L’année 2025-2026 est terminée.
Je me demande s’il existe d’autres métiers que le mien qui reposent sur une saisonnalité aussi symbolique et aussi dense en émotions.
L’année dernière, je n’ai pas assisté à l’AG de sortie. Pas envie. J’étais amère, sans doute, je ne m’en souviens pas. Mes billets de l’époque ne m’éclairent pas : on dirait que j’ai quitté 2024-2025 en fantôme.
Aujourd’hui, j’y étais, à l’AG. J’y étais et c’est important. Me voilà devant mon clavier, à peine une heure plus tard, à essayer de circonscrire ce truc immense au fond de moi, mélange de sentiments profonds, envahissants, porteurs, et de silence. Le silence de la tension qui retombe. De la porte qui se referme. Du couloir encore vide qui se dessine devant moi, jusqu’à une nouvelle porte.
Une AG de fin d’année, dans un établissement scolaire, c’est un moment où on fait moins le bilan qu’on ne célèbre. On célèbre nos projets, notre persévérance, nos succès. On mentionne les échecs, mais avec légèreté.
Alors on diffuse des vidéos, plein. Des pêle-mêle de photos. On a besoin d’exprimer notre fierté et nos gratitudes.
Et on dit adieu à ceux qui s’en vont. Il y en a beaucoup, cette année. Des mutations voulues, un peu, mais surtout des départs forcés – baisse démographique, fermeture de classes. Et trois départs en retraite.
La directrice a mentionné que lors de son arrivée, l’une des premières choses qui lui avaient été expliquées à propos de ND, c’est qu’ici, « on travaille sérieusement, mais on ne se prend pas au sérieux ». Et c’est vrai. C’est pourquoi nos AG sont si belles (et pour en avoir fait, des bahuts, je peux te dire que toutes les fins d’années n’y sont pas aussi émouvantes.)
Cette année, j’ai gagné une confiance folle. Je me suis sentie chez moi, encore davantage que les deux années précédentes. Je sais pourquoi : parce que j’ai arrêté de me faire mal. Ça a eu comme conséquence, inattendue pour moi, de me donner de la force, celle de tenir mes positions, de rester ferme à propos de ce que je voulais ou de ce que j’estimais juste. L’autre conséquence, qui elle aussi devrait être évidente, j’imagine, c’est que j’ai davantage tissé de liens. Il y a des gens avec qui je me sens bien, à qui je l’ai dit, et qui m’ont montré en retour qu’eux aussi m’appréciaient. Je crois qu’avant, je n’étais pas capable de le voir.
Je me sens appartenir à quelque chose et surtout, utile à quelque chose.
Dans son discours pour dire au revoir à Séverine, en perte d’heures après plus de vingt ans dans nos murs, JB a cité Alain, qu’ils apprécient tous les deux :
Il faut vouloir être heureux et y mettre du sien. Si l’on reste dans la position du spectateur impartial, laissant seulement entrée au bonheur et portes ouvertes, c’est la tristesse qui entrera.
Et j’y ajoute :
Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.
Une fin qui semble apaisée et sereine, vraiment contente pour toi 🧡
À peu près. Il y a eu beaucoup de colère en amont, pour des raisons systémiques, mais je suis davantage tournée vers mes projets de rentrée désormais 🙂
Et merci ♥