Pas de leçon de morale, juste un jeu de mot pourri en référence au billet que j’avais consacré à l’IA.
L’écriture est toujours là, fragmentée en dizaines de pages. Je t’ai déjà avoué, je crois, que je n’avais jamais su vraiment rédiger les coutures. Avec ma petite appli perso, je dispose désormais de tout un tas de contenants, calibrés pour recevoir mes pensées morcelées. Quid du partage et de la richesse des échanges, lisais-je ici ? La question me semble sans objet. Il était grand temps, ceci dit sans aucun drama, que je fasse « custom », pour moi, sans confrontation à l’extérieur.
Ce qui me rend curieuse, en revanche, c’est de découvrir ce que je vais continuer de partager. Plusieurs fois, je me suis dit « ah tiens, ça ferait une bonne idée de billet », voire « cette entrée pourrait constituer un article de blog à part entière ». Ça ne s’est pas terminé de cette façon, parce que conserver ces pensées pour moi m’a suffi. Je me rends compte que le blog public m’a, en tout premier lieu, surtout apporté les outils dont je ne disposais pas. D’ailleurs, j’ai longtemps blogué sans lectorat. La richesse des échanges, les rencontres, ça n’a jamais été réellement pour moi, ceci dit avec un peu d’amertume, peut-être, mais pas sans gratitude puisque la majeure partie de mon lectorat actuel provient précisément du blog lui-même. Toujours est-il que tout·es celle·eux qui fondent leur argumentation sur la qualité des échanges humains possèdent un lectorat fort de plusieurs dizaines de personnes – et interviennent moins sur les blogs d’autrui que sur les leurs, ce qui laisse à réfléchir.
En ce moment, j’ai davantage envie de partager les notes ultra-courtes que je réserve aux Chemins de Naivara. Je pense que le fait d’être particulièrement présente et enthousiaste dans l’exercice de mon métier l’explique en partie. Je suppose que j’ai plus d’interactions sociales en une journée que d’autres en une semaine. Et j’éprouve moins de difficultés qu’avant à me montrer franche, à me révéler en partie, ce qui fait que je ressens moins le besoin de m’exprimer en rentrant chez moi.
J’ai aussi moins envie de soigner mon écriture, de chercher à proposer un « contenu » « de qualité » parce que cette énergie-là passe dans la construction de mes cours et mes interactions avec mes élèves. Je chéris les blogs, que je lis toujours assidûment, mais je n’ai pas l’impression d’avoir quoi que ce soit à ajouter.
Pour être honnête, je n’ai jamais pensé que la créativité naissait du partage. C’est une idée profondément millenial (je n’avais pas envisagé d’utiliser ce mot un jour !) On n’a jamais eu besoin d’Internet pour être créatif – Internet n’a fait que faciliter les rencontres avec les œuvres. Je pense qu’il y a toujours quelque chose de fondamentalement égotique au fait de partager. Loin de moi l’idée de critiquer, je suis la personne la plus narcissique qui soit. Mais je suis tout de même dérangée, à la longue, par la fébrilité ambiante à montrer ce qu’on sait faire, à bien insister que c’est sans IA et à se considérer comme le maillon d’une société résistante juste parce qu’on s’expose.
Je n’ai jamais été aussi prolixe que depuis que, grâce à l’IA, j’écris pour moi. Paradoxal, pas vrai ?
Est-ce que ça l’est vraiment plus que le « cas » de ma sœur qui préfère de loin écrire sur un traitement de textes qu’à la main ?
C’est, pour ma part, la monstration permanente qui me bride. N’ayant plus besoin de me prouver à moi-même que ma vie vaut d’être vécue, je rechigne plus souvent à montrer ce que je fais ou ce que je pense. Parce que ça fait doublon. Certaines choses nécessitent d’être vécues plusieurs fois, mais pas ça. Pas pour moi, en tout cas.
Ça n’empêche pas qu’il est évident que je continuerai d’écrire ici (la preuve, je suis en train de le faire). J’ai beaucoup trop d’ego pour arrêter, et beaucoup trop envie de te lire en retour. Simplement, je reviendrai parce que et quand j’en aurai envie, pas pour te prouver que je suis une personne intéressante.
C’est terrible de te lire, et de me dire que j’aurais pu écrire tout pareil, il y a une résonance troublante dans ce post en tout cas !! 😀 😀
Écoute, moi ça me fait plaisir, en tout cas 😀
J’ai tendance à être d’accord avec le fait que « partager » sur internet, c’est beaucoup montrer. Ou chercher une réponse, un écho. Je n’ai jamais cessé complètement d’écrire des journaux intimes, mais j’ai cessé de bloguer. Aujourd’hui, quand j’ai envie de partager, ça va être comme tu le dis sous une forme plus « écrite », et ça passe plutôt par la fiction pour moi.
Mais il faut dire que pour mon cas, je n’ai jamais été très intéressée par la vie des autres sur Internet 😀 Je lis ton blog parce que tu es ma frangine et du coup ça m’intéresse, mais sinon, à moins que ce soit des blogs sur des sujets spécifiques qui m’intéressent, franchement, ça m’ennuie, c’est aussi pour ça que les réseaux sociaux ne m’attirent pas (dans cette dimension blogueuse en tout cas).
Et même sans ça, j’avais déjà constaté qu’internet est mauvais pour l’ego et la confiance en soi, naturellement je trouve qu’on est déjà portés à se comparer et à essayer sans cesse de se situer par rapport aux autres, et internet ne fait que m’emplir la tête de pensées parasites quand il s’agit de montrer ou partager sa vie. Donc je suis bien mieux sans !
Donc voilà, l’important c’est de faire le tri en voyant le plus lucidement possible ce qui fonctionne ou non pour soi. Contente pour toi si tu as trouvé cet équilibre du coup 🙂
C’est marrant parce que lire des blogs ne m’a jamais fait de mal, peut-être parce que je ne lis pas vraiment de gens qui se la pètent 😀 Généralement, ces lectures me font du bien – finalement je trouve davantage d’échos en lisant les autres qu’en me dévoilant (quoique ça dépende des sujets, évidemment.)
Mais tu vois, hier soir j’ai commencé un billet, et j’ai été prise d’un violent sentiment de « qui ça intéresse, sérieux ? » Je ne me serais pas dit ça il y a quelques années. Je pense qu’on peut appeler ça la maturité 😀
J’ai laissé mariner ton billet un bon moment car il travaille pas mal mes propres réflexions autour du blog et de la création ces temps-ci. Je trouve dans tes lignes aussi des arguments qui nourrissent beaucoup mes préoccupations autour du besoin, un des gros rochers psy du moment. De quoi ai-je besoin, quels sont les besoins auquelles répondent mes activités, ces dernières sont-elles adéquates et les besoins sont-ils justement identifiés, etc, etc… Tu me sembles bien plus avancée et assurée dans tes réponses à ce sujet et je t’envie – pour ma part c’est encore une épaisse purée de pois dans laquelle le blog est une ligne de survie que je n’ose pas (encore ?) lâcher.
Perso je te lis parce que ça me nourrit, aussi merci de continuer à partager de temps en temps quand le coeur t’en dit 🙂
Je me demande si la raison pour laquelle je te semble plus avancée et assurée que toi ne vient pas tout simplement de notre différence d’âge… Je ne vais pas te faire le coup de l’expérience et blablabla, mais le fait est que je n’aurais jamais pu écrire ces lignes il y a quelques années ! J’ai, je crois, juste eu davantage de temps que toi 🙂
Je te remercie vivement pour ta conclusion, parce que je ressens la même chose en te lisant. Nous avons beaucoup de points communs et nous sommes très différentes : je trouve toujours chez toi de quoi nourrir, apaiser, faire écho, nuancer… Et j’espère ne pas avoir à y renoncer 😉