Le Carnet Orange

Carnet de voyage, attrape-rêves, à spirales, bleu, parfois orange, grimoire, autel des sacrifices, feuilles volantes, capturées et aplanies

Écriture à la petite semaine

Début juillet, inspirée par le blog Le rose et le noir, j’ai eu envie de m’essayer à résumer une semaine, au jour le jour. J’ai bien aimé l’exercice : le résultat est plus spontané et minutieux que ce à quoi je m’attendais. Je m’y suis tenue du lundi 1er au vendredi 5 (que je ne vous livrerai pas, mes élucubrations éthyliques de ce soir-là n’ayant aucun intérêt), et de façon beaucoup plus ponctuelle et laconique ces derniers jours. Je n’en ferai donc pas une habitude !

Lundi 1er juillet

Le réveil a sonné à 7h30. J’ai eu honte, à 8h, de constater que je m’étais couchée beaucoup trop tard, et trop ivre, pour tenir debout. J’ai dormi jusqu’à midi, après avoir envoyé un texto soit sibyllin, soit très explicite (je n’arrive pas à trancher) à Yoann.

L’après-midi, j’ai surveillé le Brevet. Cinq élèves avec un sixième de temps en plus. Ces deux heures et demie au soleil, dans cette vaste salle bardée de fanions canadiens et irlandais, à bouquiner, m’ont laissée calme, délassée. Jamais j’ai été si patiente dans les embouteillages paimpolais.

Ça ne nous a pas empêchés d’ouvrir la bouteille de mousseux, mais j’ai bien l’intention de méditer, tout à l’heure.

Un mot pour aujourd’hui ? (je ne sais pas pourquoi j’en ai envie, mais c’est comme ça…) Guérison. Pas d’un coup, pas maintenant, mais j’en vois les effets progressifs, tous les jours.

 

La méditation d’aujourd’hui portait sur la manière de recevoir la critique. Je me suis sentie heureuse de réaliser que la dernière critique qui m’a été adressée, pour vraie qu’elle était, ne m’a pas anéantie.

Jusqu’à présent, je craignais ces remarques, parce qu’elles me renvoyaient à des aspects de moi dont je ne suis pas fière. Maintenant, je sais que je suis capable de m’améliorer.

Mardi

J’ai recroisé Jordan [un ancien élève], aujourd’hui, ça m’a fait très plaisir. Quelques au revoir sur des pas de porte ou au pied de voitures dont les moteurs tournaient. Un mail d’explication à un collègue – l’antivax magnétiseur. Je veux faire passer l’humain avant tout, et tant pis si ses convictions m’exaspèrent. Je veux réserver mon mépris aux sombres connards racistes et dépourvus d’imagination qui braillent sur les réseaux. Pas à des gens que je côtoie, avec qui je discute, dont je sais des bribes.

Le mot du jour : mélancolie. On dirait le nom d’une fleur.

Pour méditer aujourd’hui, j’ai choisi « Easing Depression » et de la musique épique. La lecture automatique était activée, et YouTube m’a gratifiée d’un « never back down ».

Mercredi

Soirée chez Mélanie. C’était chouette de voir tous ces gens dans un autre contexte. On voit se dessiner, plus nettement encore, les fissures. Mélanie était heureuse de recevoir et de donner à voir autre chose d’elle-même que sa rigueur – qui camoufle probablement, de son propre aveu, une volonté de bien faire accompagnée d’un manque de confiance en elle. Sophie s’est ennuyée et, comme chaque fois sans doute, sentie peu à sa place. Gwenola a réellement été vexée que sa fille ne sache pas sortir une pizza du four. Roisin, d’ailleurs, je ne sais pas ce qu’elle faisait là, mais elle m’a plu. Le fait qu’elle ait envie de passer sa soirée avec des adultes dit quelque chose d’elle, même si je ne sais pas quoi.

Stéphanie et Julien ont bu, lui plus qu’elle, pour des raisons différentes. Il y a chez Julien une urgence et une blessure. Il voudrait hurler, mais ne trouve pas les mots. Stéphanie est triste. Seulement pour son frère ? Je n’en suis pas sûre.

Plein de gens plus équilibrés, aussi. Ou alors, qui se cachent très, très bien (ou ne boivent pas assez.)

Jeudi

Comme chaque année, corrections de Brevet qui me donnent envie d’abandonner : des dizaines d’élèves qui, de toute leur scolarité, n’ont rien appris. Ni les mots, ni l’orthographe, ni la sensibilité. Preuves vivantes que nous ne servons à rien. Et puis, quand même, des efforts sincères, méritants. Des gamins qui essaient, avec toute leur maladresse. Des « +1 » distribués avec enthousiasme.

Un(e) élève avec 0/100. Comment est-il possible qu’il/elle ait traversé toutes ces années sans aide d’aucune sorte ? Que va-t-il/elle devenir ? Je pense qu’il ne peut pas lire, quelles qu’en soient les raisons.

D’autres au revoir.

Soulagement teinté d’appréhension (un mémoire à écrire, tout de même.)

Travaillé de 9 à 18, pas déjeuné. Euphorie.

Saison 3 de Stranger Things ! J’ai pleuré pendant le récap’ (euphorie, disais-je –> nerfs en pelote.)

Envie d’ivresse, la vraie. Two Steps fort dans les oreilles (Strength of a thousand men, et Star Sky.) Impression de me disloquer. Soulagement, pièce après pièce.

 

Ne pas oublier la route, Paimpol-Pabu en passant par Saint Clet – et Quemper Guézénec : des bois profonds, des prés cachés dans des vallées, et des fleurs roses qui débordent d’une barrière.

 

La sensation d’accomplissement, d’avoir été capable, pour une fois, d’aider des collègues moins rapides que moi.

Un point d’orgue, patiemment attendu.

J’ai lavé chaque centimètre carré de ma peau, avec l’impression de me débarrasser de l’année écoulée comme d’une chape dans laquelle j’aurais été enfoncée. La faute à l’été enfin arrivé, aussi : me balader dans des collants de contention sous mes jean, et les chaussures fermées qu’ils m’obligent à porter pour d’évidentes raisons esthétiques, contribue grandement à ma sensation d’oppression. N’ayant plus aucune obligation de rester assise pendant des heures (trajets + corrections, en l’occurrence), je compte m’en débarrasser pendant les deux prochains mois, et tant pis pour les jambes lourdes.

 

Méditation au bord d’une plage imaginaire, appliquant les observations relayées dans mon mémoire : quand on lit, le cerveau réagit comme si nous-mêmes vivions ce qui était écrit. Exemple : si je lis « Machin empoigna son stylo », mon cerveau va imaginer que c’est moi qui le fais. Je me suis donc imaginée au bord d’une plage au crépuscule, le bras, le poignet, la main droite libres de toute tension, au repos. Pas encore ça – je n’y ai pas consacré assez de temps -, mais le poignet est plus souple, le stylo plus léger.

(foutue manie d’empoigner mon stylo de correctrice comme si c’était une arme (autant pour attaquer que pour me défendre))

Note : les intros de Maiden sont époustouflantes.

 

Jeudi 11 juillet

Aujourd’hui :

– on a croisé deux chiens errants

– aperçu un type qui ressemblait drôlement à un zombie, debout immobile sur le trottoir, la tête baissée

– vu un monsieur, dans la mer, qui était clairement « papa du futur » : même moustache, mêmes cheveux, quinze ans de plus

– après quoi, deux avions militaires ont survolé la plage (est-ce qu’ils allaient tuer des zombies ??)

– je suis rentrée à la maison, j’ai écouté Lost Horizon, et j’ai reçu un mail de Hugo…

Si c’était pas l’apocalypse, ça y ressemblait.

Vendredi

Slate a clairement enjaillé ma journée, puisque j’ai commencé par regarder, sur les conseils de Titiou Lecoq, le dernier documentaire d’Ovidie, Tu enfanteras dans la douleur. Après quoi, j’ai lu cet article de Laurent Sagalovitsch, qui m’a fait pleurer toutes les larmes de mon corps (je pleurais encore quand j’ai expliqué à Mathias la façon dont le chat est mort.) Heureusement, il a aussi écrit celui-ci et celui-là.

Et Simon a retrouvé son chat !

(et moi j’ai passé ma journée à embêter le mien)

Le mot du jour : vague à l’âme. Mais c’était bien (même si du coup j’ai écrit cinq lignes de mon mémoire.)

 

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5 réponses à “Écriture à la petite semaine”

  1. Eliness dit :

    Il y a quelque chose que j’aime beaucoup dans le ton de ce billet, qui me rappelle les « débuts des blogs », quand on racontait ce qui nous passait par la tête, nos journées et nos envies, de façon simple et accessible, de façon si confiante et ouverte – sans souci d’être compris ou non, sans notion de comparaison, de performance, juste s’exprimer pour le plaisir. Ça m’a plu, de retrouver cette fraîcheur dans ton billet ce soir :)

    • Nathalie dit :

      Merci, ça me fait d’autant plus plaisir que j’aspire vraiment à « alléger » mon écriture, à la défaire de ses gimmicks agaçants (dont le côté « donneuse de leçon » n’est pas des moindres, bien que ça n’ait jamais été dans mes intentions.) Alors si tu as trouvé ce billet « simple et accessible », c’est le plus beau compliment qu’on pouvait me faire :)

  2. Laetitia dit :

    Mélancolie est (presque) une fleur, qui est, en plus, magnifique : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Ancolie
    (Je ne commente pas souvent mais je te lis toujours)
    PS : vive les jambes libres !

    • Nathalie dit :

      Contente de te voir !!!

      C’est, en effet, une très jolie fleur. Je pourrais peut-être en planter dans mon futur jardin ? (j’ai tellement hâte d’avoir mon petit jardin semi-sauvage ^^)

      PS : ouais, vive les jambes libres ! De toute façon, depuis que je me suis remise à nager, je n’ai plus mal aux jambes ni au dos !

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