Les univers parallèles #1 : décembre, janvier, février.
Retour en piste
Spicilège, Florilège, Miscellanées… Je ne sais pas. Tout est déjà catégorisé sous « miscellanées », donc pas de regroupement possible qui ne soit déjà en place. En outre, ce que j’écris dans ces articles ne correspond pas, ou plus, à la définition : ce ne sont pas des instants choisis, ce sont des comptes rendus maniaques de tout ce que j’ai lu ou vu. Maniaques et pourtant expurgés de mes engouements musicaux les plus éphémères. La musique a toujours occupé une place un peu à part, dans ces lignes plus que dans ma vie.
Bref.
(Si je me lançais dans une des opérations statistiques dont Eliness est friande, je pense que le mot « bref » arriverait en tête de ceux que j’utilise le plus depuis les débuts de ce blog.)
Appelons ça… Les univers parallèles. Les livres et les films sont des lieux dans lesquels j’ai vécu et parfois je continue à vivre. C’est aussi le cas de leurs créateurs, j’imagine.
Et comme je n’aurai jamais le courage de me relancer dans un tel exercice dans quinze jours, tant pis pour mes lectures en cours, et tant pis s’il devait y avoir d’autres films à venir. Le monde ne s’écroulera certainement pas si j’en parle au mois de mars, si ?
Les films
Shadowz dit de Life of Belle qu’il est terrifiant malgré ou grâce à l’économie des moyens engagés, mais il ne fait absolument pas peur. Plus de la moitié du film consiste à regarder s’amuser des enfants de moins de dix ans, que je ne connais pas. Les scènes, en found footage, s’enchaînent sans lien apparent, et sans jamais proposer le spectacle d’une intimité qu’on serait convié à partager. On n’a donc aucune accroche émotionnelle, aucun moyen de s’identifier. On regarde, de loin, des gens dans leur maison, et on ne se sent même pas voyeur, tant il n’y a rien à voir. Je ne pense pas non plus que Sara Mae Robinson soit bonne actrice, ce qui n’aide pas. Ses apparitions, même étranges, manquent singulièrement de profondeur. Elle est un personnage et pas une personne. On ne croit pas une seule seconde à sa prestation.
Aussi pleine de bonne volonté soit-elle, la famille Robinson échoue à réaliser autre chose qu’une tentative amateure, un mignon projet de famille sans autre qualité que le sérieux qu’elle y a mis.
Je n’ai plus le moindre souvenir de A desert, dont je n’ai pas compris la fin et dont j’ai seulement noté qu’il m’évoquait un sentiment de solitude.
Distancia de rescate n’était pas non plus un bon film, quoique je l’ai trouvé beau et bien joué. Il faut dire que ça parle de femmes sorcières qui connaissent une médecine ancestrale. Ça devait être super efficace, si on compte le nombre de morts avant l’avènement d’une médecine un peu scientifique. Je ne te parle pas de ce que les femmes savent à propos d’elles-mêmes – je préférerais toujours aller voir une sage-femme qu’un ou une gynéco, plus érudit(e) mais totalement à côté de la plaque. Mais le pouvoir des herbes et des mantras, lol.
Bloodline ne restera pas non plus dans mes annales, la faute à un retournement final auquel je n’ai pas cru du tout. C’est dommage, le film s’étant avéré plus surprenant que ce à quoi je m’attendais.
Joli coup de cœur en revanche (et enfin !) pour A creature was stirring, dont je ne peux trop dire sans en dévoiler l’essence. Le duo mère-fille m’y a énormément touchée, et quel plaisir de voir à l’écran une femme comme Chrissy Metz, loin des clichés hollywoodiens. Bonus : la sublime version de Greensleeves qui irrigue tout le film.
C’est dommage que, quelle que soit l’originalité de l’idée de départ, les films comme The Painted suivent ensuite invariablement le même scénario : les personnages trouvent un livre, remontent à la source, rencontrent quelqu’un qui évolue dans les milieux occultes et leur transmet les clefs nécessaires. Ensuite, nos héros décident de régler le problème, là tout de suite, et là tout de suite il fait nuit, donc ils vont être poursuivis par les entités maléfiques.
Pourtant, j’ai beaucoup aimé ce film. Les actrices se démarquent vraiment, la musique est belle, sans effet jump scare, et visuellement, c’est magnifique. Par son sujet évidemment, mais aussi par son ambiance, j’associe totalement The Painted à Layers of Fear, ce jeu dont j’avais parlé il y a (déjà !?) plus de trois ans.
LA série
Grosse panne de motivation, je ne regarde plus de séries. J’ai tenté Good Omens tant que je disposais d’un essai gratuit Amazon Prime, et j’ai beaucoup aimé, mais… Trop long, trop fatiguée, pas envie.
Et puis j’ai vu passer Hippocrate. Comme je m’étais pris un bel uppercut avec The Pitt grâce à Dame Ambre, je me suis dit « pourquoi pas ».
J’ai trop de choses à dire à propos d’Hippocrate pour un billet comme celui-ci, dont beaucoup de critiques. Mais j’ai passé ces deux derniers mois à m’avaler les trois saisons avec une régularité sans faille, sans jamais m’ennuyer. J’ai adoré les acteurs, on ne dirait pas qu’ils jouent, ils sont leur personnage jusque dans leurs mimiques et leurs regards, c’est hallucinant. Autant te dire que quand j’ai appris qu’il me faudrait attendre 2027 pour voir la saison quatre, j’ai pleuré (métaphoriquement).
Les livres
Que d’excellentes lectures, à tel point que j’ai pu écrire dans mes pages perso : « les soirs où je ne bois pas, je peux lire tout mon soûl, et c’est merveilleux ». Je n’ai pas employé cette expression-là, mais qu’elle me vienne là, dans le contexte, me fait sourire. Et c’est moins trivial qu’il n’y paraît, car disparaître entre les lignes d’un roman est à peu près la seule chose qui m’empêche de boire, qui remplace l’ivresse par une autre.
Je n’arrive pas à décider pourquoi j’aime les romans de Murakami. Ils sont vaporeux et mélancoliques, certes. Le fantastique s’y glisse à pas légers, à la fois métaphorique et spirituel, c’est vrai. Ils parlent aussi de sexe d’une manière que je n’aime pas, font apparaître des personnages farfelus qui me font sortir de ma lecture et partagent tous une obsession marquée pour le jazz et la musique classique. Leurs héros semblent toujours détachés, presque passifs. Pourtant, quand j’ouvre un Murakami, j’y glisse sans pouvoir en ressortir. Chacun de ses romans entre en résonnance, parle à quelque chose au fond de moi, et cela me procure un profond sentiment d’apaisement.
J’ai lu Seule en sa demeure de Cécile Coulon sur les conseils de ma sœur. L’histoire n’a rien d’extraordinaire, l’héroïne n’en est pas une. C’est peut-être ça, la force de ce roman : il te pénètre dans le corps comme une mélodie, des paysages. L’écriture est douce, murmurante, pourtant derrière la facilité apparente de ce qu’elle conte, il y a des actes effroyables. Le scénario n’est pas extraordinaire, non. Il est commun, banal, admis. Cécile Coulon le sait, c’est précisément ce dont elle veut parler. Elle réécrit la littérature gothico-romantique du 19e-début 20e en montrant ce qu’elle a de triste et glauque. C’est vrai que ce livre fait penser à Rebecca. La différence, c’est qu’il te montre que Rebecca n’est pas une histoire d’amour, mais d’emprise.
Daphné Disparue, de José Carlos Somoza, est impossible à résumer. C’est à la fois une enquête et une mise en abîme de la littérature et de ses personnages façon vache qui rit. On sent que l’auteur s’amuse bien, et pour un premier roman en plus, la construction est d’autant plus impressionnante.
Je passe sur L’Anneau de Moebius, relecture de mon tout premier Thilliez, qui m’avait époustouflé à l’époque et me convainc moins, maintenant que j’ai lu ses autres romans, dont le fantastique est absent. Mais c’est toujours un page turner !
T’as vu Damien Leloup dans Quotidien, le 16 janvier ? C’est mon beau-frère :P Et maintenant il est partout, sur Tiktok, sur YT, dans les bibliothèques de mes collègues ! J’ai donné mon avis (très bref) sur Le pouvoir des Geeks ici. En vrai, il faut surtout regarder son passage télévisé (plutôt que de lire mon avis, je veux dire. Lire son livre est essentiel, par contre ^^).
La mer sans étoiles, éternel coup de cœur. Deuxième fois que je le lis, et il me laisse de nouveau devant un indicible fait d’admiration et d’émotion. Ce texte, il a été écrit pour moi, il conjugue mes amours, mes symboles, il murmure mes rêves, il raconte mon amour des mots et des histoires, et tous ces sons, ces rêves, ces mots, ces actes de foi, il les tisse ensemble avec une maestria tranquille.
Aatea, enfin. Je cherche un synonyme de « coup de cœur » et le Crisco, le CRISCO, me propose « flash, « kif » et « béguin ». D’accord. Sinon, j’en ai parlé sur Babelio.
Peinture
Sur Bluesky, je suis abonnée à un compte bot qui poste des œuvres d’art. J’en ai enregistré beaucoup sur mon disque dur, mais il y a deux artistes en particulier dont j’ai noté les noms : Paul Gustav Fischer et Eyvind Earle.
Les tableaux du premier représentent cette société et ces décors de la Belle Époque qui m’ont tant fait rêver quand j’étais petite et que je jouais aux Playmobil. Son style est assez classique, si je puis me permettre, mais ses tableaux m’apaisent. J’aurais tellement aimé parcourir ces paysages urbains, du temps où on n’y voyait que de rares voitures !
Quant à Eyvind Earle, je découvre qu’il a travaillé pour les studios Disney. Je n’avais pas du tout reconnu sa patte, mais il faut dire que ça date, on parle des dessins animés des années 50. Je te laisse utiliser ton moteur de recherche favori : c’est l’ensemble de ses toiles qui me fascine, mises côte à côte elles dessinent un paysage féérique, coloré et pourtant sombre, presque effrayant.
Quelques-uns des tableaux que j’ai conservés, par ailleurs :
Je crois que je parlerai musique dans un article en vrac. Je ne sais pas écrire sur ce sujet, et de toute façon, mes coups de foudre font souvent long feu. Ceux qui restent tournent à l’obsession et pour la plupart, tu les connais donc déjà.



