Retour du Cap Fréhel
Putain ces gosses je les aime. Mais je ne peux pas te les montrer, pour d’évidentes questions de protection de la vie privée, donc tu vas voir du paysage.
À Fort la Latte, j’ai fait une photo, dispensable. Les raisons pour lesquelles je n’en ai pas pris davantage sont dispensables aussi, et sans lien avec les enfants. En revanche, je dispose d’un enregistrement mystère déclenché à l’insu de mon plein gré par mon téléphone.
Pour le reste, c’est trop frais et trop intense, en émotions, partages, confiance, confidences, agacements, fatigue, gratitude. Me viennent en tête la candeur d’Eilwenn, les gosses qui viennent passer la nuit dans ma chambre après que, pourtant, mon autorité ait définitivement disparu à la vue de mes chaussettes à orteils (mais pas la confiance, apparemment), ma course éperdue poursuivie par Malo et surtout filmée par une saleté de collègue qui me le paiera, Aurélien qui m’enjoint à défendre mon bout de gras (mon job de rêve qui est né de son initiative) lors du mercato, les gamins qui sont restés ébaubis quand j’ai mis ma casquette à l’envers, ceux qui voulaient faire la visite du fort avec moi et personne d’autre, Martine (ma collègue, pas le bouquin, quoiqu’on ait été à la plage), les gamins qui me font savoir qu’à leur grand regret et sans doute au mien puisque j’en parle depuis des semaines, Swann n’est pas tombé à l’eau, le même Swann qui improvise des chants de remerciement aux profs dans le car, la malice des uns, l’affection des autres, les ULIS souvent au premier plan de cet incroyable sentiment d’appartenance, les paysages dingues dans lesquels nous vivons, le fait qu’Aurélien et sa voix puissante possèdent une aura d’autorité dont je ne disposerai jamais et à laquelle j’ai eu recours plus d’une fois sans m’en sentir vexée, l’apéro avec les filles et comme toujours, ce soir un coucher bien trop tardif avec de la musique bien trop forte dans les oreilles, parce que toujours après avoir vécu, je dois en payer le prix, mais qu’aujourd’hui plus que jamais, je ne le regrette pour rien au monde.












1 commentaire
« quoiqu’on ait été à la plage » :D
« cet incroyable sentiment d’appartenance »
« toujours après avoir vécu, je dois en payer le prix, mais qu’aujourd’hui plus que jamais, je ne le regrette pour rien au monde »
Merci fort pour ces fragments qui résonnent (et pour l’épanouissement qui transparait dans tes mots)