Les films
Après les films qui m’ont traumatisée, je décide d’enchaîner avec ceux qui n’en ont pas eu l’occasion, parce que j’avais refusé de les voir.
Je commence avec American History X, que j’ai beaucoup aimé, mais qui me laisse tout de même perplexe. Je trouve un peu bizarre cette histoire de nazis qui finalement sont des gens bien mais trouvent une fin tragique parce que les gens en face ne savaient pas qu’ils étaient gentils, au fond. J’ai l’impression que ce qu’on me dit, c’est que le nazi n’est pas pire que le « Négro » : après tout, ils ont tous la haine. Je trouve aussi que la rédemption du personnage de Norton est racontée trop rapidement pour être convaincante. On voit un connard macho rentrer en prison, puis on le voit en sortir transformé en gentil garçon honorable. Pour son frère, c’est encore pire. Une journée et le récit des sévices subis par son aîné suffisent à lui faire abandonner tout ce en quoi il croit. Je trouve ça difficile à avaler.
Après discussions avec celle et celui qui l’ont vu à l’époque, je comprends que certainement j’aurais été bien plus impactée si je n’avais pas attendu vingt ans et autant d’autres films pour le regarder. American History X, au moment où il est sorti, a fait l’effet d’un bon coup de poing dans le plexus à ses spectateurs, parce qu’ils étaient jeunes et n’avaient jamais rien vu de pareil, certes, mais aussi parce que sa violence n’avait alors rien de galvaudé.
Présenté comme un found footage, Late night with the Devil est « en réalité » l’enregistrement d’un late show à l’américaine – donc ça ne bouge pas, au cas où tu souffrirais comme moi de motion sickness.
La prestation de David Dastmalchian est hallucinante. Je suis incapable de dire quand le personnage qu’il joue est le présentateur habitué et cabotin ou le personnage sincèrement désarçonné. Son visage, ses mains, font l’équivalent de fritures à l’écran, on sent qu’un truc bugue, on n’est sûr de rien. On plonge dans le film comme dans une véritable télé-réalité, en spectateur naïf.
Ce film est brillant. Jouant avec toutes nos attentes, les contrefaisant à la manière du démon qu’on attend de voir. J’ai jamais vu un film renouvelant à ce point le film de possession. Le renouvelant tout court, devrais-je dire.
Et j’allais aussi dire que la fin était trop grossièrement allégorique pour moi. Mais pas du tout : aucun changement de tonalité, aucun moyen de savoir si on se fout de ma gueule ou pas. Jack regarde la Fucking camera en face, putain. Jusqu’à, dans les dernière secondes, me prendre à revers. Brillant, vraiment.
(Ingrid Torelli est assez bluffante aussi)
Réalisé par un mec, Megan is missing, du moins le début, me semble la meilleure représentation que j’aie vue de la connarditude des mecs envers les nanas, et de la stupidité crasse des filles qui se prêtent au jeu : on y suit une meuf que ça perturbe et débecte, et ses consœurs la conspuent, ce qui me semble assez représentatif de ma propre expérience.
Les portraits des deux filles sont incroyables. Tellement… véridiques, je reconnais tellement mes mômes à défaut de m’y reconnaitre moi. Enfin, je dis ça, je ne fais que projeter, donc celle que j’y reconnais, en fait, c’est moi. Bref.
Tellement immonde, aussi, toute la partie « télévisée », où tout le monde rappelle combien Megan est formidable, populaire surtout. Genre, si elle était moche et harcelée, pourquoi s’alarmer ou se fatiguer à la chercher ?
Au final, « Film malhonnête exploitant la violence qu’il prétend dénoncer, ou œuvre nécessaire dont la brutalité constitue précisément le cœur du propos ? »
Ni l’un ni l’autre. Je dois être blasée : j’ai vu bien plus brutal, mais aussi beaucoup moins documentaire, c’est vrai. J’ai regardé les vingt-cinq dernières minutes en accéléré, parce que comme on se le disait avec Maloriel, je ne supporte plus de m’infliger des images de tortures perpétrées à l’encontre de femmes. Ce n’est pas le propos ici, – ou ça l’est totalement, mais pas pour les raisons habituelles. Reste que c’est le lit de 99% (à la louche) des films d’horreur physique. Mais, honnêtement, rien de gore ici. Un TW viol – mais on ne voit « rien », on devine, et un TW séquestration.
Je lis dans la description : « Le film est réalisé par le chef op Michael Goi qui affirme avoir voulu dénoncer les dangers d’Internet et des prédateurs qui y rôdent. Pour cela, il prit une approche radicale : mettre les deux pieds dans le plat, et, à vrai dire, tout le reste du corps avec. Hypersexualisation des adolescentes, démolition du mythe de la « victime parfaite », portrait écœurant d’un patriarcat qui conditionne les jeunes filles dès l’enfance… »
Sauf que non, je ne trouve pas que les ados soient hypersexualisées dans ce film. Elles ne le sont que dans l’œil d’un mec, si tu veux mon avis, ce qui en dit très, très long, et interroge effectivement sur la portée du film, mais pas dans le sens entendu par le (la ?) critique de Shadowz. Parce que si les spectateurs ne se rendent pas compte que ce sont eux qui sexualisent des gosses de quatorze ans, alors le film ne sert à rien.
À ce compte, je préfère largement Megan is missing à Innocence, qui était pourtant réalisé par une femme. Parce que dans Innocence, le regard de la caméra était clairement libidineux, ce qui m’a rendu le film insoutenable. Ici, je me répète, on ne voit que des adoes qui jouent avec leurs corps parce que c’est ce qu’elles croient devoir faire, mais elles restent, visuellement, des gosses, sur lesquelles la caméra porte un regard très neutre (c’est du found footage, les images viennent de leurs propres caméras, dont elles font un usage perso.) Et ce n’est pas le patriarcat qui conditionne des jeunes filles dès l’enfance, ce sont des hommes qui abusent de leur pouvoir, des femmes qui préfèrent leur sécurité à celle de leur propre fille, et des enfants perdues dans une société qui tout entière leur dicte d’être des objets. Femmes comprises, donc ; on entendra ici pour la dernière fois ma haine des victimes qui n’en sont pas, des femmes qui ont tout le bagage nécessaire pour dire non, mais qui préfèrent se complaire dans la détestation d’autrui pour ne pas affronter celle d’elles-mêmes.
Musique
Je regarde Solann danser sur Les loups chez Ambre et j’avoue un sacré crush.
Ça me fait penser à Clara Luciani parce que je l’aime beaucoup (musicalement), je vais sur YT mais sur la page d’accueil il me propose un nouveau live de La Bande Son Imaginaire, et c’est toujours aussi bien.
Et y’a ça, aussi :
On dirait que ces gens ont absorbé le surréalisme, Artaud et leur propre folie en une seule gorgée, et je suis trop, trop fan. Ça ferait un duo absolument dingue avec Amduscia ou Hocico.
J’ajoute sur Tidal un morceau de Sxid, qu’il me propose parce que Moya a tapé « sxwd » sur le clavier. Je me suis dit que j’allais écouter ce que le destin m’avait mis entre les oreilles, et j’aime beaucoup.
Il est là, le dernier Hocico ! J’écoute des bouts en fonction des titres et certes il est tard, je suis fatiguée donc facilement enthousiaste, mais pour la première fois depuis longtemps, au milieu du vieux, j’entends du neuf.
Et tu sais, j’aime toujours tellement Indo, même quand ils tournent en rond. No Name, c’est une chanson qui me rend heureuse. De toute façon, j’aime toujours écouter Indo quand il fait chaud. J’ai des tas de triggers en été. Des terribles et des formidables. Une étrange saison.
S’ensuit une heure en boucle de Station 13, La vie est belle et Le chant des cygnes.
Ajouté y’a un moment, le dernier Culture Kultür ressemble très fort à du Frozen Plasma. La poule, l’œuf ? Qu’importe, après tout. C’est très mauvais, je crois, mais leur musique me rend heureuse, elle aussi.
À un moment, évidemment, j’ai regardé des vidéos de Nachtblut.
Tellement pas un showman, Askeroth. Si concentré. On dirait toujours qu’il mâchonne un truc ou qu’il respire comme un poisson hors de l’eau. Mais bon, ses jambes moulées dans son pantalon à lanières et ses grosses godasses. J’suis in love comme à quinze ans, que veux-tu, sauf que j’ai noté son petit bide à bière de quarantenaire, et que je trouve ça trop choupinou. In love comme à 42 balais, quoi.
Réflexions
Je lis chez Courant Noir ce paragraphe qui résonne très fort et dont j’avais déjà évoqué l’idée centrale :
« Depuis un moment déjà, je lis ou vois de loin beaucoup de récits qui mettent en avant des femmes fortes, guerrières, des femmes qui luttent et qui gagnent, qui usent de leur voix voire de leurs poings. C’est super, je n’ai rien à redire, j’ai d’ailleurs moi-même aimé cette façon de voir les femmes, surtout quand j’étais plus jeune (et encore un peu aujourd’hui). Mais je cherche autre chose désormais, comme si j’étais fatiguée de me battre et que j’avais besoin de calme. J’aimerais voir des femmes fragiles mais qui ne se font pas marcher dessus. Des femmes avec des fêlures plutôt que des hommes. Des femmes fragiles mais sensées, dont on respecte la fragilité et la banalité, des femmes qui, si elles ont été violentées, sont aidées, aimées et soutenues comme elles le méritent mais sans pathos ni contexte combatif. Des femmes cassées mais indépendantes, capables de décision, incapables de décision aussi et alors épaulées sans syndrome du sauveur. Des femmes comme on en croise tous les jours, finalement. »
Son passage sur les cheveux vaut le détour aussi !
Sans métaphores, on ne peut pas vivre au quotidien.
T’ai-je dit à quel point je kiffe l’infusion aux jeunes feuilles de mûrier du jardin ? C’est une question rhétorique, je sais que je ne l’ai jamais dit.
Courant noir demande : « Maintenant je pose la question : comment peut-on rendre Jane Eyre 2026 friendly ? Doit-on le faire ? Vous avez deux heures. »
Ma réponse, en deux secondes : doit-on le faire ? non. Rendre l’Histoire 2026 friendly, c’est l’effacer. Il y a déjà assez de gens dehors qui croient que tout leur est acquis.
Le 26, après deux jours de canicule (34 degrés en Bzh. Vous en êtes où, vous, les sudistes ?), il a plu. Deux minutes. Mais deux minutes magiques. Et il fallait une canicule pour que je trouve la pluie magique, alors, je ne sais pas… L’un dans l’autre, je crois que j’apprends à apprécier, tout simplement.
– Bryan Larsen, A new point of view
– Marion Adnams, The lost infanta
– Olga Tupikova, Before the storm


Haaa j’avais bien aimé aussi Late night with the devil, j’ai trouvé la montée en tension brillante (donc j’ai détesté la subir évidemment :D) tout comme les acteurs – chouette que tu en soies aussi enthousiaste !
Mais tu vois toujours des films de dingue, quand moi j’ai l’impression de les « découvrir » via Shadowz 😀
En tout cas, oui j’ai adoré, et j’aime bien subir ces montées en tension – parce qu’elles sont rares et que je les perçois donc comme cathartiques 😉
Je vis avec un grand cinéphile et on suit les recommandations de quelques critiques plutôt compatibles avec nos goûts, ça aide beaucoup 🙂