Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Billets par thèmes

Au hasard :

Les archives

Phlébite : mes tribulations médicales

Je sors de chez le médecin et je suis contente d’avoir été – enfin ! – prise au sérieux. Je ne sais pas si c’est un problème de sexisme ou si ça concerne tous les cli- pardon, les patients, mais je trouve qu’il est bien difficile de mettre la main sur un médecin qui ne sous-estime pas vos maux (ou qui ne les balaie pas carrément d’un revers de main, tant qu’à faire.)

Quand je suis retournée à l’hôpital, en janvier, j’étais certaine que quelque chose n’allait pas. Le mollet dur comme du bois, la lourdeur dans la jambe… sans compter le pincement désormais caractéristique, en bas du dos. C’est comme ça qu’avait commencé la phlébite précédente : au bout de trois jours, j’avais si mal que je peinais à me tenir droite. J’avais pris rendez-vous un samedi matin, en urgence. Le médecin, au bout du fil : « Oui mais alors, normalement, le samedi c’est pour les urgences.
– Et ça l’est, je peux à peine marcher.
– Moui. Disons dix heures. »
Sur place, je lui ai expliqué que ça faisait un peu comme avec une sciatique, mais ça collait pas parce que j’avais mal dans la jambe gauche. J’arrivais pas à expliquer précisément, mais je boitais fort, déjà. Elle m’a dit avec une certaine indifférence que c’était « probablement un lumbago, c’est très courant. Prenez des anti-inflammatoires. Et marchez, c’est important. »

Trois jours plus tard, j’avais le mollet bleu et enflé, je ne pouvais plus poser le pied par terre et aux urgences, après avoir été examinée par un type qui a eu l’audace de me demander si j’étais bien sûre que c’était gonflé, j’ai été alitée avec interdiction de me lever. Après quoi, j’ai passé une semaine à l’hosto, dont deux jours à délirer de fièvre et avec la pire douleur que j’aie jamais ressentie : une embolie pulmonaire, c’est hardcore.

À ma sortie de l’hôpital, j’ai revu la meuf qui m’avait prescrit des anti-inflammatoires. Elle ne s’est pas excusée : je pense qu’elle ne se souvenait même pas de moi. Moi, je me rappellerai longtemps la conne qui m’a littéralement envoyée à la mort en me conseillant de marcher, histoire de bien faire remonter le caillot dans mes poumons.

Et donc en janvier, rebelote. Enfin, pas avec le personnel de Guingamp : eux m’ont prise au sérieux. Mais après, j’ai vu un médecin pour suivi, à l’hôpital de Saint-Brieuc. Une femme, encore – j’ai souvent été traitée avec mépris ou circonspection par des médecins femmes, c’est pour ça que je précise. Elle était très dubitative. Je veux dire, elle faisait son travail sérieusement, mais elle semblait penser que, puisqu’on n’arrivait pas à trouver de causes à mes deux phlébites, et puisque pour la seconde, il n’y avait d’après elle pas de preuves tangibles (impossible de dire, à l’écho, si ce qu’on voyait n’était pas les séquelles de la précédente, et parait-il que mes analyses, qualifiées de mauvaises à Guingamp, ne l’étaient pas tant que ça.) Du coup, ça l’embêtait de me laisser sous anticoagulants, parce que c’est une médication dangereuse.

Déjà, j’avais envie de lui faire remarquer que, si l’écho n’était pas claire, mon ressenti lui, ne laissait aucune place au doute. Je sais encore identifier quand mon mollet se raidit et quand ma jambe pèse le poids d’un morceau de bois mort qui serait resté deux mois dans la flotte (oui, j’exagère :))

C’est ça que je trouve dingue, en fait : ce serait pas mal de prendre en compte ce que je ressens et de partir de là. En plus, je ne suis pas du genre hypocondriaque, je ne profite pas tellement de la sécu. Je vais hyper rarement chez le médecin : la preuve, la première fois, j’ai attendu déjà bien trop longtemps avant de consulter. J’attendais que ça passe. Donc, merde ! Ça me fait penser à cette histoire de stérilet hormonal, là, le Mirena. Des mois que des femmes dénoncent des effets secondaires, et que le corps médical les envoie chier, genre c’est dans leur tête. Mais quel mépris ! C’est lamentable.

Bref. Donc, le médecin de Saint-Brieuc, elle n’est pas très chaude pour renouveler l’ordonnance. De mon côté, je suis pas hyper chaude pour refaire une phlébite tous les cinq ans. J’aimerais qu’on me suive un peu plus sérieusement.

Donc, je suis allée voir le docteur, à Plouha. Un acupuncteur, que j’ai même entendu orienter un patient vers un magnétiseur oO Je le connaissais déjà, je l’aime bien. Il écoute.

Je lui ai expliqué que je voulais avoir un interlocuteur régulier à propos de cette phlébite et je lui ai fait part de mes doutes concernant l’arrêt du traitement. Il m’a répondu qu’il était d’accord, qu’en l’absence de causes explicites, on pouvait conclure que je risquais d’en refaire. Alors on reprends les analyses à zéro pour identifier, peut-être, des causes possibles, analyses qu’on approfondira si nécessaire. Et il est probable que je reprenne le traitement, à vie.

Franchement, je me sentirais plus rassurée avec un traitement potentiellement dangereux, mais suivie régulièrement, que sans rien et sans suivi non plus !

Je vous raconte tout ça parce que ça m’interpelle, cette manière d’infantiliser des gens qui sont pourtant les mieux placés pour dire ce qu’ils ressentent. Les médecins, il me semble que leur rôle devrait être de creuser, pour déterminer la gravité du mal. Et si c’est pas grave, tant mieux, je crois pas qu’il existe des gens qui souhaitent tomber malades. Mais dans mon cas, ça a été grave, donc potentiellement, ça peut le redevenir.

Puis comme ça, vous connaissez les symptomes :)

[Edit]J’ai trouvé cet article intéressant : à propos du nouveau livre de Martin Winkler. Et y’a celui-là aussi, il est carrément terrifiant. Je cite un tweet lui-même cité en fin d’article : « À force de vivre dans le luxte, la moindre contrariété devient insupportable. » Je sais pas, mais, quand on parle de femmes humiliées (au mieux) ou blessées par leurs médecins, le mot « contrariété » me… chifonne.

Billet précédent : | Billet suivant :

Actus et projets

Aux côtés (entre autres !) de Léo Lallot et Anthony Boulanger dans De la corne du Kirin aux ailes du Fengchuang.

Coups de coeur



Mes liens