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« Le grand amour »

Parmi les choix que j’ai faits dans ma vie, il y en a un que j’avais du mal à assumer quand j’étais plus jeune : je n’ai connu qu’un seul homme.

Sans blague ? La honte !

Quand j’ai rencontré celui qui partage ma vie, j’avais dix-neuf ans. Nous sommes « sortis ensemble » au bout d’une semaine et avons couché ensemble quelques jours plus tard. C’était ma première fois. J’avais déjà fréquenté des garçons avant, pas beaucoup (cinq, si on compte les baisers sans suite;)) mais je n’avais jamais eu envie d’aller plus loin avec eux. D’ailleurs, à la fac, j’ai eu une histoire avec une fille et il m’est arrivé aussi d’en draguer : à l’époque, j’en étais venue à penser que je n’aimais pas les hommes et que ça expliquait ma réticence à me mettre au plumard avec eux.

Et donc, quand j’ai commencé à sortir avec M. et à passer des soirées avec nos amis, j’étais très mal à l’aise quand arrivaient sur le tapis les conversations plus feutrées et coquines qu’on peut avoir entre filles après quelques bières. Je n’aurais jamais osé leur avouer que cette relation était la seule véritable que j’ai connue (dans le sens où non seulement c’était ma première histoire d’amour, mais aussi et surtout que j’y avais perdu ma virginité).

Quelques treize ans plus tard, je n’ai plus ces réticences, car j’estime que ce choix ne regarde que moi (dixit la fille qui en fait un billet blog ^^) parce qu’il n’a pas d’incidence sur la vie d’autrui. Je fais ce que je veux, quoi. Mais quand j’ai tapé « je n’ai connu qu’un homme » dans mon moteur de recherche, je suis tombée sur les mêmes arguments que j’ai toujours entendus, les mêmes qu’une personne s’est permis de me présenter récemment, et des questions du genre « est-ce normal ? » voire même « est-ce possible ?! »

Outre le fait que je trouve assez déplacé que les gens se permettent de commenter des décisions qui ne les concernent nullement1, je trouve leurs arguments plutôt creux.

Quand tu regarderas en arrière tu regretteras peut-être de n’avoir pas profité de ta jeunesse

Euh, ça veut dire quoi, exactement, « profiter de sa jeunesse » ?2 Déjà, j’essaie de profiter de ma vie entière, pas juste d’un petit bout. Avec M., on boit des coups, on discute énormément, on voyage, on regarde des films, on… baise, et laisse-moi te dire qu’en matière de sexe, je me sens parfaitement épanouie (pardon, belle-maman, pardon, mais c’est important de le préciser;))

Comment tu peux savoir que c’est le mieux pour toi, si t’as pas essayé autre chose ?

Je n’en sais rien. Je ne pense pas qu’il existe un idéal transcendant qui m’attend quelque part. Et le sexe (puisqu’au fond c’est toujours de ça qu’il s’agit), ça s’apprend. A contrario, j’ai eu une amie qui à l’époque est sortie avec pas mal de mecs, et elle n’était jamais satisfaite. Elle disait qu’aucun ne lui avait donné d’orgasmes. À mon avis, ça venait du fait qu’elle considérait les hommes comme des outils pour atteindre le plaisir, alors que ça se construit à deux, c’est pas mécanique (enfin si un peu mais vous comprenez quoi). Et ça fait treize ans que j’ai des conversations approfondies (hum) sur le sujet avec mon mec, ce qui fait qu’on se connaît très bien et que donc on s’éclate au pieu.

Puis je déteste l’argument de « comment tu sais si t’as pas essayé ? » Et toi, comment tu sais que t’es hétéro si t’as pas essayé les hommes ? Comment tu sais que t’as pas envie de nager avec les requins si tu l’as jamais fait ? Comment tu sais que tu veux des enfants puisque t’en as jamais eus ? Ouais, t’as vu c’est complètement absurde…

C’est bien de multiplier les expériences

Là encore, je ne vois pas pourquoi. Les gens, ça se collectionne pas. Et une relation, amicale ou amoureuse, c’est long à construire. Je ne suis pas sûre qu’il faille en détruire plusieurs pour découvrir les pièges à éviter. Si tu veux, je pense pas que ce soit comme dans Skyrim, où tu dois détruire les armes enchantées pour apprendre le sort qu’elles contiennent, et réaliser tes propres combos de la mort. (ah mais si c’est une super idée ça : casse les couples de tes amis, plutôt que de multiplier les « expériences »… Ça te sera plus profitable et moins douloureux !)

Bah, tu sais ce qu’on dit : au bout de trois ans, crac !

… bof, tu sais ce qu’on dit, au bout de cinq ans… de sept ans… de quinze ans… Mais t’es jaloux ou bien t’espère sincèrement qu’on se sépare ?

C’est que parmi les commentateurs de ta vie privée, il y a ceux qui sont sincèrement interloqués, mais y’a aussi les cyniques. Par exemple, sur un forum de aufeminin.com, j’ai trouvé une personne qui dit : « Et je te rassure on se l’est tous dit « celle là ou celui là c’est la bonne j’en voudrais plus jamais d’autres ». » Comment dire… Avoue qu’on ne comprend pas trop ce que tu veux dire, ou plutôt qu’on comprend un peu trop bien que ce qui t’arrive à toi est une vérité universellement partagée, tout le temps.

Je suis comme les autres

Vous savez, je me rince toujours l’œil sur les beaux mecs (et nanas d’ailleurs) et je sais qu’en temps de crise, il peut être tentant d’aller voir ailleurs. Mais je ne crois pas que ce soit différent pour les gens qui ont eu plusieurs partenaires. Je n’ai pas remarqué qu’ils divorçaient moins que les autres. D’ailleurs, je ne crois pas qu’il existe de statistiques prouvant que la personne idéale pour vous se fera connaître au bout de X partenaires !

Ce que je crois, par contre, c’est que l’amour déjà c’est pas un truc censé te rassurer sur ta propre personnalité. Ton partenaire, tu l’aimes pour ce qu’il est, tu lui demandes pas d’être plus ci ou moins ça. Puis je pense que ça s’entretient : on va pas nier la part de séduction nécessaire dans un couple, et si au bout de quelques années tu oublies « la séduction et les gestes tendres » pour reprendre les mots d’une autre personne sur le forum dont je parlais, bah ton couple va s’étioler, c’est sûr. Et c’est pareil pour ton partenaire, évidemment. En bref, ton couple, tu passes ta vie à le bâtir (comme tes relations amicales, d’ailleurs).

Peut-être qu’un jour je n’aimerais plus M. ou qu’il ne m’aimera plus. À ce moment-là je me sentirais sans doute désarmée à l’idée de séduire quelqu’un d’autre, et de coucher avec quelqu’un d’autre. Peut-être. Mais si en te mariant la première chose que tu te demandes, c’est comment remplir des papiers de divorce, pardon, mais…


1 Parce que comme l’a dit Marie un jour, il me semble, les gens qui commentent ta vie s’en foutent, en fait. Ils n’ont pas l’intention de changer d’avis ou même de vraiment t’influencer… ils veulent juste te faire savoir qu’ils détiennent la vérité.

2 Je fais semblant de ne pas voir que pour toi il existe un âge limite après lequel la vie devient un chemin de croix, parce que je trouve ça très triste.

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Aux côtés (entre autres !) de Léo Lallot et Anthony Boulanger dans De la corne du Kirin aux ailes du Fengchuang.

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