel j’aime m’attarder, le seul que je ne franchisse pas en courant.

Il y a encore tant d’instants que je ne vis pas. Tant de secondes perdues au fil des pensées, consumées dans l’anticipation, l’appréhension surtout (je n’anticipe jamais les “bons” moments, bizarrement !)

Août qui se perd parce que le 22. Août qui ne ressemble à rien, en fait, alors que ce devrait être la panacée. Octobre qui défile jusqu’à Samain (c’est mon côté rive gauche, je ne dis pas “Toussaint” ou “Halloween”, je dis Samain.) Novembre, le repli, Décembre l’agonie et Janvier, Janvier la renaissance avortée et puis les portes closes de Février et enfin Mars. C’est long, et c’est bête, aussi. Toujours est-il qu’en Septembre je respire mais ne redoute pas.

chat à la fenêtre

 

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2 réponses à “Septembre orpailleur”

  1. Eliness dit :

    Oui pour QNTAL qui accompagne inlassablement mes automnes, et oui pour ces merveilleux morceaux choisis – je reconnais si bien l’angoisse qu’ils nous filent sans cesse entre les doigts ; pour me consoler je me dis que c’est peut-être ce qui leur donne tant de valeur. Tellement de douceur mélancolique, associée à l’entrée dans cette saison que j’aime tant. Ça me plait, de voir des photos que tu as prises accompagner tes mots :)

    • Nathalie dit :

      Je n’ai jamais été très convaincue par l’idée que l’éphémère donne leur valeur aux choses mais qu’importe : la mélancolie n’est pas si désagréable et colore ces instants d’une jolie aura fauve.
      Merci d’avoir pris le temps de poser ces mots ! <3

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