Mes sept péchés capitaux #1 : le matérialisme
Je ne sais pas d’où me vient cette idée, ni même si j’ai sept terribles défauts à décortiquer !
Je suis incapable d’affirmer si j’avais conscience ou non d’être matérialiste avant de posséder suffisamment d’argent pour pouvoir donner libre cours à cette vilaine passion. Ce que je sais, en revanche, c’est que les paysages urbains réservés aux pauvres, les zones industrielles, les appartements inconfortables voire insalubres dans lesquels j’ai vécu m’ont sapé le moral.
Je ne l’ai jamais clairement avoué, car c’eût été, je pense, très mal perçu : c’est le signe indiscutable d’une condition sociale privilégiée. Aujourd’hui, la situation est différente, car je ne suis plus une étudiante sans le sou, ni une intérimaire paumée dans sa vie. J’ai acquis un niveau de vie confortable, en adéquation avec le milieu dans lequel j’ai été élevée (ma famille a subi une dégringolade financière pour plusieurs raisons, mais j’y reviendrai.)
Jusqu’à mes dix-sept ans, nous avons habité dans une grande maison à Rambouillet, que je vous ai montrée un jour et qu’on peut voir à la page 66 du PLU approuvé en 2012[1]. Je suppose qu’elle date de la fin du 19e ou du début du 20e siècle : les pièces y sont vastes et hautes de plafond, les murs du salon et de la salle à manger étaient lambrissés, le sol en tomettes, mosaïque ou parquet, et elle possédait de belles cheminées ainsi qu’un antique chauffe-plat, un véritable meuble ornementé, conçu dans une pierre lourde et épaisse comme du marbre (impossible de trouver quoi que ce soit de ressemblant sur le net).
Rambouillet elle-même est une ville très ancienne (la première mention de son existence remonte à 768, date à laquelle Pépin le Bref fait don de la « forêt Yveline » à l’abbaye de Saint-Denis). Elle possède un patrimoine architectural riche et la proximité de la forêt en fait un véritable lieu de villégiature (oui, j’écris comme un guide touristique. Que veux-tu, rien que de regarder les photos sur Internet me plonge dans des abîmes de nostalgie.)
Bref. Jusqu’à mes dix-sept ans, j’ai évolué dans un environnement magnifique que j’adorais, et mes parents ont nourri cet amour en m’éduquant à l’art grâce aux livres qu’ils possédaient, m’offraient, et aux reproductions de Monet ou de Dali qui ornaient les murs. Quand nous partions en vacances, nous faisions du tourisme culturel ou nous reposions dans des gîtes isolés de tout ; j’en conserve sans nul doute mon attrait pour la nature et le SILENCE. Je possédais de jolies poupées, des Playmobil à foison, la vieille chaîne hi-fi de mes parents et même un tourne-disque.
Quand nous avons déménagé en Bretagne, j’ai tout perdu. La jolie chambre, la plupart des jouets soigneusement conservés, même le tourne-disque dont le diamant n’a pas survécu (mais pas les livres. Jamais les livres). Surtout, c’est le début de la fin pour mes parents. Ma mère a définitivement perdu son autonomie, et comme nous ne bénéficiions d’aucune aide (il y en a eu, plus tard, je suppose que mon père ignorait y avoir droit), il s’est mis à travailler soixante-douze heures par semaine afin de subvenir à nos besoins[2]. La maison – que j’ai rapidement détestée – s’est mise à ressembler de plus en plus à un squat, entre ma mère qui rentrait dans les murs et accrochait les meubles, et mon père qui commençait déjà à y entasser tout son bordel. Je suis rentrée à la fac, sans bourses d’abord. Ensuite elles ont servi à payer le loyer. J’aime autant te dire que j’ai vécu bien plus pauvrement que mes amis boursiers[3] (sauf Régina).
Tout ça pour dire que je suis issue de la classe moyenne, celle des années bénies où elle gagnait bien sa vie, et que par la force des choses, je me suis retrouvée en bas de l’échelle. Ça a duré une quinzaine d’années. Or doncques, depuis quelques temps, je suis de nouveau « riche ». Pas « riche riche », mais dans la mesure où je n’ai pas d’enfants, mon salaire suffit amplement à couvrir ma part des traites de la maison et à peu près tout ce qui me fait plaisir.
Alors, il se trouve que ce qui me fait plaisir, ce n’est pas le « luxe ». Ou plus exactement, que ce que ce que je trouve luxueux ne l’est pas nécessairement en termes de prix (mais parfois si). Je me (re)découvre une appétence pour les jolis objets et surtout, pour le confort. Sur ce point-là, je me méméise à grands pas. C’est quelque chose qu’il m’est difficile d’avouer, parce que la frontière est mince entre exposer un éventuel travers et faire en réalité étalage de son bonheur.
Je suis néanmoins obligée de reconnaître que j’ai une conception très bourgeoise de ce qui est beau et que je peux me montrer méprisante (en privé) envers les personnes qui d’après moi manquent totalement de culture esthétique. Je suis, de la même façon, totalement étrangère au monde de la récup’. J’admire beaucoup ce que font mes collègues qui vernissent, peignent, patinent des meubles anciens, mais à présent que j’en ai les moyens, il me semble inconcevable de ne pas acheter neuf. Comme je mets la priorité sur le confort, cela implique de me faciliter la vie, or passer des heures à chiner me serait tout sauf confortable, tout comme acheter un meuble qui ne me plait pas.
Être propriétaire implique que pour la première fois, je peux habiter un endroit totalement à mon image. L’aménager à mon goût prendra peut-être vingt ans, mais chaque achat y gagne en importance et me réjouit pendant des mois.
Matérialiste, donc, mais pas compulsive : ce que j’achète désormais, j’espère le conserver toute ma vie.
[1] Oui, c’est une référence bizarre, mais en réalité je trouve que les illustrations de ce document décrivent bien la ville, en plus d’avoir un aspect « archives » qui me fascine.
[2] La chute financière avait déjà commencé bien avant, dès que mon père a troqué son poste d’ingénieur contre le métier de traducteur, pour pouvoir endosser son rôle d’aidant.
[3] C’est ce qui arrive quand t’atteins ric-rac un échelon alors que ta famille vit déjà au-dessus de ses moyens – bien malgré elle.
Aucun rapport : j’ai mis à jour Mes sites préférés, et j’espère que ce nouveau background-color te rend la lecture un peu moins pénible (même s’il rend ma page d’accueil toute moche).
5 commentaires
Je crois que tu détesterais profondément ma maison ^^
Non, je ne pense pas. J’ai vu quelques photos de ton bureau, déjà :)
Et puis chacun imprime quelque chose à son intérieur, qui n’a rien à voir avec ce que je projette dans le mien. J’aime les lieux qui ressemblent à ceux qui les occupent, et en dehors des gens étranges qui vivent dans des maisons témoins, c’est souvent le cas.
Par exemple, chez toi, il semble y avoir : de la peinture, des fantômes sculptés, des livres, le bordel des adoes, et j’en passe. C’est un endroit où vous habitez :)
En fait le bordel des adoes est essentiellement dans leur chambre (j’ai réussi ça ^^). Le vrai du bordel de ma maison c’est : mon créatif et le manque de véritables rangements (ce qui est lié, j’ai pas de quoi ranger mon créatif donc c’est le bordel). La cuisine est tout sauf une cuisine (il y a un évier et une hotte donc ça fait cuisine ^^), ensuite c’est du bric-à-brac de meubles d’occasion parfois entassés les uns sur les autres pour arriver à ranger ustensiles et alimentaire. Le chaos pur.
L’intégralité de nos meubles sont de l’occasion (exceptés 2 ou 3 choses qui viennent de chez mes grands-parents ou ma mère, nous n’avons RIEN de choisi réellement par nous) (enfin si, la bibliothèque a été créée par LeChat), une toute petite partie de mon créatif a empiété sur un meuble censé contenir uniquement des trucs pour la cuisine (il a le malheur d’être entre les deux), la bibliothèque censée n’avoir que des livres possède des jeux de sociétés emmêlés dans les bouquins parce qu’on ne prend pas le temps de le ranger mieux (et même rangé ça me fait bizarre, je voudrais les jeux ailleurs), et j’en passe. Il n’y a pas une seule pièce terminée, le chaos est partout.
Je me demande (au-delà du fait que notre maison n’est pas finie, et n’est pas près de l’être parce qu’il faut du temps, de l’énergie et de l’argent) si le chaos ne nous caractérise pas un peu plus que je ne voudrais l’admettre ^^ Je crois que même bancal comme c’est, c’est exactement nous : en travaux.
(on repassera pour la maison témoin :D )
Bref. À la base, je réagissais à tes mots sur l’occas :P
Oui mais, ce n’est pas parce que je n’achète plus d’occasion pour mon propre intérieur, parce que je trouve cela trop compliqué de trouver de objets qui me plaisent, que l’occasion c’est moche :D