Amertume
Je vais te parler d’un truc dont je suis pas fière, et après je passerai à autre chose et sans doute j’effacerai. C’est pas très gratifiant non plus d’en parler mais quelque chose m’échappe, alors je le livre comme je le crierais.
Avec Ubik tout à l’heure, on discutait de notre profonde incompréhension de certains mécanismes chez les autres et du fait que ce n’était pas si grave. Mais qu’en revanche, l’incompréhension des autres envers nos propres mécanismes semblait insurmontable. On s’est fait ghoster par plein de gens, pas après une engueulade, pas après un événement douloureux, juste ghoster tranquillement, y compris pour ma part par des gens que je fréquente par ailleurs tous les jours et qui semblent considérer qu’il est normal de parler devant moi du Whatsapp réunissant tout le monde sauf moi. Et on s’est fait la remarque que les gens « normaux » se reconnaissaient entre eux. C’est lui qui l’a dit, je tiens à le souligner parce qu’il n’avait jamais employé ce terme.
Et ce soir, je réalise, comme jamais encore, que je ne suis pas non plus reconnue par les gens « anormaux ». Des gens que je lis depuis des années, chez qui je commente depuis des années, vont commenter chez () ou lui laisser un like, à elle qui pour ce que j’en sais les a découverts parfois très récemment.
Philosophie Magazine m’a enjointe à différencier envie et jalousie, et là je t’assure que c’est de la jalousie. C’est venimeux et douloureux. Je ne comprends pas ce que je fais mal. Je ne comprends pas pourquoi tous mes efforts pour écouter, partager, réagir, ou, quand il s’agit de gens non virtuels, me montrer attentive, complimenter, remarquer, se soldent systématiquement par un échec. Je ne comprends pas pourquoi ce qu’écrit () a plus d’impact, y compris chez des personnes qui ne semblent pas chercher le consensus. Je ne comprends pas pourquoi les gens ne viennent même pas chez moi, ne sont même pas intéressés par ce que je raconte, quand moi je les trouve enrichissants.
Toi qui me lis, tu sais que je ne parle pas de toi, mais sache aussi que je t’en suis d’autant plus reconnaissante, tellement. Ce soir cependant, je l’avoue, ça me conforte dans l’idée que tu vas t’en aller bien vite et que si tu restes, c’est par pitié ou par erreur, que t’as juste pas encore remarqué que j’étais conne et insignifiante.
4 commentaires
J’hésite à commenter, pas tant pour le sujet sensible que pour la sensibilité très forte qu’il semble activer en toi – je n’aimerais pas commettre de faux pas mais d’un autre côté, l’autocensure ça pèse.
Voici donc en vrac plusieurs phrases que j’ai reçues cette dernière année et qui me travaillent beaucoup, par ordre croissant de confrontation. Il y en a que j’ai rejetées en bloc avant de réaliser quelques semaines plus tard qu’elles avaient trouvé une place à l’intérieur. Je me dis qu’elles pourraient résonner avec ton propos (ou pas, tu prends ou tu laisses, je dépose juste) :
– J’entends que ça fait très mal, et la douleur est légitime.
– Les émotions qui bouclent à l’intérieur sont des émotions qui n’ont pas encore trouvé de lieu sûr où se déployer pour être traversées.
– Dans un parcours personnel, la comparaison à l’autre est piégeuse ; c’est la comparaison avec soi qui compte avant tout.
– Projection n’est souvent qu’une facette de la réalité, et dit souvent bien plus sur soi que sur l’autre.
– Le biais de confirmation est d’un réconfort immense.
Et celle que j’ai eu le plus de mal à recevoir mais qui m’a peut-être marquée le plus fort : « Et alors ? »
D’une conne insignifiante à une autre : mon temps est trop précieux pour le dépenser ici par pitié et j’assume pleinement mes erreurs ;)
(je sais que je n’étais pas visée, mais si actuellement je commente moins c’est parce que j’ai du mal à communiquer. Profond silence intérieur. Comme si je ne savais plus parler aux autres. Rien à voir avec toi)
(et je ne sais pas comment résoudre ton problème de commentaire chez moi, je me suis demandé si ton pare-feu ne m’avait pas bloquée, voire ton anti-cookies si tu en as un)
Ceci étant dit, j’ai très longtemps vécu ce dont tu parles, cette mise à l’écart (assumée) par les autres (ce qui a déclenché chez moi non de la jalousie, mais une souffrance intense). Ce que tu ressens est totalement légitime, c’est éprouvant. J’y ai passé une énergie folle et délétère pour un résultat peu satisfaisant : au départ les liens fonctionnaient et puis à un moment plus, bis repetita à l’envie.
Entre l’année dernière et l’année précédente, j’ai travaillé à lâcher l’affaire, et le diagnostic d’autisme a un peu plus enfoncé la chose : je m’en fous, maintenant. C’est un deuil à faire, pas facile du tout (je suis sur le « et alors » de Eli et franchement ça libère).
Tu vois, vous êtes arrivées dans ma vie en plein milieu de ce travail. Longtemps j’ai pensé que vous alliez repartir (Eli et toi), mais vous restez pas loin alors je ne sais pas si c’est d’avoir lâcher-prise, ou si pour la première fois c’est mon moi véritable qui a pris le dessus et qui est malgré tout aimé par vous, ou si un jour, vous partirez. Mais j’ai accepté l’idée, parce que rien n’est immuable. Gros lâcher-prise qui me permet d’être zen dans nos liens, de ne pas m’inquiéter d’une non-réponse par exemple. Je ne projette plus (ou rien qui soit conscient en tout cas).
Et si des personnes me ghostent, je vais me demander pourquoi, mais sans m’y blesser. J’ai accepté que je n’étais pas une personne en capacité de faire lien en société. J’aimerais beaucoup réussir à me faire des ami.es, à être dans des groupes. Ça ne fonctionne pas. Je suis comme je suis, tant pis. Je crois que derrière finalement, c’est le besoin d’être aimé qui parle. Soigner ça, c’est s’apaiser avec les autres quand ils partent.
Et je confirme, les gens « normaux » (je préfère neurotypiques) se reconnaissent entre eux, de même que les neuroatypiques entre eux. Reste ensuite que je suis arrivée à la conclusion que les amitiés sont fragiles et surtout rares. Il n’est pas si simple de faire lien et ensuite de le conserver (pour moi, en tout cas).
Ni pitié ni erreur évidemment, j’aime te lire et je t’aime toi. Comme le dit Eliness, « mon temps est trop précieux » pour ça ;) Entre connes insignifiantes, on a réussi à faire lien, c’est joli ^^
(et pardon si mes mots ont dépassé, peut-être, ce que le sujet active chez toi)
Des bises douces
D’une conne à une autre… j’adore l’erreur que je fais en venant ici te lire, une de mes erreur les plus enrichissante
Ce que tu dis résonne, mais tellement fort en moi… dans un mélange différent parce que les situations ne sont jamais 100% pareilles, mais les sentiments, destructeurs mais si puissants, que sont l’envie et la jalousie, je les ressens. Souvent et souvent malgré moi. Pour ce qui est des blogs, j’ai ressenti exactement la même chose que toi. Mon blog est vieux (2004), j’ai eu des grands groupes de lecteurs/commentateurs avec qui on avait de nombreux échanges, puis la plupart ont fermé, et là ça a été le vide. J’ai passé du temps à lire des blogs, à les commenter, déjà à trouver des blogs dont je me sentais proche n ‘a pas été facile, mais bien souvent, ça n’a rien donné, les personnes ne venaient même pas voir mon blog. Donc maintenant, je suis assez radicale, s’il n’y a pas d’échanges assez rapidement, je zappe.
Je rejoins Ambre, les amitiés sont très difficiles à se faire, encore plus en dehors du système scolaire ou universitaire. Je ne sais pas dans quelle catégorie me ranger, ce qui est certain, c’est que je n’ai que peu de relations sociales que je peux considérer comme amicales. En gros, j’en ai une ou deux et toutes mes amitiés virtuelles. Ça fait pas un peu pitié ça aussi ?
Je t’embrasse ♥
Mais vous êtes tellement choutes ! ♥♥♥
Je voulais supprimer ce billet, mais vous savez quoi, je vais le garder. Déjà, pour pouvoir vous répondre ^^
@Eliness : « et alors ? », la question préférée de ma psy ;) Merci pour toutes ces phrases. Celle sur le fait de projeter m’agace particulièrement, parce qu’elle touche juste. J’avais déjà lu quelque chose de très similaire dans Les quatre accords toltèques et ça m’avait marquée.
Je suis immensément touchée que tu m’accordes de ton temps ♥
@Ambre : en effet tu n’étais pas visée, d’ailleurs tu ne m’as jamais ghostée !!
Hier soir quand j’ai écrit cela, effectivement j’avais mal. La jalousie vient du constat que d’autres, même atypiques, surtout atypiques, se regroupent, mais sans moi. Mais c’est un corollaire de la souffrance, un accessoire.
Et je ne peux pas partir : je t’aime vraiment ♥
@Zofia : « J’ai passé du temps à lire des blogs, à les commenter, déjà à trouver des blogs dont je me sentais proche n ‘a pas été facile, mais bien souvent, ça n’a rien donné, les personnes ne venaient même pas voir mon blog. » C’est exactement ça. C’est hyper frustrant, surtout quand ces personne te répondent en comm’ qu’elles sont ravies d’échanger avec toi, ça me donne l’impression que c’est surtout hyper-narcissique, elles sont contentes parce que t’es venue les valider en les lisant.
Et non, ça ne fait pas du tout pitié. Ambre a raison, les amitiés sont rares. Je n’accorde pas beaucoup de crédits à celles et ceux qui ont des tonnes d’ « amis ». Alors merci infiniment d’être là ♥
Merci à vous, qui êtes tout sauf connes et insignifiantes pour moi, je vous le garantis.