L’hiver en vrac
En espérant que me décider à mettre mes notes au propre le fera s’achever plus vite.
11 décembre
La nuit dernière, alors que j’enseigne depuis le début de l’année à cette élève qui s’appelle Noa, et peut-être parce qu’elle est à nouveau absente, mon cerveau juge à propos de jouer en boucle I Don’t know, Wildflower et Child of man de la chanteuse du même nom, à haut volume sonore, si on peut dire ainsi de chansons qui ne résonnent que dans notre tête. Un autre album que j’associe spécifiquement à ma mère.
La nuit est chaotique, scindée en petits éclats de sommeil. Dans l’un d’eux s’invite un cauchemar dans lequel je fais la fête avec mes amis. Je vois passer une voiture, dans laquelle sont tassés quatre mecs cagoulés et lourdement armés et je suis terrifiée. C’est l’endroit parfait, il y a nous, des familles, nous sommes au bord d’un lac. Super scène pour un carnage. Pour une fois, c’était chouette de dormir par à coups, je n’ai pas su la suite. J’imagine que je dois remercier Maëlan, en 5A, pour m’avoir parlé de terroristes avec toute la naïveté de sa jeunesse.
16 décembre.
Désolée, mais j’ai ri :
« Stop à l’invasion des silures dans nos zones humides (pétition)
[…]
Le silure, a un régime alimentaire principalement carnivore. Il se nourrit de divers types de proies en fonction de sa taille et de son environnement. À mesure qu’ils grandissent, leur régime alimentaire évolue pour inclure des poissons, des amphibiens et bien sur nos appelants. Nous sommes nombreux à réclamer, au minimum, l’arrêt du No-kill, ce No-kill qui engendre de véritables monstres boulimiques des marais ( parfois plus de 2 mètres). »
On dirait une description du genre humain.
17 décembre
Mu m’a envoyé ça il y a quelques jours :
J’A-DORE ! La zic est incroyable et l’énergie des mecs hyper contagieuse !
(je ne sais que penser des mecs – du staff j’imagine – qui ne bougent pas d’un poil sur le côté droit de la scène. Y’a le nonchalant, et le mec qui se prend pour un beau gosse et qui à mon avis croit qu’il est de gauche mais qui est surtout rive gauche.)
26 décembre
Il y a une chrysalide accrochée au montant de la fenêtre du bureau oO
30 décembre
Thylacine, Discussion with a giant, en boucles depuis quelques semaines maintenant.
Une mésange s’est méchamment mangé la baie vitrée. Pas un signe, ce n’est pas un signe (Ubik l’a très bien lavée – la baie, c’est tout. Et puis elle n’est pas morte – la mésange.)
Je ne pourrais pas bosser en médecine, je n’ai aucun sens de l’initiative, et quand quelqu’un répartit les rôles, je suis incapable de décider à quelle tâche je dois me dédier et comment aider.
16 janvier
Je pense qu’une partie de mon attrait pour ces séries médicales vient du fait qu’elles me donnent envie de puiser dans mon énergie pour faire quelque chose qui a du sens. Elles représentent des gens que j’admire et dont l’empathie et le désir de bien faire résonnent (quand bien même j’ai parfois la flemme de bien faire).
Ces derniers jours, il n’y avait rien en moi qui me motive à ne serait-ce que me lever. Mais devant les élèves, j’étais calme et posée. Même quand j’étais nulle : je m’en suis excusée, sans honte, et on a avancé. « On » a avancé : parce que ce qui fonctionne, toujours, c’est quand tu traites les gens en face, les élèves en l’occurrence, en égaux.
Dans Hippocrate, je retrouve de l’énergie, par comparaison : boulots vaguement similaires, mais le mien est infiniment moins contraignant. Alors je respire, et je repars.
VRAC (oublié de dater)
Le gang des psychopathes terrifiantes, rêve ultra gore dans son début, leurs sourires carnassiers, la rédemption de l’une qui veut être lobotomisée puisqu’elle ne peut plus vivre avec elle-même, ni cesser d’être elle-même.
Le lendemain, rêve d’une maison hantée, comme un film dont on connaîtrait le déroulé, ce qui n’empêche pas qu’on peut y mourir. Mélange de L’exorciste et du bad trip de Transpotting (étonnant traumatisme qui ne ressurgit que maintenant, genre vingt-cinq ans plus tard. Je crois que je n’avais même pas regardé la scène en entier.)
La nuit suivante, je hurle sur Lola, elle est infecte, arrogante, d’une nonchalance à gifler. Je crois que mon inconscient ne va pas bien, mais je n’ai aucune idée de ce qu’il essaie de me dire.
27 de cet interminable mois de janvier
J’écoute ma playlist « un soir de tempête », c’est dire si je vais m’effondrer, elle est déjà trop difficile pour moi la plupart du temps. Je te redis quand je passe à « Deux heures du mat’, un verre de whisky à la main ». Quand j’en serai à « Enlightement », je ne serai plus capable de me lever, de toute façon.
28
Où Muse me semble enfin sonner comme ils auraient toujours dû : avec la voix de Bellamy un peu moins en avant, de façon à ce qu’on puisse entendre la musique. Et là, j’adore.
29
Fin Janvier s’éclaire, autant d’éclats intérieurs que des aubes un peu plus précoces, enfin.
(mail de Charlie, Léonie en français, le projet d’Aurélien, son enthousiasme, surtout.)
4 février
6 février
L’absence de personnel, de moyens, le sentiment non dit de « j’ai pas signé pour ça »… Ça aussi, dans Hippocrate, ça m’évoque mon boulot. Et je bosse dans le privé…
Mais quand on ignore mes demandes d’obtenir UN iPad pour enseigner la lecture à UN élève avec un licence lalilo à 35 balles pour dix enfants, déjà payée, ça me fait le même effet que dans la série quand on explique aux médecins qu’on ne va pas sortir une ambulance du SMUR parce que pas de moyens.
Dans mon boulot, c’est moins grave, moins immédiatement visible, Moudatirou ne va pas mourir parce qu’il ne sait pas lire. Mais, si on regarde juste ce pour quoi on existe, il me semble que c’est similaire. Moudatirou est en cinquième, il va passer en quatrième, mais… On fera comme si de rien n’était.
Parce que ma direction a choisi d’ignorer mes appels, et donc a signifié qu’on s’en foutait. On n’est là que pour faire semblant. Semblant d’inclure, semblant d’avoir un « Projet ». La seule chose qui compte, c’est ce dont on a l’air aux Portes Ouvertes. Une fois celles-ci passées, on peut revenir à nos habitudes : faire progresser ceux qui n’ont pas tant que ça besoin de nous pour ce faire.
C’est facile de faire mon boulot quand on n’a d’intérêt que pour ceux qui suivent (à peu près. Le fait est qu’ils sont de plus en plus « démunis », comme on dit poliment). Mais dès que tu veux faire un « vrai » truc, ce pour quoi moi j’ai signé – sans le savoir, je ne me rendais pas compte -, là, y’a plus personne. Tout est trop cher. Tu laisses les gosses naviguer, et tu te satisfais d’avoir fait le programme. Mais moi j’en ai rien à foutre, du programme. Tasser des COD dans la tête de gosses qui ne savent pas lire, ça me fait une belle jambe (à eux aussi, d’ailleurs) !
Et je disais « tout est trop cher », mais au-delà de ça, dans notre système, désormais, ce sont les parents qui décident. Et certains n’aiment pas l’école. Et je sais, les traumatismes. Mais là, je parle de gens pour qui le but, c’est pas d’apprendre quoi que ce soit, c’est de sortir le plus vite possible, parce que la connaissance c’est pour les intellos à la solde du système. Par contre, ils ont besoin d’une garderie. Donc on les laisse se noyer, parce que papa et maman l’ont décrété. Il y a aussi ceux pour qui leur enfant et moi, on est qui un logiciel, qui une disquette. Mon rôle, c’est de faire entrer des savoirs dans la tête de leurs mômes. Si je m’y prenais bien, il n’y aurait pas besoin de faire les exercices en classe ou de bosser le soir.
Plus tard, ils pourront blâmer la société de les avoir mis de côté. Bande de connards, putain.
17 février
Je suis à peu près sûre que pour toi aussi, ces derniers mois ont été difficiles, alors je ne vais pas te faire le coup du « tu peux pas savoir à quel point ». En ce qui me concerne, c’était beaucoup d’attente, de situations inconfortables à devoir parler de moi d’une manière que je ne maîtrise pas, une fatigue mentale puis physique qui s’est installée, aidée par deux méchantes crèves qui tombent sur les bronches, un médicament qui joue sur ma capacité de concentration, et la pluie, tout le temps la pluie.
Néanmoins, je peux profiter de mes vacances, car Sanary a été annulé. J’aurais évidemment préféré que ce soit pour d’autres raisons.
Et le cadeau d’Ubik était prêt en avance par rapport à la date annoncée, je suis allée le chercher lundi :)
Je ne me suis jamais senti aussi adulte qu’en signant le devis d’un ébéniste, engageant donc une somme conséquente, pour la réalisation de ce présentoir dont j’avais moi-même fourni les mesures et les principaux éléments structurels. Ubik ajoute « jamais aussi bourgeoise, aussi, non ? » et oui, il a raison. Il n’y a que les gens avec un peu d’argent qui puissent se permettre de rémunérer un artisan plutôt qu’une mégastructure industrielle, alors j’essaie de le faire. J’ai passé commande ici.
Pas sûre de comprendre ce que raconte ce clip, et la chanson fusionne tout ce que le metal gothique a déjà produit, mais j’aime toujours autant quand Askeroth part dans les aigus, et il n’y a que LoTL pour ficher un drapeau arc-en-ciel dans un clip de metal ou pour filmer des culs masculins comme les autres filment les formes féminines.
Aaaaaaah y’a une saison 2 de The Pitt !!! Excuse-moi, faut que j’y aille.
