A night like this
J’avais prévu d’écrire un florilège.
3 février, 21h26.
Je ne sais pas par où commencer.
Je n’ai pas envie de bloguer, ces derniers temps. Je suis très fatiguée. Dans ma tête, d’abord. Janvier m’a paru interminable. Je me suis emmêlée les pieds dans le calendrier ; j’ai fait en avance des choses que je croyais en retard, et n’ai achevé qu’à la dernière minute des tâches urgentes. J’avais l’impression qu’il faisait nuit tout le temps. Il a plu tout le temps (le seul jour où le soleil a vraiment brillé, j’ai passé l’après-midi à me prélasser dans la lumière comme si je pouvais l’emmagasiner).
J’ai écrit dans mon carnet papier que je me fissurais à l’intérieur, tellement que j’avais envie de crier et pleurer roulée en boule dans un coin. À vrai dire, la sensation ne s’est pas dissipée, je l’ai juste enfouie, faute de mieux : les obligations sociales s’enchaînent, je suis acculée, jusqu’à ma première semaine de vacances, que je devrai passer en famille (ce sera chouette oui, j’en doute pas… Ça l’aurait été d’autant plus si ça ne tombait pas maintenant, quoi).
Physiquement, aussi. J’ai arrêté la complémentation en fer parce que Virgilou (mon médecin. Virgile, de son prénom. Tout le monde le trouve très méchant, sauf Stéphanie et moi. On arrive même à le faire SOURIRE, des fois), parce que Virgilou disais-je m’avait conseillé de ne pas la prendre en continu. Mais avec mes règles apocalyptiques, je me retrouve anémiée à chaque fois.
Bref.
4 février, sensiblement la même heure.
J’avais prévu d’écrire la suite de ce billet dans la foulée, bien sûr je ne l’ai pas fait, puisque je n’ai pas envie de bloguer. Mais j’ai passé l’après-midi à Rennes, à me faire taxer centimes et cigarettes, à errer dans les couloirs glauques des Trois Soleils puis dans ceux à peine mieux éclairés du Colombier ; j’ai acheté trois bouquins en cinq minutes à la Fnac, 45 euros la paix intérieure avec Amduscia qui hurle dans mon casque rabaissé sur mes épaules, et après ça, deux heures chez le neuro-psy.
Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie si stupide. Je le lui ai dit, « c’est bien, remarquez, je comprends ce que ressentent mes élèves quand je leur demande de faire un truc qui leur échappe totalement ».
Train/promiscuité, alors que j’ai payé neuf balles de plus pour un siège solo – c’est pas le train prévu. Puzzles, questions intimes, suites logiques et moins logiques (« quel lien voyez-vous entre « autoriser et interdire » ? – Ce sont des verbes d’action ? Excusez-moi mais ce sont des antonymes, alors bon… – Oubliez la prof. Quel lien ? » Mais j’en sais rien moi putain !) Train/promiscuité, et cette semaine qui s’étire, c’est janvier encore, quand je rentre LN me demande « on déjeune ensemble, mercredi prochain ? » et je veux absolument voir LN.
Mais vendredi soir et samedi matin c’est Portes Ouvertes au bahut, après encore une semaine, LN au milieu et puis Sanary, ah ça tombe bien dis donc, je pourrai penser à la prof poignardée, et après peut-être, peut-être, une semaine à mourir dormir sous la couette, une semaine à sombrer où peut-être j’oublierais les voix et les crampes dans les jambes quand je suis sobre, une semaine où il faudra travailler mais où je coulerais simplement et calmement tout au fond, sans aucun regret. Cette semaine tellement attendue qui recule recule recule, on dirait un rêve où tu cours au ralenti. J’enfouis, faute de mieux.
(la qualité sonore de Tidal est sidérante, je disparais dans l’avalanche des notes martelées)
Le psy m’a demandé si j’avais des questions. Je n’en avais pas (j’en ai plein). Enfin, si, une : qu’est-ce que je vais faire, si c’est non ?
2 commentaires
J’ai des questions sans doute bêtes mais bon je suis de l’extérieur, moi :D
Pourquoi ne pas prendre ta complémentation en fer pendant les règles, et pourquoi ne pas voir LN après les vacances ?
De manière générale, je pense que quand on sature faut faire quelques coupes. Et les vacances en famille c’est une chouette occasion mais ce n’est pas non plus une obligation. Il n’y a pas vraiment d’obligations sociales outre celles qu’on s’impose, à tort ou à raison. (enfin si bien sûr dans une certaine mesure mais malgré tout c’est quelque chose sur lequel on peut agir : oui, être fatiguée est une raison parfaitement valable pour se soustraire à des obligations sociales, y a des gens qui le disent ouvertement, d’autres non, mais ils s’y soustraient quand même à la fin). Bref. Je ne supporte pas non plus les obligations sociales qui s’enchaînent et je sais une chose : en remplir une alors que je me sens acculée est une mauvaise idée. Le résultat, c’est que je ne suis pas « là ». Du coup c’est pas hyper satisfaisant pour qui que ce soit. Je pense que ça marche mieux si tu « choisis » d’y aller malgré le fait que c’est difficile en ce moment (ou que tu choisis de ne pas y aller pour les mêmes raisons). Je m’explique : si on est dans le cas « ça tombe mal, mais je veux pas rater l’occasion », tu peux faire quelques ajustements et y arriver sans te sentir à proprement parler acculée. L’idée c’est de ne pas se sentir forcée, quoi. Après, si ça tombe « trop » mal, bah… tu iras une prochaine fois, ça sera pas un drame :)
Je pense qu’une bonne part de l’anxiété qu’on ressent dans ce genre de cas est générée par la pression qu’on se met à soi-même pour que ça aille. Mais je crois qu’on peut aussi renoncer à faire ce qu’on n’a pas envie de faire, ou le faire en acceptant qu’on sera pas en pleine forme et qu’on aura besoin d’espace.
J’espère que tout ça est pas trop confus :D
Je suis assez fan de cette idée de choisir, bien que je m’y sente tout de même forcée :P Mais c’est tout de même l’état d’esprit dans lequel je tente d’envisager ces vacances à Sanary : je choisis de faire plaisir à mon papa et de passer de beaux moments avec lui. Je n’ai pas envie de regretter plus tard de m’être estimée trop fatiguée pour profiter de sa présence :)
En contrepartie, j’essaie en ce moment d’appliquer ce que tu dis, encore plus que d’habitude : je fais les choses, mais à ma façon, en acceptant d’être plus silencieuse, moins agitée par exemple.
Ah oui et pour LN : j’ai déjà dit non à un déjeuner avec les anciens collègues et comme elle est pas bête, elle m’en propose un juste toutes les deux, donc j’estime qu’elle est déjà venue deux fois vers moi ces derniers mois, je ne vais pas encore la repousser.
Et pour le fer, à vrai dire je n’en sais rien, il faut que j’en discute avec Virgilou : j’ai cru comprendre que ça se prenait par cures, que juste quelques jours ça n’était pas efficace.
Merci pour tes conseils ♥