Et pas la flemme : mêmes synonymes, les deux mots convoquent des nuances différentes (pour moi).
C’est drôle, parce que le premier synonyme de « paresse » dans le dictionnaire du CRISCO, c’est « indolence », et que les sens « vieux » (sic) du mot sont « état d’une âme qui s’est mise au-dessus des passions » et « absence de passion, de sensibilité morale ». C’est aussi le sens d’ « apathie » – ce qui est plus clair, étymologiquement parlant. Pas du tout mon profil.
Non, moi, je parlerais plutôt de « torpeur » et de « mollesse », voire de « langueur ». Bon, après, toujours selon le même dictionnaire, la « flemme », c’est un « sentiment de paresse ». Nous voilà bien avancés.
Va pour la torpeur, alors : « engourdissement général, physique et psychique, qui tient en état de semi-conscience, de somnolence, et prédispose à l’assoupissement. »
Je suis quelqu’un qui aime profondément « ne rien faire ». Je mets des guillemets parce que je n’ai pas l’impression de rien faire quand je joue, et encore moins quand je lis. En revanche, il est certain que ces activités me maintiennent dans un état de semi-conscience. Semi-conscience de moi-même, s’entend.
J’aime aussi ne rien faire du tout. C’est le verbe « faire » qui contient toute l’ampleur de mon incompréhension du monde, et celle du monde à mon égard, apparemment.
Je ne veux pas me souvenir que j’ai « fait » des choses. Je veux me souvenir que j’ai vécu.
Et je pense sincèrement que le monde, lui, ne se souviendra ni de l’un ni de l’autre. Il est possible que certains de mes élèves se souviennent de ce que j’ai été, y compris pour eux, de ce que j’aurais « fait » pour eux. Mais je n’aurais rien fait d’autre que d’être moi-même, donc ça ne change rien.
Tondre la pelouse, aller au cinéma, rencontrer des gens, visiter tel musée… Ces activités ne revêtent pas de sens particulier, pour moi. Pas à partir du moment où il faut les faire pour ne pas arriver le lundi au boulot en déclarant nonchalamment qu’on a passé le weekend à… paresser.
J’aime contempler. J’aime ressentir. J’aime jouir de mes cinq sens. Je déteste faire des efforts, aussi. D’où la paresse. Mes concitoyens me semblent très, très influencés par le christianisme, même quand ils se prétendent tout à fait athées. L’idée qu’on doive se faire du mal à un moment ou à un autre les obsède. Ça veut apparemment dire qu’on est vivant.
Mais moi, je me fais déjà du mal en passant la journée au taf – un mal relatif, hein. Simplement, je ne comprends pas pourquoi ma vie devrait être un long fleuve de souffrance. Je ne comprends pas pourquoi après avoir « fait ma part » dans la société, je devrais en plus m’accorder à ses standards quand je ne lui dois plus rien.
Ce n’est pas un « désir de rien faire », que je ressens. Ou si, tout dépend du sens du verbe « faire », ou de comment on lit la proposition. Je n’éprouve pas l’envie de rien. Je désire ne rien faire à proprement parler, mais écouter de la musique, écrire, lire, pelotonnée sous un plaid ou une couette, un verre de tisane ou de vin à la main. Je désire m’alanguir chaque fois que l’occasion m’en est offerte, entre deux périodes de taf, parce que j’aime mon taf.
Et pour s’alanguir convenablement, rien ne vaut un lit, un fauteuil ou un canapé confortable, d’où…
Là pareil je suis on ne peut plus d’accord, et d’ailleurs ça rejoint justement cette notion du vide fécond… Hier j’ai choisi sciemment de « ne rien faire », assise dans mon jardin. Mais je ne faisais pas « rien », en réalité. Je regardais le ciel, écoutais le vent et les oiseaux, sentais le soleil ou le froid. Mon esprit était « vacant ». La vacuité c’est le repos de l’esprit et là où se forment les potentialités futures. Peu de choses sont aussi importantes que de ne rien faire, voilà mon avis 😀
J’aime nous voir « vieillir ». Ou grandir. Je ne sais pas quel est le mot, peut-être tout simplement nous apaiser. Je ne sais pas non plus si c’est dans l’ordre des choses, mais je trouve ça magnifique, car il me semble nous voir enfin nous-mêmes ♥
C’est vraiment une ressource et une qualité que de pouvoir sentir, vivre, être, sans être obsédé par le « faire », tout l’opposé d’un péché 🙂
Je t’envie ça, même si je l’ai aussi un peu et toujours plus, mais je suis encore très imprégnée de ma culture familiale protestante-capitaliste (tout en étant en désaccord avec)… et souvent parasité par mon hyperactivité physique et mentale ^^’